Un nouveau mécanisme de financement pour sauver les forêts tropicales
Les forêts tropicales jouent un rôle crucial dans la régulation du climat mondial et abritent la plus grande biodiversité de la planète. Pourtant, malgré plus d’une décennie de promesses de gouvernements et d’entreprises, la déforestation tropicale continue de progresser. L’année dernière, un record de 6,7 millions d’hectares de forêts tropicales ont été perdus, une superficie plus de deux fois celle de la Belgique. Les incendies, souvent liés à l’exploitation forestière, à l’expansion agricole et au réchauffement climatique, ont exacerbé cette perte, notamment en Amazonie, dans le bassin du Congo et en Asie du Sud-Est.
Ni les gouvernements des pays du Sud, responsables de la conservation de ces forêts, ni les communautés locales qui en dépendent et qui sont les gardiens les plus efficaces, ne disposent actuellement des ressources nécessaires pour protéger ces écosystèmes face aux pressions du marché mondial.
Une nouvelle initiative de financement, la Tropical Forest Forever Facility (TFFF), pourrait changer la donne. Elle vise à briser le cycle de la déforestation en permettant aux pays de contourner la « courbe de transition forestière » – l’idée que les pays riches en forêts doivent sacrifier une partie de leurs ressources pour le développement économique avant de pouvoir investir dans la conservation.
Contrairement aux programmes de conservation traditionnels basés sur l’aide, le TFFF est conçu comme un mécanisme d’investissement. Avec une capitalisation cible de 125 milliards de dollars, il entend mobiliser les marchés financiers mondiaux pour intégrer la valeur des services essentiels fournis par les forêts tropicales – comme la régulation climatique et la conservation de la biodiversité – dans l’économie mondiale.
Le TFFF fonctionnerait en attirant des investissements à long terme, réinvestis dans un portefeuille diversifié avec un rendement annuel estimé à 8%, sous réserve des fluctuations du marché. Après déduction des coûts de transaction et des rendements aux investisseurs, le bénéfice net du TFFF serait d’environ 3%.
Ces revenus nets récompenseraient les pays tropicaux éligibles qui maintiendraient de faibles taux de déforestation et de dégradation des forêts, y compris les peuples autochtones et les communautés locales qui les protègent. Cela contribuerait à créer un fonds permanent pour assurer la pérennité de ces paiements tant que les pays respectent les critères d’éligibilité convenus.
Le Brésil a pris l’initiative de ce projet, en collaboration avec d’autres pays forestiers tropicaux, des sponsors potentiels, des experts de la Banque mondiale, des ONG et des groupes de réflexion. Le lancement officiel du TFFF est prévu lors de la 30e Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (COP30) à Belém, au Brésil, plus tard cette année.
Ce lancement devrait présenter la structure de gouvernance et les règles opérationnelles du TFFF, ainsi que les premiers pays forestiers tropicaux à y adhérer et le premier cycle d’investissement. Le potentiel est considérable : le TFFF pourrait enfin intégrer la conservation des forêts dans le courant dominant des marchés financiers mondiaux.
Plus de 70 pays pourraient bénéficier du TFFF. Par exemple, les forêts tropicales du bassin du Congo, qui absorbent plus de CO2 que celles d’Amazonie et abritent une faune emblématique, pourraient être protégées.
Les mécanismes financiers complexes basés sur le marché du carbone se sont avérés inefficaces dans les régions où la gouvernance est faible et l’investissement dans la formation technique et le développement des capacités est limité. La demande mondiale croissante de minéraux, de bois et de terres agricoles menace les forêts d’Afrique centrale, où une grande partie de la population vit dans la pauvreté.
Le TFFF fournirait aux pays d’Afrique centrale les capitaux nécessaires pour améliorer la gouvernance, la formation technique et le renforcement des capacités, tout en encourageant les efforts de conservation. Il est conçu pour compléter les autres mécanismes de financement forestier existants, et non pour les remplacer.
Le TFFF récompensera les pays qui maintiennent de faibles taux de déforestation, en fonction de la superficie forestière conservée ou restaurée chaque année. Des systèmes transparents de surveillance des forêts et de répartition des fonds seront essentiels, et au moins 20% des fonds du TFFF devront être alloués aux peuples autochtones et aux communautés locales.
Les fonds restants serviront à soutenir les politiques et les programmes qui contribuent à la conservation, à restaurer les forêts tropicales et autres écosystèmes, à renforcer les systèmes de surveillance et à protéger les moyens de subsistance des communautés.
Annoncé lors de la COP28 à Dubaï, le succès du lancement du TFFF lors de la COP30 et sa mise en œuvre ultérieure pourraient placer la nature au cœur de l’action climatique, aider les pays en développement à stopper et à inverser la perte de biodiversité, et à restaurer les écosystèmes dégradés.
Le TFFF contribuerait ainsi à atteindre les objectifs de plusieurs accords internationaux, notamment l’Accord de Paris, le Cadre mondial pour la biodiversité de Kunming-Montréal et la Convention des Nations Unies sur la lutte contre la désertification. Il pourrait ainsi favoriser les synergies entre ces trois conventions de Rio, nées en 1992.
Le TFFF bénéficierait à tous – et aux forêts dont nous dépendons pour la régulation du climat, la conservation de la biodiversité et d’innombrables produits et services.