Publié le 30 septembre 2025 à 09h00. Des chercheurs ont mis au point une technique d’intelligence artificielle capable de déduire les intentions d’une souris en analysant ses micro-expressions faciales, ouvrant la voie à des avancées potentielles dans la compréhension de la cognition animale et, peut-être, humaine.
- L’IA peut désormais prédire les choix d’une souris en observant ses expressions faciales.
- L’étude révèle que certains schémas de pensée sont associés à des expressions faciales spécifiques, même entre différents individus.
- Les chercheurs soulignent la nécessité de réglementer l’utilisation de ces technologies biométriques pour protéger la vie privée.
L’expression faciale, miroir de nos émotions, pourrait également révéler nos processus de pensée. C’est la conclusion d’une étude publiée dans la revue Nature Neuroscience, qui démontre qu’il est possible de déchiffrer les intentions d’une souris en analysant les infimes mouvements de son visage grâce à l’intelligence artificielle.
L’équipe du Dr. Fanny Cazettes, à la Fondation Champalimaud à Lisbonne, a soumis des souris à un dilemme : attendre une récompense liquide à une source intermittente ou se diriger vers une autre source potentielle. Les chercheurs ont observé que les animaux adoptaient différentes stratégies, certains restant fidèles à leur choix initial, d’autres changeant d’avis, et certains agissant de manière impulsive.
Parallèlement à l’observation des comportements, les chercheurs ont filmé les visages des souris et enregistré l’activité neuronale dans leur cortex moteur secondaire, une zone du cerveau impliquée dans la prise de décision. L’analyse de ces données, réalisée à l’aide d’algorithmes d’apprentissage automatique, a révélé une corrélation surprenante : les micro-expressions faciales des souris étaient aussi révélatrices de leur stratégie de prise de décision que l’activité cérébrale enregistrée.
Selon Davide Reato, co-auteur de l’étude, la constance des résultats entre différentes souris est particulièrement notable :
« Certaines expressions faciales représentaient la même stratégie cognitive pour différents individus. Cela suggère que certains schémas de pensée sont associés à des expressions faciales typiques, un peu comme c’est le cas avec les émotions. »
Cette découverte ouvre des perspectives intéressantes pour la compréhension de la cognition animale et pourrait, à terme, avoir des implications pour l’étude du cerveau humain. En effet, si des expressions faciales spécifiques sont liées à des processus de pensée chez les souris, il est plausible que des mécanismes similaires soient en jeu chez les humains, où la lecture des émotions sur le visage est déjà bien documentée (voir cette étude).
Cependant, les chercheurs soulignent la nécessité d’une réflexion éthique et juridique concernant l’utilisation de ces technologies biométriques, afin de protéger la « vie privée intellectuelle » des individus. Ils appellent à la mise en place de réglementations strictes pour encadrer le développement et l’application de ces outils.
Cazettes, F. et al., Nature Neuroscience, 10.1038/s41593–025–02071–5, 2025
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