Publié le 11 janvier 2026 à 21h06. La flambée des coûts de santé en Suisse est alimentée, selon une analyse, par une culture de l’optimisation des revenus au détriment de l’éthique professionnelle, illustrée par des facturations parfois excessives pour des prestations simples.
- Une consultation ophtalmologique a révélé des prix exorbitants pour des articles courants comme des cache-œil et des pansements, bien supérieurs à ceux pratiqués en ligne.
- Le conseiller national Ueli Schmezer plaide pour l’implication des assurés dans les négociations collectives afin de mieux contrôler les dépenses de santé.
- Des pratiques médicales questionnables, comme la facturation systématique de consultations pour des renouvellements d’ordonnances simples, soulignent un problème culturel plus large.
Une facture de 440 francs suisses (environ 400 euros) après une consultation de dix minutes chez l’ophtalmologiste a interpellé Deborah Stoffel, une mère de famille. Au moment de régler la note, elle constatait également une augmentation d’environ 1 000 francs suisses (environ 900 euros) de sa prime d’assurance maladie. Cette situation l’a incitée à examiner attentivement chaque poste de la facture, découvrant des prix étonnamment élevés, notamment 110 francs suisses (environ 100 euros) pour deux cache-œil.
Son enquête ne s’est pas arrêtée là. En comparant les prix en ligne, elle a constaté que les mêmes pansements étaient vendus pour près de la moitié du prix affiché par le centre ophtalmologique – 28 francs suisses (environ 25 euros) le paquet contre 55 francs suisses (environ 50 euros). Cette différence significative suggère une marge bénéficiaire importante pour le centre, supérieure au revenu horaire moyen de nombreux professionnels.
Le problème, souligne Deborah Stoffel, est que ces prix ne sont pas directement perçus par les patients. La caisse d’assurance maladie prend en charge la facture, créant une distance entre le coût réel des soins et sa perception par l’assuré. Cette situation favorise, selon elle, une logique de maximisation des profits.
Cette analyse est corroborée par le conseiller national social-démocrate Ueli Schmezer, qui résume la situation ainsi :
« Peu importe le montant gagné et collecté, la facture est toujours payée. »
Ueli Schmezer, conseiller national PS bernois Il a récemment déposé un postulat demandant au Conseil fédéral d’examiner la possibilité d’associer les assurés aux négociations collectives.
Si la lutte contre les dépenses excessives est nécessaire, elle se heurte à des obstacles. Les caisses d’assurance maladie peuvent contester les factures jugées trop élevées, mais les démarches sont complexes et nécessitent des preuves solides. De plus, ces contrôles sont mal perçus par le corps médical. Arnaud Perrier, président de l’Académie suisse des sciences médicales, s’est plaint cette semaine, dans un entretien accordé à CH Media, d’une suspicion généralisée à l’égard des médecins, qui affecte leur motivation.
Les patients qui souhaitent contester une facture doivent donc s’attendre à un processus long et coûteux. L’expérience du compagnon de Deborah Stoffel illustre cette difficulté. Après une opération de la thyroïde, il prend des médicaments hormonaux et effectue des analyses sanguines annuelles pour surveiller son état de santé. Son ancien médecin de famille lui prescrivait une ordonnance annuelle sans consultation supplémentaire. Son successeur, en revanche, exige désormais une ordonnance tous les six mois, facturant environ 30 francs suisses (environ 27 euros) pour sa signature.
Après deux ans de ces pratiques, le patient a changé de médecin. Lors de sa première prise de sang avec son nouveau praticien, il a été surpris de constater que le centre médical insistait pour une consultation d’un quart d’heure, quel que soit le résultat des analyses. La justification avancée : « C’est comme ça chez nous. »
Au-delà de ces exemples individuels, le problème est plus profond. Le manque de concurrence, la garantie de paiement par l’assurance et la dispersion des responsabilités créent un environnement propice à une mentalité de « service à soi-même ». La multiplication des groupes de pratique à but lucratif renforce cette tendance, incitant les médecins à optimiser leurs revenus.
Selon cette analyse, la hausse des coûts de santé reflète une érosion de l’éthique professionnelle. Une solution durable nécessite non seulement de supprimer les incitations perverses et de renforcer les contrôles, mais aussi de relancer un débat sur les valeurs au sein de la profession médicale et de l’enseignement médical.
Un médecin de famille exerçant toujours à 70 ans et un pédiatre, cités en exemple, ont toujours facturé avec prudence. Ce dernier proposait même des consultations téléphoniques gratuites pour éviter des déplacements inutiles. Leur motivation première est le sérieux et la passion pour leur métier.
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