Washington – Le gouvernement fédéral américain est actuellement paralysé, conséquence d’un blocage au Congrès sur le financement des services publics. Au cœur du conflit : des désaccords sur l’avenir des subventions à l’assurance maladie, mais aussi une lutte de pouvoir politique exacerbée par les ambitions de l’ancien président Donald Trump.
La fermeture, effective depuis mardi soir après l’échec d’une résolution continue au Sénat, met en péril l’accès aux soins de santé pour des millions d’Américains. Les républicains souhaitent laisser expirer les aides financières mises en place pendant la pandémie pour les régimes d’assurance de l’Affordable Care Act (« Obamacare »), ce qui entraînerait une hausse des primes et la perte de couverture pour de nombreux citoyens. Les démocrates s’opposent fermement à cette mesure.
« Les républicains préfèrent fermer le gouvernement plutôt que d’aider les Américains à se permettre des soins de santé », a déclaré la sénatrice Elizabeth Warren, dénonçant une stratégie récurrente de la droite américaine. « Ils ont essayé d’abroger la loi sur les soins abordables par le passé, et maintenant ils tentent de la démanteler par petits bouts. » Warren souligne que les démocrates cherchent à la fois à annuler les coupes budgétaires prévues dans le projet de loi de réconciliation adopté en juillet et à préserver l’accès à l’assurance maladie.
Le sénateur Andy Kim met en garde contre les conséquences immédiates de ce blocage : la période d’inscription aux plans d’assurance de l’ACA débutera le mois prochain, et les personnes qui s’inscrivent pourraient se retrouver à payer des primes plus élevées si les subventions venaient à disparaître. « Nous n’avons pas le luxe de repousser cette question à plus tard », a-t-il affirmé, soulignant l’inquiétude croissante des électeurs.
La Maison Blanche et les républicains accusent quant à eux les démocrates de vouloir financer les soins de santé des « étrangers illégaux », une affirmation démentie par les faits. Les subventions de l’ACA ne sont pas accessibles aux migrants sans papiers, et ces derniers ne peuvent pas non plus bénéficier de Medicare ou de Medicaid.
Warren dénonce cette rhétorique comme un « mensonge audacieux » destiné à détourner l’attention des véritables enjeux. « Les républicains savent que leurs coupes dans les soins de santé sont impopulaires, et ils essaient de changer de sujet pour éviter d’en assumer la responsabilité », a-t-elle déclaré.
Si les fermetures administratives ont des conséquences immédiates, certains programmes de dépenses obligatoires, comme la sécurité sociale et Medicare, continuent de fonctionner. Les militaires et les employés fédéraux essentiels sont en congé ou recevront un paiement rétroactif une fois le conflit résolu. L’administration Trump envisage toutefois de profiter de cette situation pour réduire la taille de la bureaucratie fédérale.
Donald Trump a lui-même déclaré que « beaucoup de bonnes choses peuvent découler des fermetures », et a évoqué la possibilité de procéder à des licenciements massifs. Dans un message publié sur son réseau social, il a annoncé une réunion avec Russ Vought, figure influente du projet 2025, pour identifier les agences gouvernementales à supprimer.
Ces annonces ont suscité une réaction immédiate de la part des syndicats représentant les travailleurs fédéraux, qui dénoncent une menace « illégale et immorale ». La Fédération américaine du gouvernement a annoncé qu’elle allait engager des poursuites judiciaires.
Une réunion entre la direction du Congrès et l’administration Trump s’est tenue mardi, mais elle n’a pas permis de trouver de terrain d’entente. Le président Trump a notamment exhibé des chapeaux « Trump 2028 » lors de cette rencontre, un geste interprété comme une provocation par certains observateurs.
« Ils jouent avec les vies des gens », a déploré le sénateur Andy Kim. « Aucun membre des forces armées ne reçoit son salaire aujourd’hui, aucun fonctionnaire ne perçoit sa rémunération, à l’exception des membres du Congrès et du président. »
Pour Elizabeth Warren, la situation actuelle relève du chantage. « Quel président des États-Unis dirait : soit vous faites ce que je veux, soit je vais blesser délibérément des dizaines de milliers de personnes ? » s’est-elle interrogée.
Les républicains espèrent ainsi faire pression sur les démocrates modérés pour qu’ils acceptent une résolution continue. Plusieurs sénateurs démocrates, dont John Fetterman, Catherine Cortez Masto et Angus King, avaient déjà voté en faveur d’un projet de loi similaire par le passé. La question est maintenant de savoir s’ils tiendront bon face aux pressions et aux menaces de l’administration Trump.
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