Home AffairesRègle pour les droits de l’homme dans les chaînes d’approvisionnement : Une loi pour 150 entreprises

Règle pour les droits de l’homme dans les chaînes d’approvisionnement : Une loi pour 150 entreprises

by Amélie Bernard

Publié le 12 octobre 2025 18h13. Seules 150 entreprises allemandes pourraient être concernées par les futures réglementations européennes sur le devoir de vigilance en matière de droits de l’homme et de protection de l’environnement, un recul significatif par rapport aux 5 200 entreprises actuellement visées par la législation allemande.

  • Les conservateurs européens et le nouveau gouvernement allemand soutiennent une réduction drastique du nombre d’entreprises soumises à l’obligation de surveiller leurs chaînes d’approvisionnement.
  • La directive européenne, initialement conçue pour responsabiliser les grandes entreprises en matière de respect des droits de l’homme, pourrait être considérablement affaiblie.
  • Les critiques dénoncent un virage à droite qui privilégie les intérêts économiques au détriment des droits fondamentaux.

Les projets actuels de révision de la directive européenne sur la chaîne d’approvisionnement, soutenus par le gouvernement allemand actuel, suscitent de vives inquiétudes. Alors que la législation allemande en vigueur, adoptée en 2023, impose à environ 5 200 entreprises de contrôler leurs chaînes d’approvisionnement pour prévenir les violations des droits de l’homme et les atteintes à l’environnement, les nouvelles propositions limiteraient ce champ d’application à seulement 150 entreprises, celles employant plus de 5 000 salariés. Cette information découle d’une réponse du gouvernement fédéral à une question parlementaire posée par le parti de gauche, dont les conclusions ont été rapportées par taz.

La directive européenne, dans sa version initiale, visait à obliger les grandes entreprises à identifier et à analyser les risques liés aux droits de l’homme et à l’environnement tout au long de leurs chaînes d’approvisionnement. Les entreprises devaient ensuite prendre des mesures pour prévenir ces risques et répondre aux plaintes éventuelles. Sous le gouvernement précédent, l’Allemagne avait plaidé pour une approche plus ambitieuse, mais la Commission européenne a depuis proposé de supprimer toute possibilité de recours juridique pour les victimes de violations des droits de l’homme et de réduire le nombre d’entreprises concernées.

Selon Charlotte Neuhäuser, porte-parole pour la justice mondiale du parti de gauche au Bundestag, cette réduction du champ d’application de la loi témoigne d’une orientation politique préoccupante.

« Le fait que le devoir de protection de l’économie allemande à l’étranger ne devrait s’appliquer qu’à une petite poignée d’entreprises fait partie du virage turbo-capitaliste vers la droite et de la guerre nationaliste de localisation. »

Charlotte Neuhäuser, porte-parole pour la justice mondiale du parti de gauche au Bundestag

Elle appelle le gouvernement fédéral à s’opposer à cet affaiblissement des règles européennes et à ne pas abaisser les normes déjà en vigueur en Allemagne.

Depuis l’entrée en vigueur de la loi allemande sur la chaîne d’approvisionnement, une seule mise en demeure a été adressée à une entreprise pour lui demander de mettre fin à des violations des droits de l’homme. Aucune sanction ni aucun avertissement n’ont été émis à ce jour, soulignant un manque d’application effective de la législation actuelle. Le chancelier Friedrich Merz (CDU) a publiquement exprimé son intention d’abroger cette loi, une position qui figure également dans l’accord de coalition.

Le gouvernement fédéral reste cependant discret sur ses intentions concernant la mise en œuvre des exigences européennes, se contentant d’indiquer qu’elles seront appliquées « de manière peu bureaucratique et respectueuse de l’application », après la conclusion des négociations au niveau européen et dans le respect de l’accord de coalition.

Lundi, la commission des affaires juridiques du Parlement européen votera sur les amendements à la directive sur la chaîne d’approvisionnement. Ce vote est considéré comme une étape cruciale avant le vote plénier, qui déterminera si le Parti Populaire Européen (PPE) conservateur acceptera un compromis avec les Verts et la Gauche, ou s’il insistera sur de nouvelles mesures d’affaiblissement en s’alliant avec l’extrême droite. Les États membres du Conseil et la Commission européenne devront ensuite également parvenir à un accord.

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