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Plus de prêts ou plus d’autonomie?

by Amélie Bernard

Publié le 28 septembre 2025 01:27:00. La Corporation Andine de Développement (CAF) multiplie les investissements en Amérique latine, mais sa stratégie, axée sur le financement de projets d’envergure et le recours à des consultants externes, suscite des interrogations quant à l’autonomie des collectivités locales et au risque de dépendance.

  • La CAF privilégie les projets dépassant les 30 millions de dollars (environ 28 millions d’euros), marginalisant les initiatives locales de plus petite envergure.
  • L’institution impose souvent le recours à des consultants financés par ses fonds pour garantir la qualité technique des projets, au détriment du renforcement des compétences locales.
  • L’exemple du Salar de Uyuni en Bolivie illustre une méfiance de la CAF envers la gestion publique, privilégiant la délégation de la gestion touristique à des acteurs privés.

La CAF, banque de développement régionale, déploie une stratégie ambitieuse pour combler le déficit d’infrastructures chronique en Amérique latine. Si l’objectif est louable, la méthode employée soulève des questions quant à son impact réel sur l’autonomie des gouvernements locaux et la pérennité des projets.

Au cœur de cette stratégie se trouve une volonté de décentralisation : les provinces et les municipalités sont désormais les principaux exécutants des prêts accordés par la CAF. Cependant, cette confiance affichée est assortie de conditions strictes. L’institution ne souhaite pas prendre de risques excessifs et, en cas de manque de personnel qualifié au niveau local, elle impose le recours à des consultants entièrement financés pour élaborer les dossiers de projets. Ce dispositif, bien que visant à garantir la qualité technique, perpétue une dépendance aux compétences étrangères et freine les réformes structurelles nécessaires au sein des administrations provinciales.

L’approche de la CAF en matière d’investissement privé est également révélatrice. Un seuil de financement de 30 millions de dollars (environ 28 millions d’euros) est exigé pour tout projet privé. Selon Marcela Cardillo, de la CPI, « pour les investissements, les provinces ont un soutien technique et financier de la CPI ». Cette approche privilégie la grande échelle et marginalise les petits développeurs locaux et les projets communautaires, qui se retrouvent relégués aux banques commerciales. La CAF privilégie ainsi l’atténuation des risques et la rentabilité des projets d’envergure, rendant l’accès au financement difficile pour de nombreux acteurs.

L’exemple du Salar de Uyuni en Bolivie est particulièrement éloquent. La CAF a financé des infrastructures touristiques (hôtels et restaurants) pour l’État bolivien, mais a exigé que la gestion de ces infrastructures soit confiée à des acteurs privés. Cette condition révèle une profonde méfiance envers l’administration publique et met en garde contre le risque de voir ces investissements se transformer en « éléphants blancs », c’est-à-dire des projets coûteux mais inutilisés. La logique sous-jacente est claire : l’efficacité du marché est jugée supérieure à la gestion publique.

Cependant, la CAF ne se limite pas à fournir des capitaux. Sa stratégie vise à transformer le secteur du tourisme dans la région grâce à une approche intégrale qui dépasse le simple financement d’infrastructures. Les projets financés par la CAF sont conçus pour être durables, inclusifs, innovants et équipés, afin de garantir un impact durable et des bénéfices pour les communautés locales.

La stratégie de développement régional de la CAF repose sur trois piliers : l’impulsion des opérations de crédit, le renforcement des politiques et des stratégies, et la génération de connaissances. La CAF fournit un financement direct aux secteurs public et privé, agissant comme une banque de développement. Elle propose également une coopération technique pour renforcer les politiques publiques et les plans d’action des gouvernements, en fournissant à la fois un soutien financier et une assistance technique. Enfin, elle s’engage dans la génération et le partage de connaissances pour le développement du secteur, notamment dans le domaine du tourisme. Investir dans le tourisme à l’époque Javier Milei, un article de Ladevi, souligne l’importance de ces investissements dans le contexte actuel.

La CAF propose un large éventail d’instruments financiers adaptés à la complexité des projets, allant de la dette souveraine au financement de capital-risque pour les entreprises :

  • Projets et programmes d’investissement (PPI) : prêts traditionnels pour financer des investissements spécifiques, notamment dans les infrastructures.
  • Crédits d’approche sectorielle larges (swap / pbl) : prêts basés sur des politiques (PBL) et des swaps (mécanisme de changement de devise) pour financer des réformes de politiques publiques.
  • Crédits basés sur les matrices de politique publique : crédits dont le décaissement est conditionné au respect d’indicateurs de politiques publiques.
  • Lignes de crédit ou prêts directs et syndicaux : financement direct aux grandes entreprises privées, souvent en collaboration avec d’autres institutions.
  • Crédits d’entreprise : prêts aux entreprises ou aux institutions financières pour des investissements généraux ou le fonds de roulement.
  • Crédits pour des projets spécifiques (financement du projet) : instruments de dette structurés dont le remboursement est basé sur les flux de trésorerie futurs du projet.
  • Garanties : émission de garanties pour réduire le risque pour d’autres prêteurs ou investisseurs.
  • Investissements patrimoniaux : participation directe de la CAF en tant qu’actionnaire ou partenaire dans des fonds d’investissement ou des projets spécifiques.

La CAF finance également des projets considérés comme des intérêts nationaux, impliquant des ministères ou des gouvernements centraux pour développer des infrastructures clés et promouvoir le tourisme à l’échelle nationale. Parmi ces projets figurent l’aéroport du Pacifique Sud (El Salvador), le modèle hybride à Salar de Uyuni (Bolivie), l’amélioration des routes touristiques (Barbade) et le développement maritime et la protection côtière (Trinidad et Tobago).

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