Publié le 12 décembre 2025 à 06h00. Un gestionnaire de portefeuille de Wall Street a provoqué la controverse en estimant que le seuil de pauvreté aux États-Unis, pour une famille de quatre personnes, devrait être fixé à 140 000 $ par an, une affirmation qui souligne les difficultés financières croissantes de la classe moyenne américaine.
- Michael Green, de Simplify Asset Management, estime que le coût de la vie a considérablement augmenté, rendant un revenu de 80 000 $ insuffisant pour couvrir les dépenses essentielles.
- Son analyse, basée sur les coûts de la garde d’enfants, du logement, des soins de santé et du transport, a suscité des critiques mais a également trouvé un écho auprès de nombreux Américains.
- Le coût de la vie est devenu un enjeu central de la campagne présidentielle américaine, et pourrait peser lourdement sur les chances de réélection de Joe Biden.
Le débat a été relancé par Michael Green, stratège en chef et gestionnaire de portefeuille chez Simplify Asset Management, qui a publié une analyse provocatrice sur la plateforme Substack. Il y avance que le seuil de pauvreté pour une famille de quatre personnes aux États-Unis devrait être revu à la hausse, atteignant 140 000 $ (119 000 €) par an. Ce chiffre contraste fortement avec le seuil officiel fixé par le ministère américain de la Santé et des Services sociaux, qui s’élève à 32 150 $, et dépasse de près de 70 % le revenu médian des ménages américains (83 730 $).
L’analyse de Green a été vivement critiquée par les statisticiens et les associations de lutte contre la pauvreté, qui remettent en question ses calculs. Cependant, elle a trouvé un écho auprès d’une partie de la population américaine, qui se sent de plus en plus fragilisée financièrement. De nombreux observateurs y voient une explication à la situation précaire de la « classe moyenne » américaine.
Selon Green, la part du revenu consacrée aux dépenses non discrétionnaires a considérablement augmenté au cours des dernières décennies, passant d’un tiers à la moitié. Il présente un budget « de base » pour une famille de quatre personnes, avec deux parents actifs et deux enfants, qui ne comprend « ni vacances, ni Netflix, ni luxe », mais uniquement les dépenses indispensables pour travailler et élever des enfants. Ce budget s’élève à 32 773 $ pour la garde d’enfants, 23 267 $ pour le logement, 14 717 $ pour l’alimentation, 14 828 $ pour le transport, 10 567 $ pour les soins de santé et 21 857 $ pour d’autres produits essentiels.
En tenant compte des impôts fédéraux et des impôts d’État, Green estime que le revenu brut nécessaire pour une telle famille s’élève à 136 500 $. Il souligne que la garde d’enfants est un facteur déterminant dans cette équation.
« On nous a dit implicitement qu’une famille gagnant 80 000 dollars se porte bien – en sécurité au-dessus de la pauvreté, solidement classée dans la classe moyenne et peut-être à l’aise »,
Michael Green, stratège en chef et gestionnaire de portefeuille chez Simplify Asset Management
Il explique que la nécessité pour les deux parents de travailler pour atteindre un revenu de 80 000 $ entraîne des frais de garde d’enfants considérables.
Cette question du coût de la vie a déjà été exploitée par l’ancien président américain Donald Trump pour attaquer Joe Biden. Il est probable que ce sujet devienne un enjeu majeur de la campagne présidentielle de 2024, et pourrait constituer un défi de taille pour la présidence Biden.
John Burn-Murdoch, journaliste en chef au Financial Times, a nuancé l’analyse de Green en soulignant que la pénurie de biens de première nécessité observée dans de nombreuses économies avancées s’accompagne d’une baisse des prix des biens de consommation courante, tels que les vêtements et l’électronique. Il en conclut que l’augmentation des dépenses des ménages n’est pas aussi importante qu’il y paraît.
« La classe moyenne prospère du monde a tout à fait raison de se sentir de plus en plus pressée par la hausse des coûts des services essentiels, mais la compression et la prospérité sont les deux faces d’une même médaille »
John Burn-Murdoch, journaliste en chef au Financial Times
Le débat sur le coût de la vie résonne également en Irlande, où les prix de l’immobilier et de la garde d’enfants sont particulièrement élevés. Les restrictions d’emprunt imposées par la Banque centrale irlandaise, qui limitent les prêts à trois ou quatre fois le revenu des emprunteurs, reflètent la réalité du marché immobilier actuel. Bien que l’économie irlandaise affiche des signes de croissance, de nombreux ménages ressentent une pression financière croissante.
Donald Trump a récemment affirmé que « les prix sont tous en baisse », mais cette affirmation contredit la réalité observée sur le terrain. Sa décision de revenir sur certains tarifs douaniers sur des produits alimentaires de base peut être interprétée comme une reconnaissance de la situation économique difficile.
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