Home AffairesLes enquêteurs espionnent des vendeurs de cigarettes illégaux – l’Irish Times

Les enquêteurs espionnent des vendeurs de cigarettes illégaux – l’Irish Times

by Amélie Bernard

Publié le 7 octobre 2025 à 05h03. Des enquêteurs mandatés par un géant du tabac traquent les réseaux de vente illégale de cigarettes et de tabac en Irlande, une activité en pleine expansion qui prive l’État de revenus considérables.

  • En 2023, les saisies de cigarettes illicites ont dépassé 112,3 millions d’unités et 39 500 kg de tabac.
  • Plus d’une cigarette sur quatre fumée en Irlande provient du marché noir, entraînant une perte de revenus estimée à 600 millions d’euros par an pour l’État.
  • Japan Tobacco International (JTI) mène des opérations de surveillance, en collaboration avec les autorités fiscales et la police (Gardaí), pour identifier les points de vente illégaux et remonter la chaîne d’approvisionnement.

Ce matin de septembre, l’équipe d’enquête de Japan Tobacco International (JTI) se réunit dans un hôtel de Dublin pour planifier sa journée. Leur mission : repérer les commerçants vendant du tabac de contrebande dans le centre-ville, puis identifier les vendeurs opérant en ligne via la plateforme Facebook. L’opération ne vise pas à effectuer des arrestations, mais à collecter des informations cruciales à transmettre aux autorités compétentes, les Revenue Commissioners et la Gardaí.

Trevor, un jeune homme casquette et survêtement, est le chef d’équipe. Il a déjà identifié sa première cible : une boutique du centre de Dublin proposant une variété d’articles, des vapes aux téléphones reconditionnés, en passant par des produits du tabac douteux. Accompagné de ses collègues – et d’un journaliste de l’Irish Times, discret et relié par un écouteur – il pénètre dans le magasin.

L’échange est bref et direct :

« Avez-vous des cigarettes ? »

Trevor, enquêteur de JTI

« Bien sûr. De quoi avez-vous besoin ? »

Vendeur

« Un paquet de Marlboro Lights, s’il vous plaît. Combien coûte-t-il ? »

Trevor, enquêteur de JTI

« 15 €. »

Vendeur

« C’était 10 € hier ? »

Trevor, enquêteur de JTI

« Bon, 12 €. »

Vendeur

L’argent change de mains, Trevor récupère les cigarettes, qui sont immédiatement placées dans un sac scellé à titre de preuve. L’équipe se dirige ensuite vers un autre commerçant, mais leur tentative se heurte à un obstacle : une femme avec laquelle Trevor avait pris contact la veille est introuvable.

En interrogeant d’autres vendeurs, Trevor essuie des refus et des regards suspicieux. Une heure plus tard, un autre membre de l’équipe JTI tente sa chance, observant une femme vendant des cigarettes à même un sac en plastique. L’approche est vaine : « Pas aujourd’hui, mon chéri », répond la vendeuse avant de s’éloigner. Un témoin, alerté par la présence des enquêteurs, avertit discrètement les autres commerçants de la rue.

Les investigations en ligne s’avèrent plus fructueuses. Trevor a pris contact avec un vendeur sur Facebook Marketplace et a convenu d’acheter six paquets de tabac à rouler pour 100 €, soit une réduction de près de 60 € par rapport au prix normal. L’échange a lieu dans un complexe d’appartements huppé du sud de Dublin. Le vendeur, pris au dépourvu, tente de remettre la contrebande à un passant avant d’être interpellé par Trevor.

Vincent Byrne, directeur mondial des opérations de lutte contre le commerce illicite chez JTI, explique que ces opérations de surveillance sont essentielles pour comprendre l’ampleur du problème. Récemment, une usine clandestine de fabrication de cigarettes a été découverte dans le comté de Louth, capable de produire jusqu’à 700 000 cigarettes par jour. Une autre usine illégale a été démantelée à Dublin 11, saisissant 758 000 cigarettes de marque Marlboro et plus de 1,4 tonne de tabac brut.

« Ce que vous avez vu aujourd’hui représente le bas de l’échelle du commerce de rue, mais à l’échelle mondiale, ce sont des groupes criminels organisés qui contrôlent la chaîne d’approvisionnement et sont impliqués dans d’autres activités illégales, comme le trafic de drogue et de personnes. »

Vincent Byrne, directeur mondial des opérations de lutte contre le commerce illicite chez JTI

Byrne souligne que les personnes travaillant dans ces usines illégales sont souvent victimes de traite et exploitées. Il insiste sur le fait que, même si le tabac de contrebande est vendu sans contrôle, les produits légaux restent dangereux pour la santé, causant cancer, emphysème et maladies cardiaques. Il rappelle que JTI, comme les autres entreprises de tabac, est une entreprise légale, soumise à une réglementation stricte et contribuant aux recettes fiscales de l’État.

À lire également : Une nuit avec l’unité d’intervention armée.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.