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Les obligations cachent toujours des chocs de croissance, mais le risque d’inflation exige des diversifiants de portefeuille

Les obligations, traditionnellement considérées comme une valeur refuge en période de turbulences boursières, ont vu leur rôle de protection s'éroder ces derniers temps. Un changement de régime économique, marqué par une inflation persistante, remet en question les stratégies…

Les obligations cachent toujours des chocs de croissance, mais le risque d’inflation exige des diversifiants de portefeuille

Les obligations, traditionnellement considérées comme une valeur refuge en période de turbulences boursières, ont vu leur rôle de protection s’éroder ces derniers temps. Un changement de régime économique, marqué par une inflation persistante, remet en question les stratégies d’investissement établies et oblige les investisseurs à repenser leur approche de la diversification.

Pendant près de trois décennies, jusqu’en 2020, les obligations d’État américaines ont servi d’amortisseur efficace lors des baisses du S&P 500. Sur les dix corrections boursières de plus de 10 % enregistrées entre 1997 et 2020, les bons du Trésor américain ont progressé dans neuf cas, affichant un rendement moyen d’environ 7 %. Ce mécanisme reposait sur une réaction prévisible de la Réserve fédérale : face à un ralentissement économique ou à des craintes de récession, la banque centrale américaine baissait ses taux d’intérêt, ce qui entraînait une hausse des prix des obligations et compensait partiellement les pertes en actions.

Cependant, la pandémie de Covid-19 a marqué un tournant. L’inflation, et non plus la croissance, est devenue la principale préoccupation. La Réserve fédérale a alors adopté une politique monétaire restrictive, augmentant ses taux directeurs pour freiner la flambée des prix. Cette hausse des taux a eu pour conséquence de faire baisser les prix des obligations, tout en pesant sur les valorisations des actions, entraînant ainsi une corrélation positive entre les deux classes d’actifs.

Les rendements obligataires ont considérablement augmenté, passant d’environ 1 % en 2020, selon l’indice Bloomberg US Global Aggregate Bond, à environ 4,5 % aujourd’hui, soit une augmentation de 350 points de base. Si les obligations ont bénéficié de cette réinitialisation des attentes en matière d’inflation, affichant une progression de plus de 4 % en début d’année et surpassant les placements en liquidités, leur capacité à protéger contre les baisses boursières est désormais compromise.

Le récent rapport sur l’emploi du 1er août en témoigne : le S&P 500 a chuté de 1,5 %, tandis que l’indice des bons du Trésor américain a gagné près de 1 %. Néanmoins, les experts soulignent que si la prochaine correction boursière était motivée par l’inflation plutôt que par un ralentissement de la croissance, les obligations pourraient subir des rendements négatifs en même temps que les actions.

Plusieurs facteurs, tels que la démondialisation, les déficits budgétaires américains et les tensions sur le marché du travail, laissent penser que l’inflation pourrait rester au-dessus de l’objectif de 2 % de la Réserve fédérale pendant un certain temps. Dans ce contexte, il est crucial pour les investisseurs de diversifier leurs portefeuilles et de se protéger contre le risque de corrélation entre les obligations et les actions.

Pour ce faire, il est conseillé d’ajouter des actifs qui, à l’instar des obligations, diversifient les portefeuilles mais qui ont tendance à mieux performer en période d’inflation. Parmi les options à considérer figurent l’or, les actifs réels (immobilier, infrastructures, transport) et les stratégies de fonds spéculatifs moins corrélées aux marchés traditionnels. Ces stratégies comportent toutefois des risques, notamment une volatilité plus élevée et une liquidité potentiellement plus faible, et ne devraient représenter qu’une portion limitée d’un portefeuille, généralement pas plus de 25 % de l’allocation à revenu fixe.

Les obligations restent néanmoins un élément essentiel d’un portefeuille équilibré, en particulier pour les investisseurs qui recherchent un revenu stable et n’envisagent pas de les vendre à court terme. L’ajout d’actifs complémentaires peut aider à renforcer la résilience des portefeuilles face aux chocs économiques, qu’ils soient liés à la croissance ou à l’inflation.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.