Home Divertissement‘I’m going to write about all of it’: author Chris Kraus on success, drugs and I Love Dick | Books

‘I’m going to write about all of it’: author Chris Kraus on success, drugs and I Love Dick | Books

by Antoine Girard

À 70 ans, l’écrivaine américaine Chris Kraus continue de briser les tabous en explorant les zones d’ombre de l’existence, de l’addiction à la brutalité de certaines réalités sociales. Son dernier livre, The Four Spent the Day Together, témoigne une fois de plus de sa franchise radicale et de son regard acéré sur le monde qui l’entoure.

Kraus, dont le premier livre, I Love Dick, est devenu un phénomène culturel tardif – notamment grâce à une adaptation télévisée sur Amazon Prime Video en 2016 avec Kathryn Hahn dans le rôle principal – se dit aujourd’hui ambivalente face à ce succès. « Pour moi, le succès aurait été une longue critique dans la New York Review of Books, pas d’être un personnage dans une sitcom », confie-t-elle. Si les retombées financières ont été appréciables, elle avoue un certain embarras à défendre un ouvrage écrit il y a plus de vingt ans, comme s’il était tout juste sorti de sa plume.

Pourtant, elle s’était promis de continuer à explorer ses propres expériences avec la même candeur qu’elle avait employée pour ses difficultés passées. « Je vais écrire sur tout ça. Pas seulement sur la jeunesse, mais sur le milieu de la vie », explique-t-elle. « Le milieu de la vie est tellement plus difficile à écrire, parce que la jeunesse est une sorte de cliché. On est habitué à lire des livres sur les aspirations ou les désillusions de la jeunesse, mais le milieu de la vie est un terrain beaucoup plus fou. C’est moins sexy, moins familier. Alors, écrire sur le milieu de la vie de la même manière demande un engagement total. »

Depuis sa maison à Baja, au Mexique, où elle se retire pour écrire loin de Los Angeles, Kraus livre une réflexion sans concession sur sa vie et celle des autres. Son dernier livre explore notamment l’effondrement de sa vie privée alors que sa notoriété montait en flèche, suite à la rechute de son second mari dans l’addiction aux drogues et à l’alcool. Elle a choisi d’aborder ce sujet, qu’elle juge « sous-représenté », peut-être en raison de la honte qu’il suscite. « Je pense que c’est peut-être plus honteux pour le co-dépendant que pour le toxicomane », observe-t-elle.

Pour Kraus, l’écriture est un moyen de transformer ces sentiments douloureux en « matière ». « Mon personnage n’est qu’un personnage du livre. Ce n’est jamais soi-même – même si l’on utilise son propre vécu. On n’est jamais la même personne, on change constamment », explique-t-elle. Elle préfère d’ailleurs le terme de « romans non fictionnels » à celui d’« autofiction », car ses livres portent autant sur les autres qu’eux-mêmes, et elle décrit son approche comme un « reportage sur l’expérience ». Elle modifie les noms et les détails, mais « je n’invente rien. C’est plutôt un mélange, une composition. »

Depuis des décennies, elle tient un journal quotidien détaillé. « Le simple fait d’écrire vous ancre dans le temps et donne une réalité aux choses qui se sont passées, qui seraient autrement complètement vaporeuses et insaisissables », dit-elle. Dans ses romans, elle se sert d’elle-même comme d’une étude de cas, creusant si profondément dans son histoire personnelle qu’elle découvre des vérités qui semblent universelles, du moins pour les autres « filles étranges ». Pour construire ses œuvres, elle puise dans ses journaux, des boîtes de photographies, des enregistrements d’entretiens et, dans le cas de son dernier livre, des transcriptions de procès.

The Four Spent the Day Together est divisé en trois parties : la première décrit son enfance dans une petite ville ouvrière du Connecticut, la seconde retrace la rupture traumatisante de son second mariage, et la troisième relate son enquête journalistique sur un meurtre brutal commis près de son ancienne maison d’été dans le Minnesota, dans une communauté ouvrière ravagée par la méthamphétamine.

Dans ses romans récents, Kraus écrit sur elle-même à la troisième personne et utilise des pseudonymes, afin de traiter ses personnages « comme des clowns ou des marionnettes » et de maintenir une distance émotionnelle suffisante pour aborder des sujets très sensibles et personnels. Dans ce livre, Kraus devient Catt Greene et le personnage inspiré de son second mari, un psychologue, est nommé Paul Garcia. Paul tient des propos odieux à Catt, lui disant qu’elle est vieille et laide et qu’il ne l’a épousée que pour son argent, et elle vit dans la peur de sa colère. Elle passe des nuits entières à chercher sur Google des informations sur les violences conjugales. Le lecteur est impatient que Catt quitte cette relation bien avant qu’elle ne le fasse. « J’ai parlé à d’autres amies dans cette situation, qui ont eu des partenaires toxicomanes. Et c’est vraiment comme une grenouille dans l’eau bouillante. On a tendance à rationaliser en se disant que ce n’est pas vraiment la personne, c’est la toxicomanie », explique-t-elle.

Kraus est également politiquement engagée, et n’hésite pas à critiquer la situation actuelle aux États-Unis. Elle estime que le mouvement #MeToo a parfois été excessif, dénonçant une « compétition au sein de l’économie de l’attention » qui pousse les gens à « repousser les limites ». Elle critique également l’inefficacité de la résistance face à l’administration Trump, qu’elle juge « bien organisée » et « implacable ». « Le jeu actuel en politique américaine, c’est juste le cynisme, la diversion et l’insulte », déplore-t-elle.

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