Le Bhoutan, royaume himalayen réputé pour sa philosophie du bonheur national brut, se lance dans un projet d’envergure : la construction de Gelephu Mindfulness City (GMC), une métropole ambitieuse conçue pour stimuler l’économie tout en préservant les valeurs bouddhistes et le développement durable.
Située dans le sud du pays, à la frontière avec l’Inde, cette ville tentaculaire, dont le coût est estimé à 100 milliards de dollars (environ 93 milliards d’euros), ambitionne de devenir deux fois plus grande que Los Angeles. L’objectif affiché : offrir une « prospérité consciente » et lutter contre l’exode des jeunes Bhoutanais à la recherche de meilleures opportunités à l’étranger.
Depuis des décennies, le Bhoutan privilégie l’Indice du Bonheur National Brut (IBNB) comme guide pour son développement, plutôt que les indicateurs économiques traditionnels. Si cette approche a valu au pays une reconnaissance internationale, elle n’a pas suffi à créer suffisamment d’emplois. Environ un Bhoutanais sur dix vit désormais à l’étranger.
« Nous voulons aussi être riches, mais comment ? », s’interroge le Dr Lotay Tshering, gouverneur de GMC et ancien Premier ministre du Bhoutan. Le projet Gelephu est perçu comme une tentative d’équilibrer bonheur et croissance économique, en s’inspirant d’une forme de « capitalisme conscient ».
Selon Ronald Purser, professeur à l’Université d’État de San Francisco et auteur de « McMindfulness », le concept de capitalisme conscient, bien que populaire aux États-Unis, est souvent utilisé à des fins de marketing. Il estime cependant que le Bhoutan pourrait être en mesure de donner un sens plus authentique à cette philosophie. « Si quelqu’un peut le faire, c’est probablement eux », affirme-t-il.
L’approche bhoutanaise du bonheur est unique. Tous les cinq ans, des équipes se rendent à travers le royaume pour évaluer le bien-être physique, spirituel et émotionnel de la population, à travers des centaines de questions. Cet indice, selon de nombreux experts, offre une mesure plus pertinente du progrès national que le Produit Intérieur Brut (PIB).
« Dans un monde obsédé par le PIB… voici un pays qui dit : ‘Attendez une seconde – quel est l’intérêt de toute cette croissance si les gens ne prospèrent pas réellement ?’ », explique un professeur non nommé.
Le projet Gelephu vise à incarner cette philosophie. L’architecte danois Bjarke Ingels, dont l’entreprise conçoit la ville, imagine un espace urbain qui s’intègre à la nature environnante, avec des ponts transformés en espaces communautaires et un temple bouddhiste intégré à un barrage. Tous les véhicules seront électriques, l’agriculture sera biologique et l’énergie proviendra de sources renouvelables.
« Essayez d’imaginer une ville qui n’enlèverait pas la nature ou l’agriculture qui l’entoure, mais qui les améliorerait et les intégrerait », explique Bjarke Ingels.
Les entreprises souhaitant investir à Gelephu seront soumises à un examen rigoureux de leurs impacts environnementaux et culturels. Seules celles dont les valeurs sont alignées sur les principes de la pleine conscience seront sélectionnées. Le roi du Bhoutan, Jigme Khesar Namgyel Wangchuck, joue un rôle central dans ce processus, garantissant que le projet reste fidèle à ses objectifs.
La construction de l’aéroport international de Gelephu, débutée cet été, marque le début d’un long processus. L’achèvement de l’infrastructure de base de la ville devrait prendre encore une dizaine d’années.
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