Home Divertissement“Vous pouvez devenir viral avec une connerie et cela reste sur Internet pour toujours; je ne veux pas risquer”

“Vous pouvez devenir viral avec une connerie et cela reste sur Internet pour toujours; je ne veux pas risquer”

by Antoine Girard

Publié le 2 octobre 2025 à 05h03. La génération Z, élevée avec les réseaux sociaux, adopte une approche plus discrète que ses aînés en matière de partage de contenu en ligne, privilégiant l’authenticité et la protection de son empreinte numérique.

  • Les jeunes générations sont moins enclines à publier des photos sur leurs profils publics, préférant les formats éphémères ou les partager avec un cercle restreint.
  • Cette tendance s’explique par une conscience accrue de l’impact de l’empreinte numérique et un désir de se différencier des générations précédentes.
  • Instagram s’adapte en proposant des fonctionnalités comme les stories et les “meilleurs amis” pour répondre à ces nouveaux usages.

À l’époque où les premiers réseaux sociaux comme Facebook et Tuenti connaissaient leur essor, partager sa vie en ligne était devenu une pratique courante, notamment chez les adolescents. Les photos de soirées, de vacances ou de simples moments du quotidien étaient abondamment publiées, créant une sorte de journal virtuel accessible à tous. Cependant, cette tendance semble s’inverser chez la génération Z, née entre la fin des années 1990 et le milieu des années 2000, et encore plus chez la génération alpha, née au début des années 2010.

Martín, 17 ans, illustre parfaitement ce changement d’attitude :

« Je prends beaucoup de photos, mais je ne pense même pas à les télécharger. Si cela, à Mejos d’Instagram. Les mettre en public est ce que font mes parents… Cela me fait une petite honte. »

Martín, 17 ans

Son profil Instagram est privé, avec seulement 126 abonnés, principalement des amis et des camarades de classe. Il utilise rarement son fil d’actualité, préférant partager des moments avec un cercle plus restreint via la fonctionnalité “meilleurs amis”.

Instagram, fondé en 2010 et devenu populaire vers 2012, proposait initialement un espace pour partager des photos de son quotidien. À cette époque, Facebook était déjà bien établi (depuis 2008 en espagnol) et Tuenti, une plateforme pionnière en Espagne, dominait le paysage social chez les jeunes, avec plus de 15 millions d’utilisateurs entre 2009 et 2012. La génération du millénaire, née entre 1981 et 1996, avait embrassé ces réseaux sociaux avec enthousiasme, multipliant les publications d’images, à l’instar de ce qui se faisait sur Fotolog ou MySpace.

Au milieu des années 2000, les appareils photo numériques étaient de plus en plus accessibles, facilitant la prise de photos. Cette conjonction de facteurs a conduit à une explosion de la publication d’images en ligne et à une prise de conscience de ses conséquences.

L’avènement du “selfie” (alors appelé “autophoto” ou “photo Tuenti”) a marqué une nouvelle étape dans cette évolution. La possibilité de partager des moments de vie, des rencontres, des événements ou simplement son style vestimentaire était perçue comme une occasion précieuse de se montrer et de se faire connaître.

La photographie n’était plus un souvenir caché dans un album familial, mais un moyen d’expression, de connexion et d’affirmation de soi. Mais pourquoi les jeunes ne publient-ils plus aussi facilement sur les réseaux sociaux ?

Pour la génération Z, élevée dans un environnement numérique omniprésent, l’utilisation des réseaux sociaux est moins une nouveauté qu’une extension de leur vie quotidienne. Ils ont appris à s’adapter rapidement à ces outils, mais leur approche est différente de celle de leurs aînés.

Selon les dernières études, 86 % des internautes âgés de 12 à 74 ans utilisent les réseaux sociaux, et la génération Z possède en moyenne 5 comptes. Cependant, ils privilégient désormais des formes de partage plus discrètes et éphémères.

Natalia, 15 ans, témoigne de cette tendance :

« J’ai partagé une photo après mon diplôme, bien que quelques mois plus tard, je l’ai archivée. »

Natalia, 15 ans

Elle suit de nombreux comptes sur Instagram (environ 300, dont des influenceurs et des pages de mèmes), mais ne publie que des photos qu’elle souhaite partager avec un public restreint, comme sa mère ou des amis proches.

Les plateformes s’adaptent à ces nouveaux usages en proposant des fonctionnalités comme les stories, des images éphémères qui disparaissent après 24 heures. Initialement conçues comme un complément aux photos du fil d’actualité, les stories sont devenues de plus en plus populaires. Elles peuvent être classées dans des collections pour une consultation ultérieure, et il est possible de les partager avec un groupe restreint de “meilleurs amis”. En 2025, on estime que 500 millions de stories sont publiées chaque jour sur Instagram.

Cette nouvelle approche est également motivée par une conscience accrue de l’impact de l’empreinte numérique. Les jeunes générations sont conscientes que leurs publications peuvent avoir des conséquences à long terme, notamment sur leur future vie professionnelle. Sofia, 17 ans, explique :

« Si demain je dois trouver du travail, et qui va m’engager ça… ça me donnerait une chance ? »

Sofia, 17 ans

Les photos floues, les clichés pris à l’improviste ou les “vidages” (dump), qui consistent à publier un ensemble de photos sans ordre ni contexte apparent, sont autant de moyens de préserver une certaine authenticité et de se démarquer des images soigneusement mises en scène qui caractérisaient les générations précédentes. Marta, 20 ans, explique :

« Quand je fais un vidage, je planifie soigneusement les photos que je mets, avec quels filtres, dans quel ordre… mais j’essaie de voir que je ne le fais pas, que je l’ai téléchargé en quelques secondes et c’est déjà. »

Marta, 20 ans

Cette tendance ne signifie pas que les jeunes ne sont plus présents sur les réseaux sociaux, mais qu’ils les utilisent différemment, en privilégiant l’authenticité, la discrétion et la protection de leur vie privée.

You may also like

Leave a Comment