Un coup dur pour Paramount Plus : le créateur à succès Taylor Sheridan s’apprête à quitter la plateforme pour rejoindre NBCUniversal, dans le cadre d’un accord pluriannuel estimé à plus d’un milliard de dollars (environ 930 millions d’euros). Cette perte représente un véritable tremblement de terre pour le service de streaming, qui voit partir l’un de ses atouts majeurs.
L’accord, qui prendra effet en 2029, signifie que les futures séries de Sheridan seront diffusées sur Peacock, la plateforme de NBCUniversal. Sheridan s’est imposé ces dernières années comme une figure incontournable du paysage télévisuel américain, grâce à des séries à succès telles que Yellowstone, lancée en 2018 et rapidement devenue un phénomène culturel, 1923, 1883, Landman, Tulsa King et Special Ops: Lioness, ainsi que Mayor of Kingstown.
L’ancien acteur, devenu scénariste et réalisateur, est aujourd’hui l’un des talents les plus recherchés d’Hollywood. Son parcours est d’autant plus remarquable qu’il a débuté modestement, en décrochant de petits rôles dans des séries comme Sons of Anarchy. Il a ensuite dû vivre dans sa voiture et épuiser la carte de crédit de sa femme pour financer ses ambitions à Hollywood. Son succès n’est venu qu’après ses 40 ans, avec des films comme Hell or High Water (2016) et Wind River (2017), qui l’ont révélé au grand public.
Mais qu’est-ce qui fait de Sheridan un créateur si prisé, au point de justifier un investissement d’un milliard de dollars ? Au-delà de ses succès, c’est sa capacité à raconter des histoires originales, ancrées dans des réalités souvent ignorées par les productions hollywoodiennes traditionnelles. Ses récits se déroulent rarement à New York ou à Los Angeles : la saga des Dutton dans Yellowstone se déroule dans le Montana, tandis que Landman explore le monde pétrolier et gazier du Texas. Même Dwight Manfredi, le personnage interprété par Sylvester Stallone dans Tulsa King, quitte la frénésie de New York pour une nouvelle vie en Oklahoma.
Sheridan ne cherche pas à imiter les autres showrunners. Sa vision est plus large, plus accessible. Il aborde des thèmes complexes, comme les inégalités sociales et les difficultés d’accès aux soins de santé, sans prendre parti ouvertement. Son scénario pour Hell or High Water, par exemple, exprimait sa frustration face au système de santé américain et aux disparités de revenus, des sujets qui ne sont pas forcément populaires auprès des conservateurs.
Ses séries reflètent également la diversité du monde qui nous entoure, mais d’une manière différente de ce que l’on voit habituellement à Hollywood. Landman a ainsi fait sensation l’année dernière grâce à une tirade de Billy Bob Thornton qui dénonçait les hypocrisies des écologistes en matière de production énergétique. Une scène audacieuse, qui a trouvé un écho important auprès du public.
Dans un Hollywood en pleine mutation, après les grèves de l’industrie et l’essor de l’intelligence artificielle, Taylor Sheridan représente une bouffée d’air frais. C’est un conteur populiste qui ne néglige aucune partie de la population, une formule qui s’est avérée remarquablement efficace. À 55 ans, il possède l’énergie et l’enthousiasme nécessaires pour mener à bien plusieurs projets simultanément. Ce créateur atypique, profondément attaché à la vie rurale, est basé au Texas, où il possède un vaste ranch, et n’a pas l’intention de s’installer à Los Angeles de sitôt. C’est donc à Hollywood que l’on se rendra auprès de lui.