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Swiss Steel : des millions de pertes et les tarifs douaniers de l’UE menacent l’avenir

Publié le 12 octobre 2025 à 15h01. L'aciérie d'Emmenbrücke, dans le canton de Lucerne, est confrontée à une crise profonde, fragilisée par des pertes importantes et menacée par de nouveaux droits de douane européens sur l'acier. L'avenir des…

Swiss Steel : des millions de pertes et les tarifs douaniers de l’UE menacent l’avenir

Publié le 12 octobre 2025 à 15h01. L’aciérie d’Emmenbrücke, dans le canton de Lucerne, est confrontée à une crise profonde, fragilisée par des pertes importantes et menacée par de nouveaux droits de douane européens sur l’acier. L’avenir des 650 emplois sur le site est désormais plus incertain que jamais.

  • Swiss Steel a enregistré des pertes à deux chiffres au premier semestre, épuisant ses réserves financières.
  • L’entreprise est fortement dépendante du soutien financier de Martin Haefner, héritier d’Amag.
  • Les nouveaux droits de douane européens sur l’acier, qui réduiront de moitié les quotas et augmenteront les tarifs à 50 %, menacent les exportations suisses.

La situation financière de Swiss Steel, propriétaire de l’aciérie d’Emmenbrücke, est de plus en plus préoccupante. Le groupe a subi des pertes considérables au cours des six premiers mois de l’année, érodant des réserves déjà limitées. L’entreprise semble désormais dépendre du soutien financier de Martin Haefner (71 ans), l’héritier du groupe automobile Amag, pour éviter la faillite. Cette situation place également les banques créancières de Swiss Steel dans une position délicate.

Depuis sa sortie de la Bourse, Swiss Steel a considérablement réduit sa transparence. L’entreprise n’est plus tenue de publier de rapports semestriels et s’est repliée sur elle-même, allant jusqu’à cesser de communiquer sur les changements au sein de son conseil d’administration. Jens Alder (68 ans), ancien président et récemment réélu vice-président, a ainsi quitté ses fonctions sans explication, son nom ayant même disparu du site internet de l’entreprise. Une porte-parole s’est refusée à commenter les raisons de ce départ.

Les difficultés de Swiss Steel sont en partie le résultat de choix stratégiques contestables. La direction a longtemps misé sur un retour rapide de la demande européenne d’acier, retardant des mesures nécessaires comme la réduction des capacités de production et la vente des usines déficitaires. Parallèlement, l’entreprise n’a pas su diversifier ses marchés, notamment en se positionnant sur des secteurs en croissance comme l’industrie de l’armement.

La situation s’est encore aggravée cette semaine avec l’annonce par l’Union européenne de droits de douane plus stricts sur l’acier. Les quotas d’importation en franchise de droits seront divisés par deux, et les droits de douane augmenteront à 50 %. Bien que ces mesures soient principalement destinées à lutter contre les importations à bas prix en provenance d’Inde et de Chine, elles affecteront également les exportateurs suisses, la Suisse ne faisant pas partie de l’union douanière européenne.

L’aciérie d’Emmenbrücke, qui exporte la majeure partie de sa production, est particulièrement vulnérable à ces nouvelles réglementations.

« Les constructeurs automobiles comptent sur les aciers spéciaux suisses. Mais cette protection ne durera pas éternellement. D’autres fournisseurs prendront le relais. »

Expert du secteur

Swiss Steel se dit attentive à l’évolution de la situation.

« Nous suivons de près l’évolution des mesures de sauvegarde de l’UE dans le secteur de l’acier. Les détails publiés mardi sont maintenant soigneusement analysés. »

Porte-parole de Swiss Steel

Cependant, l’entreprise souligne qu’il est encore trop tôt pour évaluer pleinement l’impact de ces mesures, notamment en ce qui concerne les futurs quotas alloués à chaque pays. L’association Swissmem a exprimé son inquiétude et appelle à des négociations entre Berne et Bruxelles pour limiter les dégâts, mais les perspectives d’un accord sont incertaines, la Suisse ne bénéficiant pas des mêmes avantages que les pays membres de l’Espace économique européen (EEE).

Cette situation illustre les risques d’une économie ouverte comme la Suisse face à un protectionnisme croissant à l’échelle mondiale. Après les États-Unis, d’autres zones économiques se tournent vers des droits de douane pour protéger leurs industries. Selon des économistes, cette approche ne résout pas les problèmes structurels de surcapacité et risque de freiner la compétitivité, tout en alourdissant la facture pour les consommateurs, notamment dans le secteur automobile.

Au niveau cantonal, la pression monte. Le Conseil cantonal de Lucerne a récemment examiné l’avenir de l’aciérie d’Emmenbrücke. Des représentants des partis de gauche ont plaidé pour une intervention du canton afin de garantir la pérennité du site et des 650 emplois qu’il représente. Cependant, le gouvernement cantonal a pour l’instant refusé de fournir une aide financière directe, privilégiant l’amélioration des conditions générales et le soutien aux programmes de chômage partiel. Une solution qui pourrait s’avérer insuffisante si la situation continue de se détériorer.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.