Home NouvellesComme les États-Unis, la hauteur de la barrière en acier est l’UE… le «volume, le prix, le prix, le taux de change» coréen

Comme les États-Unis, la hauteur de la barrière en acier est l’UE… le «volume, le prix, le prix, le taux de change» coréen

by Nicolas Lefèvre

L’Union européenne suit les États-Unis en durcissant ses mesures protectionnistes envers l’acier importé, une décision qui pourrait peser lourdement sur les exportations sud-coréennes. Bruxelles a annoncé une réduction significative des quotas tarifaires et une augmentation des droits de douane, allant jusqu’à 50%, pour certains produits sidérurgiques.

La Commission européenne a officialisé ce nouveau système de quotas tarifaires (TRQ) le 7 septembre (heure locale), justifiant cette mesure par une «offre excédentaire mondiale d’acier qui fausse le marché et fragilise l’industrie européenne». Le TRQ prévoit l’application de droits de douane réduits, voire nuls, jusqu’à un certain volume d’importations, puis l’imposition de droits plus élevés au-delà de ce seuil.

Concrètement, le quota d’importations exonérées de droits de douane est abaissé de 47%, pour atteindre 18,3 millions de tonnes. Les droits de douane sur les volumes excédentaires doublent, passant de 25% à 50%, un niveau comparable à celui instauré par les États-Unis. Ces nouvelles barrières tarifaires sont perçues comme un «coup double» par l’industrie sidérurgique coréenne, déjà confrontée aux restrictions américaines.

Le nouveau système impose également une identification précise du producteur d’acier, excluant les simples opérations de transformation. Si la procédure législative est finalisée avant l’expiration des mesures de sauvegarde actuelles en juin prochain, l’application de ces nouvelles règles pourrait être accélérée.

Les mesures actuelles de sauvegarde, introduites en 2018 en réponse aux tarifs américains de 25% sous l’administration Trump, autorisaient également des quotas d’importation à des tarifs préférentiels, complétés par des droits de douane de 25% sur les volumes excédentaires. Le TRQ se présente donc comme une évolution de ces mesures existantes, visant à assurer une protection à long terme, en accord avec les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

«Les tarifs élevés imposés par les États-Unis ont servi de catalyseur, et l’UE semble adopter des mesures similaires», explique Lee Jae-min, professeur de droit à l’Université nationale de Séoul.

Les exportations sud-coréennes vers l’UE, qui s’élevaient à 4,48 milliards de dollars (environ 6 400 milliards de wons) l’année dernière, sont donc particulièrement menacées. En 2023, 3,93 millions de tonnes de produits sidérurgiques ont été exportées vers l’UE, dont 2,63 millions de tonnes bénéficiaient de quotas coréens.

Les chiffres récents sont déjà préoccupants : entre janvier et août 2024, les exportations coréennes vers l’UE ont diminué de 15,7%, atteignant 2,62 milliards de dollars. Un responsable de l’industrie sidérurgique souligne que l’UE, comme les États-Unis, représente un marché clé pour les produits à forte valeur ajoutée.

L’industrie sud-coréenne est confrontée à une conjoncture difficile, marquée par la baisse des quotas européens, la dépréciation du won (taux de change gagnant/dollar) et un ralentissement de la demande intérieure lié à un secteur de la construction en berne. Le marché intérieur est également fragilisé par le ralentissement économique en Chine.

Le ministère du Commerce, de l’Industrie et de l’Énergie a annoncé qu’il analysait les implications spécifiques de ces nouveaux quotas et préparait des contre-mesures. Il compte notamment s’appuyer sur l’accord de libre-échange (ALE) existant avec l’UE et engager des consultations bilatérales.

Yeo Han-Gu, chef de la division des échanges et de la négociation, s’entretiendra avec le commissaire européen chargé du Commerce, et le vice-ministre visitera cette semaine des sites d’exportation d’acier pour recueillir l’avis des acteurs du secteur. Une réunion conjointe public-privé est prévue le 10 septembre pour discuter d’un «plan de relance de l’industrie sidérurgique» et d’une «stratégie face aux quotas de l’UE».

L’industrie sud-coréenne espère pouvoir négocier des quotas favorables avec l’UE, contrairement à l’approche plus rigide des États-Unis. «Au sein de l’UE, il est important de voir si elle sera sensible à la situation de la Corée, compte tenu de son inquiétude face à la surproduction chinoise», estime Park Sung-Hoon, professeur honoraire à la Corée University Graduate School.

Cependant, des voix s’élèvent en Allemagne pour souligner que ces mesures pourraient augmenter les coûts de production et nuire à la compétitivité des industries automobile et mécanique.

«Les États-Unis ont adopté une politique unilatérale, mais l’UE insiste sur la restauration du système multilatéral et le renforcement des normes internationales. Il y a donc une marge de manœuvre pour négocier, à condition de présenter des arguments juridiques et diplomatiques solides», conclut Lee Jae-min.

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