Publié le 9 octobre 2025 à 03h08. La Cour suprême espagnole tarde à publier sa décision concernant la validité des hypothèques indexées sur l’IRPH, un indice de référence dont l’annulation potentielle pourrait coûter des milliards d’euros aux banques et concerner près d’un million de contrats.
- La Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a ouvert la voie à l’annulation de l’IRPH en décembre dernier, en raison d’un manque de transparence.
- Une décision de justice inédite, rendue à Saint-Sébastien, a annulé intégralement un prêt hypothécaire indexé sur l’IRPH, et non pas simplement remplacé l’indice.
- Les consommateurs pourraient récupérer l’intégralité des sommes et intérêts payés à la banque, ne devant restituer que le capital emprunté.
L’attente se fait de plus en plus pressante. La Cour suprême espagnole continue de retarder la publication de son verdict définitif sur la validité des hypothèques référencées sur l’IRPH (Indice de Référence des Prêts Immobiliers). Cette décision, qui concerne près d’un million de contrats en Espagne, pourrait avoir des conséquences financières considérables pour les établissements bancaires, avec des estimations variant entre 16 000 et 44 000 millions d’euros.
Tout a commencé en décembre dernier, lorsque la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) a estimé que l’IRPH pouvait être considéré comme un indice abusif en raison d’un manque de transparence. La CJUE a alors demandé aux juges espagnols de vérifier si les contrats incluaient des informations claires sur l’IRPH – notamment sa méthode de calcul et sa publication au Boletín Oficial del Estado (BOE) – et s’ils faisaient bien référence à cet indice. Les juges doivent également examiner la Circulaire 5/1994 de la Banque d’Espagne, qui préconisait l’application d’un différentiel négatif en cas de forte hausse des taux pour limiter les charges des emprunteurs.
La séance plénière de la Cour suprême s’est réunie pour débattre de la question, mais aucune nouvelle n’a filtré depuis. Compte tenu de l’importance de l’affaire, les magistrats pourraient prendre un peu plus de temps pour parvenir à une décision finale, bien que la délibération ne dépasse généralement pas un mois.
Si des décisions favorables aux consommateurs ont déjà été rendues dans diverses instances, c’est une décision particulièrement marquante qui a créé un précédent en Espagne. En mars dernier, le Tribunal de première instance numéro 8 de Saint-Sébastien, spécialisé dans les clauses abusives, a annulé totalement un crédit immobilier indexé sur l’IRPH, au lieu de simplement substituer l’indice par l’Euribor et de maintenir le prêt en cours.
Le tribunal de Saint-Sébastien a motivé sa décision en estimant que la clause relative à l’IRPH dans le contrat de la cliente de Kutxabank « ne passe pas le contrôle de transparence ». Selon le jugement, le contrat ne comportait pas une définition complète de l’indice hypothécaire, ni sa méthode de calcul, ne renvoyait à aucune source fiable pour le consulter et « ne cite pas la circulaire pertinente de la Banque d’Espagne qui illustre cette affaire ».
Décision historique et remboursement intégral avec intérêts
Pour la première fois en Espagne, cette décision reconnaît le droit du client à demander l’annulation totale de son hypothèque et met en évidence un manque de transparence dans la commercialisation de cet indice hypothécaire.
Concrètement, cela signifie que l’emprunteur peut récupérer l’intégralité des sommes et des intérêts versés à la banque, ne devant restituer que le capital initialement emprunté. Autrement dit, seul le montant utilisé pour l’achat du bien immobilier doit être remboursé, sans les frais de gestion, de notaire ou les taxes supplémentaires payées à l’époque.
Le jugement déclare la « nullité radicale » du contrat et condamne le client à rembourser à Kutxabank « le capital reçu en prêt sans ajouter aucun type d’intérêt », tandis que la banque doit rembourser « le montant des mensualités et dépenses payées jusqu’à présent », augmenté des intérêts correspondants.
Les avocats José María Erauskin et Love Ruiz, du cabinet Res, qui ont défendu le consommateur concerné, ont déclaré à l’agence Efe que la sentence « reflète sur papier la plupart des arguments qui ont été avancés devant d’innombrables juges et tribunaux nationaux » dans des cas similaires et pourrait servir de précédent pour d’autres consommateurs.
Qu’est-ce que l’IRPH ?
L’IRPH est un indice officiel reconnu par la Banque d’Espagne. Il est calculé en faisant la moyenne des taux d’intérêt auxquels les banques accordent leurs prêts hypothécaires. C’est le deuxième indice le plus utilisé en Espagne pour les prêts immobiliers, après l’Euribor, dont le calcul est basé sur les taux d’intérêt pratiqués entre les banques.
En 2013, alors que l’Euribor amorçait une baisse vers des valeurs proches de zéro, l’IRPH est resté stable à 2%. Cela a entraîné une augmentation des mensualités des hypothèques concernées, de l’ordre de 200 à 300 euros par mois, selon les estimations d’associations comme Asufin ou IRPH Stop Gipuzkoa.
Les associations de consommateurs dénoncent un manque d’information au moment de la commercialisation de l’IRPH. « C’est un indice trompeur pour les utilisateurs car il est très difficile de comprendre ses avantages et ses inconvénients », a affirmé Manuel Pardos, président de l’Association des usagers des banques Cajas y Seguros (Adicae). « Il a été commercialisé frauduleusement, présenté comme une clause plancher avantageuse pour le consommateur, ce qui s’est avéré faux. »
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