Édition française
En continu
---Advertisement---

Nouvelles

79 % des centres de données menacés par les risques climatiques

Une étude de First Street, publiée le 18 juin 2026, révèle que 79 % de la capacité mondiale des centres de données est exposée à des risques climatiques aigus. Inondations, vents violents et incendies menacent l'infrastructure numérique, alors…

L'obsolescence des modèles de souscription financière

Une étude de First Street, publiée le 18 juin 2026, révèle que 79 % de la capacité mondiale des centres de données est exposée à des risques climatiques aigus. Inondations, vents violents et incendies menacent l’infrastructure numérique, alors que les modèles de risque obsolètes sous-estiment l’impact réel du changement climatique sur ces actifs.

L’industrie du cloud et de l’intelligence artificielle (IA) traverse une phase d’expansion frénétique. Pourtant, cette course à la puissance se heurte à une réalité physique brutale. Selon un rapport de First Street, une firme d’analyse des risques climatiques, la majorité des infrastructures mondiales sont vulnérables à des événements météorologiques extrêmes capables de paralyser les opérations et d’enflammer les coûts d’assurance.

Le problème ne réside pas seulement dans la violence des tempêtes, mais dans l’aveuglement des investisseurs. Plus de la moitié des centres de données mondiaux se trouvent dans des zones soumises à un stress climatique chronique, comme la sécheresse ou la chaleur extrême. Ces facteurs dégradent l’efficacité énergétique et augmentent les coûts opérationnels sur le long terme.

L’obsolescence des modèles de souscription financière

Le risque majeur est financier. Matthew Eby, PDG de First Street, souligne un décalage critique entre la réalité météorologique et les outils de gestion des risques utilisés par les banques et les assureurs.

« La plupart des souscriptions pour les actifs réels utilisent encore des données historiques, mais le climat ne se comporte plus comme le prédirait l’enregistrement historique. À mesure que la chaleur, la sécheresse et le stress hydrique augmentent, les modèles obsolètes n’offrent tout simplement plus une vision complète du risque. »

Matthew Eby, PDG de First Street

Jeremy Porter, économiste en chef chez First Street, précise que les modèles gouvernementaux ignorent souvent l’effet d’amplification du réchauffement : des nuages plus chauds retiennent plus d’humidité, rendant les précipitations plus lourdes et imprévisibles. Pour des infrastructures conçues pour durer 20 à 30 ans, ce décalage crée un risque de mauvaise évaluation des prix des actifs.

Porter est catégorique : « En fin de compte, c’est simplement quelque chose que nous sous-estimons ».

Zones critiques : l’Asie du Sud-Est et les failles de planification

L’analyse ne se limite pas aux actifs existants, mais s’étend aux projets futurs. XDI, spécialisée dans le risque physique, a examiné près de 2 600 centres de données prévus dans le monde. Le constat est alarmant : 154 installations, soit 6 %, sont déjà vulnérables à des dommages physiques ou des interruptions opérationnelles.

Zones critiques : l'Asie du Sud-Est et les failles de planification
Photo: Al Jazeera

La répartition géographique du risque est très inégale :

  • Asie du Sud-Est : La région la plus vulnérable, avec 20 % des centres de données déjà jugés à haut risque. Ce chiffre pourrait tripler d’ici la fin du siècle.
  • États-Unis : Des États comme le Texas et la Floride voient s’implanter des centres de données dans des zones peu rationnelles, souvent en raison de lois d’urbanisme laxistes.
  • Australie : Bien que classée 22e pour le risque de dommages physiques, elle fait face à l’une des augmentations de risque les plus rapides, particulièrement liée à la chaleur extrême.

Karl Mallon, directeur de la science et de la technologie chez XDI, avertit que la question n’est plus seulement l’emplacement, mais la survie économique de l’actif.

For more on this story, see Presque un partenariat avec le peuple américain”: Donald Trump dit réfléchir à une entrée de.

« La question n’est plus simplement de savoir où sera construite la prochaine génération d’infrastructures numériques, mais si ces actifs peuvent rester opérationnels, assurables et économiquement résilients tout au long de leur durée de vie prévue. »

Karl Mallon, XDI

L’effet d’îlot de chaleur et la pression énergétique

L’IA ne se contente pas de subir le climat ; elle le modifie localement. Des chercheurs de Cambridge et de l’Université technologique de Nanyang ont identifié un « effet d’îlot de chaleur des données ». En moyenne, la température de la surface du sol autour des centres de données IA augmente de 2 °C après leur ouverture, avec des pics atteignant 9 °C dans certaines zones, et des effets ressentis jusqu’à 10 km de distance.

L'effet d'îlot de chaleur et la pression énergétique
Photo: Australian Broadcasting Corporation

Cette hausse thermique s’accompagne d’une consommation énergétique massive. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), les centres de données ont consommé environ 415 térawattheures (TWh) d’électricité en 2024, soit 1,5 % de l’offre mondiale. Cette consommation croît d’environ 15 % par an et devrait presque doubler pour atteindre 945 TWh d’ici 2030.

Indicateur Donnée vérifiée (2024/2026) Projection / Impact
Consommation électrique 415 TWh (1,5 % mondial) 945 TWh d’ici 2030
Consommation d’eau (100MW) 2,5 milliards de litres / an Équiv. aux besoins de 80 000 personnes
Température locale (moyenne) +2 °C Pics jusqu’à +9 °C

Stratégies de survie : au-delà de l’enveloppe du bâtiment

Face à ces menaces, certains opérateurs tentent de s’affranchir de la dépendance aux ressources locales. Digital Realty a notamment investi dans des systèmes de refroidissement sans eau ou en circuit fermé pour limiter l’évaporation.

Stratégies de survie : au-delà de l'enveloppe du bâtiment

« Presque tous nos centres de données aujourd’hui, 300 dans le monde, le portefeuille mondial, sont soit un système sans eau, soit de l’eau en circuit fermé. Donc, considérez qu’il n’y a pas d’évaporation. Nous faisons les investissements et choisissons de le faire. »

Andrew Power, PDG de Digital Realty

Toutefois, Jeremy Porter souligne que protéger le bâtiment lui-même — l’enveloppe physique — est insuffisant. La véritable vulnérabilité réside dans les systèmes externes : l’accès au réseau électrique, les connexions de télécommunication et l’approvisionnement en eau. Si la route menant au centre de données est inondée ou si le poste électrique local brûle, la résilience interne du bâtiment devient insignifiante.

L’investissement dans le secteur a explosé, passant de plus de 460 millions de dollars en 2023 à 6,8 milliards de dollars. Mais sans une mutation profonde de la planification urbaine et une intégration des risques climatiques futurs dans le calcul du capital, une part importante de ces milliards pourrait devenir des actifs échoués, inassurables et obsolètes avant même d’avoir atteint leur pleine maturité.

Find more reporting in our Affaires section.

Join WhatsApp

Join Now

Join Telegram

Join Now

Laisser un commentaire

À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.