L’ancien directeur du FBI, James Comey, a été formellement accusé, une décision sans précédent qui marque une escalade majeure dans les efforts du président Donald Trump pour consolider son pouvoir et instrumentaliser le système judiciaire à des fins personnelles. Cette inculpation, pour parjure et obstruction à la justice, intervient après des pressions exercées sur le ministère de la Justice et soulève de graves questions sur l’indépendance de la justice américaine.
Les accusations découlent de témoignages de Comey devant le Congrès en 2020, où il aurait nié avoir autorisé ses collaborateurs à divulguer publiquement des informations concernant l’enquête du FBI sur l’ingérence russe dans l’élection présidentielle de 2016. L’enquête, menée par le procureur spécial Robert Mueller, avait confirmé des tentatives d’ingérence russe et des « liens nombreux » avec la campagne Trump, sans toutefois établir de collusion formelle.
Comey, devenu persona non grata aux yeux du président après son licenciement controversé durant le premier mandat de Trump, a été publiquement visé par des appels à la « punition exemplaire » de la part du chef de l’État. L’inculpation actuelle est perçue comme une transgression flagrante des principes constitutionnels qui garantissent la séparation des pouvoirs.
En juillet dernier, la ministre de la Justice Pam Bondi avait qualifié le travail de Comey de « conspiration subversive » dans le cadre d’une contre-enquête sur l’affaire « Russie-Gate ». Ces dernières semaines, Trump a intensifié ses pressions sur Bondi pour qu’elle engage des poursuites contre Comey. La semaine dernière, il s’était publiquement plaint sur son réseau social Truth Social du manque d’ardeur de Bondi, la qualifiant de « PAM » et citant spécifiquement Comey, le sénateur démocrate Adam Schiff et la procureure new-yorkaise Letitia James comme des cibles à punir.
Cette interférence directe dans le travail du pouvoir judiciaire dépasse de loin les agissements qui avaient conduit à la démission de Richard Nixon lors du scandale du Watergate. Sous la présidence Trump, l’utilisation du système judiciaire comme instrument de vengeance personnelle semble s’être normalisée. Récemment, le procureur de Virginie, Erik Siebert, a été limogé pour ne pas avoir poursuivi Letitia James, et a été remplacé par Lindsey Halligan, une avocate de 36 ans, conseillère juridique personnelle de Trump, qui a rapidement officialisé l’acte d’accusation contre Comey. Bondi, elle aussi, était une conseillère juridique de Trump.
Parallèlement à cette affaire, l’administration Trump a publié un décret étendant la criminalisation du groupe Antifa à ses « sympathisants, partisans et financiers » accusés de « violence de gauche ». Ce décret prévoit la création d’un groupe de travail anti-terrorisme chargé d’« enquêter, poursuivre et démanteler les entités et les individus dédiés à la violence politique », en se basant sur l’existence d’un « vaste réseau subversif ». La portée du décret va plus loin, visant également les « financiers individuels et institutionnels » de ces présumés subversifs.
Des fondations comme celle de George Soros ont été régulièrement critiquées par le président et ses alliés, mais les règles relatives au « soutien illégal » pourraient s’appliquer à toutes les organisations non gouvernementales (ONG). Le décret cible également « les citoyens américains résidant à l’étranger avec des liens avec des gouvernements, des agents, des citoyens ou des réseaux d’influence (…) qui soutiennent le terrorisme intérieur » aux États-Unis, ouvrant la voie à des poursuites contre un large éventail d’acteurs de la société civile.
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