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Les États-Unis et le trafic de drogue : une longue histoire et une même histoire

by Amélie Bernard

Publié le 15 octobre 2025 à 01h14. Les récentes affirmations du président américain concernant la destruction de navires au large du Venezuela, accompagnées de preuves lacunaires, soulèvent des questions sur les motivations réelles derrière ces actions et sur la longue histoire complexe des États-Unis avec les substances illicites et le trafic de drogue.

  • Le président américain a affirmé avoir détruit jusqu’à cinq bateaux près des côtes vénézuéliennes, accusant leurs équipages de trafic de drogue.
  • Les preuves présentées jusqu’à présent sont jugées insuffisantes, laissant planer le doute sur la véracité des allégations.
  • L’histoire des États-Unis en matière de consommation et de régulation des drogues est marquée par des contradictions et des retournements de situation.

Washington a récemment annoncé la destruction de plusieurs embarcations au large des côtes du Venezuela, accusant les membres d’équipage de trafic de drogue. L’annonce s’est accompagnée de la diffusion d’une courte vidéo (40 secondes) dont l’authenticité et le contenu restent sujets à caution. Le type de drogue transportée, sa destination et l’impact environnemental de cette opération n’ont pas été précisés, alimentant les interrogations.

Ce manque de transparence a suscité des réactions et des analyses. Trois hypothèses principales sont avancées : une possible fabrication de preuves, une activité de pêche légitime ou, effectivement, du trafic de drogue. Selon la définition du Dictionnaire de l’Académie royale espagnole, le trafic de drogue se définit comme le commerce à grande échelle de substances toxiques, sans nécessairement impliquer une illégalité intrinsèque. Cette nuance est importante, car l’histoire américaine est jalonnée d’exemples d’usages légalisés de substances aujourd’hui interdites.

Au XIXe siècle, par exemple, le célèbre catalogue Sears Roebuck proposait à la vente des seringues accompagnées d’une petite quantité de cocaïne pour 1,50 $. À l’époque, cette substance n’était pas encore soumise à des restrictions. Ces ironies trouvent leurs racines dans les débuts mêmes de la colonisation américaine, avec les premiers colons de Jamestown qui, dès le XVIIe siècle, cultivaient du cannabis pour produire des fibres textiles, des cordes et des bougies. Cette culture prospéra pendant des siècles, jusqu’à l’après-guerre de Sécession, lorsque l’usage récréatif du cannabis, associé à la communauté mexicaine, suscita une opposition croissante.

L’Organisation panaméricaine de la santé (OPS/OMS) classe les drogues en plusieurs catégories : cannabis, cocaïne, stimulants de type amphétamine, sédatifs et hypnotiques, opioïdes, substances volatiles à inhaler et hallucinogènes. L’histoire de chacune de ces substances aux États-Unis est complexe et révèle souvent des intérêts économiques et politiques en jeu. Le cannabis, par exemple, a été stigmatisé non seulement en raison de son association avec des groupes marginalisés, mais aussi en raison de la menace qu’il représentait pour l’industrie de la pâte de bois, comme l’a démontré William Randolph Hearst, magnat de la presse, qui utilisa ses médias pour diaboliser son usage.

L’histoire de Porto Rico est également marquée par l’évolution du trafic de drogue. Selon l’ouvrage de Luis A. López Rojas, La mafia à Porto Rico : les faces cachées du développement, l’île a connu une transformation dans ce domaine entre les années 1940 et 1960, avec l’émergence de jeux illicites et d’un trafic de drogue plus organisé. L’arrivée d’exilés cubains dans les années 1960 a coïncidé avec une augmentation spectaculaire du trafic, et le Bureau d’Investigations du Département du Trésor a reconnu en 1964 l’intensification des flux entre Miami et San Juan. Une étude de l’Université de Stanford en 1966 a même conclu que le crime organisé contrôlait les activités illicites à l’échelle mondiale et utilisait Porto Rico comme centre de blanchiment d’argent. Depuis lors, une spirale de violence s’est enclenchée, qui perdure encore aujourd’hui.

Dans les années 1960, l’intérêt pour le LSD (diéthylamide de l’acide lysergique) aux États-Unis illustrait le double standard et l’hypocrisie qui caractérisaient l’approche des élites en matière de drogues. Produit initialement en Suisse, le LSD a ensuite été synthétisé en laboratoire aux États-Unis, et a même été utilisé par l’armée et la CIA dans le cadre d’expériences de contrôle mental. Ce contexte colonial est essentiel pour comprendre les dynamiques à l’œuvre à Porto Rico.

Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, fait partie de la délégation accompagnant le président lors de ces opérations. Son implication est d’autant plus troublante que son beau-frère a été reconnu coupable de trafic de drogue dans le passé, impliqué dans des réseaux liés au cartel de Medellín de Pablo Escobar. Malgré une peine potentielle de 25 ans, il n’a purgé que 12 ans de prison, grâce à l’intervention de Rubio, alors en pleine ascension politique, qui lui a permis d’obtenir une licence immobilière. Ses liens avec des donateurs liés à des activités criminelles et son association avec David Rivera, accusé de corruption, soulèvent de sérieuses questions.

Si les victimes de ces opérations maritimes sont réelles, aucune perspective de réhabilitation ne leur est offerte. Un permis immobilier ne leur sera pas non plus accordé. Le président américain, issu d’un pays historiquement lié à la consommation et à la production de drogues, dispose des moyens d’ordonner des exécutions illégales, motivées par des considérations géopolitiques et économiques. Il s’agit d’actes abominables contre des individus vulnérables, impliqués dans un commerce exploité par de nombreux pays riches, dont les États-Unis. La justice est nécessaire, et une analyse approfondie des motivations réelles derrière ces actions s’impose.

Les actions du président américain pourraient être liées à la dette colossale du Trésor, à la montée en puissance de la Chine, de l’Inde et de la Russie, et à l’incapacité de relocaliser les lignes de production perdues. Le trafic de drogue n’est qu’un prétexte, comme le montre l’histoire de Marco Rubio et de son beau-frère. Le véritable objectif est le contrôle des ressources naturelles du Venezuela, du Canada, du Groenland et du canal de Panama. La violence est une constante dans l’histoire américaine, et la destruction de bateaux chargés d’êtres humains ne représente qu’un acte de plus dans cette longue tradition. La répression contre les immigrés, bien que teintée de racisme, vise avant tout à maintenir une main-d’œuvre bon marché et à préserver les intérêts des élites.

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Notes
[1] https://www.aljazeera.com/news/2025/10/5/russia-expresses-full-support-of-venezuela-after-us-strikes-boat-near-coast
[2] https://www.history.com/articles/the-war-on-drugs
[3] https://www.pbs.org/wgbh/pages/frontline/shows/drugs/buyers/socialhistory.html
[4] https://www.paho.org/es/temas/uso-sustancias
[5] https://historyofjournalism.onmason.com/2011/09/15/never-mind-why-hearsts-smear-campaign-on-hemp-changes-history/
[6] López Rojas, Luis A., La mafia à Porto Rico : les faces cachées du développement, Éditorial Isla Negra, San Juan, 2004.
[7] López Rojas, Luis A., La mafia à Porto Rico… p.68-74.
[8] https://revistaraya.com/marco-rubio-y-su-cunado-narco-la-doble-moral-de-ee-uu-en-la-lucha-contra-las-drogas.html

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