Phnom Penh, Cambodge – Des hôtels de luxe et des immeubles d’habitation, souvent financés par des capitaux chinois, sont devenus des bases opérationnelles pour des organisations criminelles spécialisées dans le « phishing vocal », les escroqueries amoureuses et les fraudes aux jeux d’argent, exploitant parfois des jeunes victimes coréennes.
Au milieu du paysage urbain de Phnom Penh, un hôtel de 30 étages, disproportionné par rapport aux constructions environnantes, attire l’attention. Une grande pancarte « À louer » en chinois orne sa façade. « Les organisations de phishing vocales, principalement chinoises, louent des chambres étage par étage. C’est une sorte de symbiose : l’hôtel réduit ses taux d’occupation et l’organisation trouve un espace pour le crime à bas prix », explique M. Park, un résident cambodgien.
Le phénomène ne se limite pas aux hôtels. Des complexes résidentiels et commerciaux, ainsi que des condos, sont également utilisés comme lieux d’opération. Le complexe Parku, près de Phnom Penh, est un exemple frappant : entouré de murs et de barbelés, il abrite des organisations criminelles où des ressortissants coréens ont été séquestrés et forcés de travailler.
Les victimes potentielles, attirées par la promesse de gains importants et d’une vie à l’étranger, se retrouvent piégées dans un réseau criminel complexe. M. A, un jeune homme d’une vingtaine d’années, témoigne : « J’ai vu une publicité en ligne promettant jusqu’à 3 à 5 millions de wons (environ 2 200 à 3 700 euros) par mois pour du marketing de chat. » Après avoir découvert la nature frauduleuse de la première organisation qu’il a contactée, il a tenté de s’échapper à plusieurs reprises, passant par différentes régions du Cambodge.
Selon M. A, les organisations criminelles fonctionnent de manière systématique, offrant même des contrats de travail d’un an. « On m’a présenté une entreprise coréenne. On m’a dit que si je restais où j’étais, j’aurais des problèmes, alors ils m’ont dirigé vers un autre endroit. » Il a finalement découvert qu’il s’agissait d’une organisation spécialisée dans les escroqueries amoureuses, comptant, selon ses dires, 1 500 membres.
Le ministère cambodgien des Affaires étrangères a recensé 330 cas de personnes disparues ou détenues liées au Cambodge en août dernier, la situation d’environ 80 d’entre elles restant incertaine. Un policier cambodgien ayant de l’expérience dans ce domaine souligne la frustration de voir des victimes refuser de s’échapper, estimant qu’elles n’ont plus d’autre choix.
Malgré les craintes exprimées par les résidents coréens de voir le Cambodge stigmatisé comme un pays criminel, certains, comme un employé de café dans le quartier animé de Vung Keng Kang, témoignent d’un intérêt pour la langue coréenne. « J’étudie le coréen », a-t-il déclaré avec un sourire. Cependant, des incidents inquiétants, comme l’enlèvement d’un Coréen sortant d’un café, rappellent la réalité de la situation.
Les autorités cambodgiennes et coréennes sont appelées à adopter une position ferme pour lutter contre l’expansion de ces espaces criminels à travers la ville.
Chiffres clés
- Nombre de cas de personnes disparues ou détenues liées au Cambodge (août 2023) : 330
- Nombre de cas où la situation reste incertaine (août 2023) : environ 80
- Revenus potentiels promis aux victimes (selon les publicités) : 3 à 5 millions de wons (environ 2 200 à 3 700 euros) par mois
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