Liège – Le nouveau film des frères Dardenne, Jeunes mères, explore avec une rare justesse les destins croisés de quatre adolescentes confrontées aux défis de la maternité, entre espoir, désillusion et quête d’identité.
L’intrigue se déroule principalement au sein d’une maison de maternité à Liège, où les jeunes femmes sont accompagnées par une équipe attentive, à la fois ferme et compatissante. Jessica, enceinte de quelques jours, est l’une des premières à être présentée. Elle est hantée par l’espoir de retrouver Morgane, sa mère biologique qui l’a abandonnée des années auparavant. Sa détresse, palpable, se manifeste par un besoin d’affection intense : « Même un animal ne ferait pas ça », confie-t-elle, exprimant la blessure profonde que représente cet abandon.
Parallèlement, le film suit Ariane, une jeune fille de 15 ans qui a pris la décision difficile de confier son bébé à l’adoption. Sa mère, Nathalie, une femme au caractère bien trempé et aux problèmes d’alcool, tente de la dissuader, souhaitant qu’elles élèvent l’enfant ensemble. Une visite à l’appartement de Nathalie révèle rapidement l’environnement instable et violent dans lequel elle vit, rendant toute perspective d’avenir pour Ariane et son enfant illusoire.
Perla, quant à elle, envisage une situation plus ambiguë. Elle désire garder son fils, Noé, mais surtout pour conserver un lien avec Robin, son compagnon, récemment sorti de détention juvénile. L’indifférence de Robin, qui accepte un joint sans même regarder le bébé, laisse présager un avenir incertain. Perla, aveuglée par ses illusions romantiques, met du temps à accepter la réalité, illustrant la perspicacité des réalisateurs quant à la complexité des sentiments humains.
Enfin, Julie et Dylan, tous deux en voie de guérison d’une addiction, semblent initialement les plus stables du groupe avec leur fille, Mia. Cependant, la lutte contre leurs démons intérieurs persiste, et même la conscience des difficultés à venir ne peut totalement éteindre l’envie de rechuter.
Les frères Dardenne avaient initialement prévu de se concentrer sur l’histoire d’une seule jeune mère, mais une immersion dans une véritable maison de maternité à Liège les a conduits à élargir leur perspective, capturant ainsi la diversité des expériences vécues. Le tournage s’est déroulé en grande partie sur place, sans éclairage ni décor artificiels, renforçant l’authenticité du récit.
Le film offre également un aperçu de l’expérience de Naïma, une jeune femme sur le point de quitter la maison de maternité. Lors d’un déjeuner d’adieu, elle remercie l’équipe pour son soutien, affirmant : « Vous m’avez montré qu’il n’y a pas de honte à être une mère célibataire. » Bien que son histoire, marquée par le rejet familial en raison de ses origines musulmanes, reste en grande partie hors champ, elle souligne la dimension culturelle des défis rencontrés par ces jeunes mères.
Si certains pourraient y voir une volonté de couvrir un large éventail de problématiques sociales, Jeunes mères, récompensé par un prix du scénario au Festival de Cannes en 2023, se distingue par sa capacité à explorer les nuances et les contradictions de la condition humaine. Le film ne propose pas de solutions faciles, mais invite à la réflexion sur les choix difficiles auxquels sont confrontées ces jeunes femmes, et sur la beauté fragile de la vie.