Home SantéLe transporteur de vitamine A réactive le VIH latent, constituant ainsi une nouvelle étape vers un remède

Le transporteur de vitamine A réactive le VIH latent, constituant ainsi une nouvelle étape vers un remède

by Sophie Martin

Publié le 9 octobre 2025 21h40. Des chercheurs allemands ont identifié une protéine naturelle capable de réactiver le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) à l’état latent, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour une possible guérison du Sida.

  • Une équipe de l’hôpital universitaire d’Ulm a découvert que la protéine RBP4, un transporteur de vitamine A, peut “réveiller” les virus HI latents, les rendant vulnérables au système immunitaire.
  • Cette découverte pourrait améliorer l’efficacité de la stratégie dite “choc et tuer”, qui vise à activer les virus cachés pour permettre leur élimination par l’organisme.
  • L’étude, publiée dans la revue Transduction du signal et thérapie ciblée, a démontré que des concentrations physiologiques de RBP4 suffisent à réactiver les virus chez des personnes séropositives sous traitement.

Le VIH, virus insidieux, a la capacité de se soustraire aux défenses immunitaires et aux traitements antiviraux en entrant dans un état de latence. Dans cet état, le virus devient quasiment invisible et inaccessible aux médicaments, représentant un obstacle majeur à l’éradication complète de l’infection. Tant que ces réservoirs viraux latents persisteront, un remède définitif au VIH/Sida restera hors de portée.

Cependant, les travaux menés par l’équipe de l’hôpital universitaire d’Ulm constituent une avancée significative. Les chercheurs ont mis en évidence le rôle de la protéine RBP4 (Retinol Binding Protein 4), un transporteur de vitamine A naturellement présent dans l’organisme, dans la réactivation des virus HI latents.

« Nous avons découvert une substance active naturelle qui peut “surprendre” les virus VIH “cachés”, les rendant ainsi vulnérables au système immunitaire »,

Professeur Frank Kirchhoff, directeur de l’Institut de virologie moléculaire de l’hôpital universitaire d’Ulm

L’étude, coordonnée par le Professeur Kirchhoff, a été récemment publiée dans la revue scientifique Transduction du signal et thérapie ciblée, une publication de renom du groupe Nature. Une collaboration internationale, impliquant des scientifiques des États-Unis et de Vienne, a été essentielle à la réalisation de ces travaux.

L’équipe de recherche a analysé un large éventail de petites protéines et peptides présents dans le sang humain afin d’identifier ceux capables d’activer le VIH latent. Pour ce faire, ils ont utilisé une lignée cellulaire modèle de lymphocytes T infectés par le VIH, mais à l’état latent. Ces cellules immunitaires, cruciales pour la défense de l’organisme, sont particulièrement vulnérables à l’infection par le VIH.

« Bien que le virus soit inactif à l’état latent, les cellules immunitaires conservent le matériel génétique viral et peuvent recommencer à produire des virus infectieux, même après de longues périodes »,

Dr Chiara Pastorio, postdoctorante à l’Institut de Virologie Moléculaire

Le Dr Pastorio, récemment récompensée par le Prix de la Fondation Jutta et Wilfried Trumpp de l’ École supérieure internationale de médecine moléculaire Ulm, est la première auteure de l’étude.

En collaboration avec un groupe de recherche américain, les chercheurs ont confirmé que la réactivation du virus par la RBP4 est efficace même dans les cellules de personnes séropositives sous traitement antirétroviral à long terme, avec une charge virale indétectable. Ils ont également constaté que seule la RBP4 liée au rétinol (une forme de vitamine A) est capable d’activer les virus latents, tandis que la protéine sans rétinol reste inactive. Il est important de noter que le rétinol ou l’acide rétinoïque seuls ne suffisent pas à inverser la latence. Les virologues ont démontré que l’activation d’une voie de signalisation spécifique (NF-κB), impliquée dans les processus immunitaires et la division cellulaire, est essentielle à cet effet.

« Avec la protéine RBP4, liant le rétinol, nous avons découvert un facteur naturel susceptible de réactiver les réservoirs latents du VIH. C’est un pas de plus vers un éventuel traitement curatif de cette maladie insidieuse », soulignent les chercheurs d’Ulm. Cette découverte pourrait ouvrir de nouvelles voies pour la stratégie “choc et tuer”, qui vise à activer les virus “endormis” afin qu’ils puissent être éliminés par le système immunitaire.

Le projet, qui offre de nouvelles perspectives thérapeutiques, a été financé par la Fondation allemande pour la recherche à travers le Centre de Recherche Collaborative (SFB) 1279 “Utilisation du peptidome humain pour développer de nouvelles thérapeutiques antimicrobiennes et anticancéreuses”. Un soutien supplémentaire est venu des institutions partenaires de Philadelphie et de Vienne, ainsi que du Centre allemand des maladies neurodégénératives (DZNE).

Informations complémentaires :
Prof. Dr Frank Kirchhoff, directeur de l’Institut de virologie moléculaire, hôpital universitaire d’Ulm, e-mail : frank.kirchhoff(at)uni-ulm.de

Référence de la publication :
Pastorio, C., et coll. La Retinol Binding Protein 4 réactive le VIH-1 latent en déclenchant la signalisation canonique NF-κB, JAK/STAT5 et JNK. Cible de transduction Sig Ther 10, 326 (2025). https://doi.org/10.1038/s41392-025-02424-3

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