Publié le 29 septembre 2025 09h40. Le film « Muganga, celui qui soigne », qui dénonce les violences sexuelles utilisées comme arme de guerre en République démocratique du Congo (RDC), a suscité une vive émotion lors de sa projection de clôture du Festival du film justice et droits humains à Bordeaux, mettant en lumière un conflit trop souvent ignoré.
- Plus de 1 000 femmes sont violées chaque jour dans la province du Sud-Kivu, où le docteur Denis Mukwege a ouvert son hôpital.
- La réalisatrice Marie-Hélène Roux souligne que 80 % du public ignore la réalité de ce conflit et les raisons qui l’alimentent.
- Le film, une fiction inspirée de faits réels, bénéficie du soutien de l’actrice Angelina Jolie pour une distribution internationale.
La grande salle de l’Utopia de Bordeaux était pleine lors de la projection de « Muganga, celui qui soigne », témoignant de l’intérêt croissant pour les questions de justice et de droits humains. Le film, qui retrace l’engagement du docteur Mukwege auprès des femmes victimes de violences sexuelles en RDC, a laissé une profonde impression sur le public, comme en attestent les mouchoirs essuyant les larmes à la fin de la séance.
Marie-Hélène Roux, la réalisatrice, a expliqué avoir constaté que « 80 % des spectateurs ignorent la réalité » de ce conflit. C’est cette prise de conscience qui l’a motivée à présenter son premier long-métrage, après l’avoir déjà diffusé lors d’une Unipop à Pessac. « J’ai été choquée par ce que subit le corps des femmes dans cette partie du monde, mais aussi émerveillée par la dignité dont elles continuent à faire preuve et par la grandeur de ceux qui les soignent », a-t-elle déclaré.
Le film s’appuie sur une visite à l’hôpital de Panzi, fondé par le docteur Mukwege. Il met en lumière une réalité glaçante : plus de 1 000 femmes sont violées chaque jour dans la province du Sud-Kivu. Face à l’étonnement d’un spectateur, la réalisatrice a apporté une réponse sans concession :
« Violer, ça coûte moins cher que tirer des cartouches. Le sous-sol de cette région est l’un des plus riches du monde, avec des réserves importantes de minerais rares utilisés pour la fabrication de téléphones et d’équipements numériques. En terrorisant les populations, on les force à partir et il devient plus facile d’exploiter ces richesses. Tout cela relève d’une stratégie. »
« Muganga » est une fiction, selon Marie-Hélène Roux, car « une fiction permet plus de s’identifier aux personnages qu’un documentaire ». Le film a déjà trouvé un écho auprès de spectateurs touchés par la réalité qu’il dépeint. Une spectatrice angolaise a remercié la réalisatrice « en tant que femme africaine ayant grandi dans un pays en guerre », tandis qu’un membre de Médecins sans frontières a souligné la crédibilité du film, tout en regrettant que « la situation ne s’est pas améliorée ».
La situation actuelle dans la région de Bukavu, où se trouve l’hôpital de Panzi, est préoccupante. La ville est assiégée par le M23, un groupe armé soutenu par le Rwanda. L’aéroport est fermé et le docteur Mukwege ne peut actuellement pas retourner à son hôpital. Cependant, les équipes de soins continuent à travailler sur place. Marie-Hélène Roux lance un appel aux spectateurs : « Parlez-en autour de vous et sur Internet. C’est le conflit le plus meurtrier depuis la Deuxième Guerre mondiale et personne n’en parle. »
La réalisatrice a également évoqué l’implication de l’actrice Angelina Jolie dans la production du film. Elles se sont rencontrées à Londres la semaine dernière pour promouvoir le film et rechercher une distribution internationale. La question de savoir si un film peut avoir un véritable impact politique reste ouverte, mais « Muganga, celui qui soigne » a déjà réussi à attirer l’attention sur une crise humanitaire trop souvent oubliée.
https://www.youtube.com/watch?v=phc6no_vo7c
https://www.youtube.com/watch?v=iacrjo5jz1u
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