Home DivertissementAu revoir à un emblème de la nuit à Neuquen

Au revoir à un emblème de la nuit à Neuquen

by Antoine Girard

Publié le 29 septembre 2025 à 11h22. Après dix ans d’existence, le bar culturel Morrigan, lieu emblématique de la scène artistique indépendante de Neuquén, fermera ses portes en octobre, victime des difficultés économiques et d’un contexte social en mutation.

  • Le bar Morrigan, situé dans le centre de Neuquén, cessera ses activités le premier week-end d’octobre.
  • Fondé par Matías Martel et plus tard animé par Marilín Orellana, l’établissement a accueilli plus de 3 000 groupes musicaux et artistes.
  • Morrigan était reconnu comme un espace inclusif et solidaire, offrant un refuge à la communauté queer et aux marginaux.

C’est un coup dur pour la scène culturelle de Neuquén. L’annonce de la fermeture de Morrigan, un lieu qui était bien plus qu’un simple bar, a suscité une vive émotion parmi les artistes et les habitués. Pendant une décennie, l’établissement situé au 39 de la rue Elordi, dans le centre de Neuquén, a été un bastion de la contre-culture, un espace ouvert à toutes les formes d’expression artistique et un point de rencontre pour une communauté diverse et engagée.

Matías Martel, dit Tiasma, à l’origine du projet, se souvient avoir voulu créer un lieu différent, moins conventionnel qu’un pub irlandais. Il a rapidement réussi à transformer Morrigan en un véritable foyer pour les artistes locaux et les amateurs de musique alternative. Marilín Orellana, alias Mali, a ensuite rejoint l’aventure, apportant son énergie et sa vision pour programmer une multitude d’événements et de concerts.

Morrigan a ainsi accueilli plus de 3 000 groupes sur sa scène, offrant une vitrine à de nombreux talents émergents et contribuant à dynamiser la vie culturelle de la ville. L’établissement était également un lieu de convivialité et de solidarité, où chacun pouvait trouver sa place, quel que soit son origine ou son orientation sexuelle.

« Morri est une famille. C’était toujours mon endroit sûr, en tant que personne queer, je trouve un peu difficile d’assister à d’autres endroits où seuls les hétérosexuels cisgenres vont. Morri est l’endroit où j’ai toujours su que j’allais me sentir bien, que s’il y avait un problème, il y aurait quelqu’un pour me soutenir, pour me donner un coup de main. Je n’ai jamais vécu une situation de violence là-bas, au contraire, nous prenons toujours soin les uns des autres, une grande famille formée. Un endroit très généreux, qui a permis au gril des personnes qui sont venues sans espace pour pouvoir habiter. »

Julián Rachid

Pour Clara Paz, journaliste, Morrigan était un lieu essentiel de la scène contre-culturelle de Neuquén, un catalyseur pour d’autres initiatives artistiques et un symbole de résistance face à la montée des idées d’extrême droite.

« Morrigan était et est l’un des lieux contre-culturels les plus importants de Neuquén qui a donné le coup de pied initial à reproduire dans d’autres endroits et que plus de gens sont encouragés aux différents, ici, à la résistance. En ces temps, où la haine semble vouloir saisir tout au nom de la liberté, où la différente est méprisée et violée, avoir un endroit pour trouver, embrasser et se réfugier est extrêmement nécessaire. »

Clara Paz

La décision de fermer Morrigan est avant tout une conséquence de la crise économique actuelle, qui rend difficile la survie des petits commerces indépendants. Tiasma explique que les difficultés financières se sont accumulées au fil des années, et qu’il est devenu impossible de continuer à maintenir l’établissement à flot.

« Au cours des deux dernières années, les choses n’ont jamais cessé d’augmenter. Le taux d’inflation donne un nombre, mais la réalité en montre une autre. La vérité est que nous nous sommes déjà dépassés économiquement et aussi émotionnellement. Il y a deux ans, nous voyons comment un trou couvre l’autre et nous sommes déjà dans un très grand cratère que nous ne pouvons pas sauver. Nous ne pouvons pas le sauver, nous n’avons aucun soutien, nous ne sommes pas des entrepreneurs et nous ne nous caractérisons jamais pour être bons dans ce domaine. »

Tiasma

Malgré la tristesse de la fermeture, Tiasma et Mali envisagent de poursuivre leur engagement culturel sous une autre forme, mais sans la scène et l’effervescence qui caractérisaient Morrigan. La fin d’un cycle, mais pas la fin d’une passion.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.