Publié le 16 octobre 2025 à 03h03. Avec l’arrivée du froid et le changement d’heure, nez qui coulent, toux et fatigue sont fréquents. Pourtant, ces symptômes ne sont pas toujours synonymes de simple rhume et peuvent masquer des allergies ou une crise d’asthme.
- Il est souvent difficile de distinguer un rhume, une grippe, des allergies et de l’asthme.
- Un traitement inadapté peut être inefficace, voire dangereux.
- Les allergies peuvent persister en hiver, exacerbées par les conditions intérieures.
Alors que les températures baissent et que l’horloge recule, de nombreuses personnes se sentent assaillies par des symptômes familiers : écoulement nasal persistant, toux, éternuements et une fatigue générale. Face à ces manifestations, l’automédication ou des remèdes de grand-mère sont souvent privilégiés, dans l’attente d’une amélioration spontanée. Cependant, il est crucial de ne pas systématiquement attribuer ces maux à un simple rhume ou à la grippe. D’autres causes, telles que des allergies ou une poussée d’asthme, peuvent être en cause.
Selon le Dr Lior Seluk, du centre médical Sheba, la principale difficulté réside dans la confusion fréquente entre ces différentes affections. « Beaucoup de gens ont du mal à faire la distinction entre un rhume, une grippe, des allergies et de l’asthme », explique-t-il. Cette imprécision peut conduire à des erreurs de diagnostic et, par conséquent, à des traitements inappropriés.
Un traitement mal ciblé peut s’avérer non seulement inefficace, mais également potentiellement nocif. Les antibiotiques, par exemple, sont totalement inefficaces contre les allergies. De même, les sprays nasaux ne résoudront pas les problèmes respiratoires chroniques, et les médicaments antigrippaux ne préviendront pas les crises d’asthme. Un diagnostic précis et une compréhension claire des différences entre ces pathologies sont donc essentiels.
Le rhume est une infection virale bénigne, généralement de courte durée (cinq à dix jours). Il se manifeste par un nez qui coule ou est congestionné, une toux sèche ou productive, et parfois une légère fièvre. Les sécrétions nasales peuvent devenir épaisses et jaunâtres ou verdâtres au cours de l’évolution.
La grippe, en revanche, est une maladie virale beaucoup plus aiguë. Les symptômes incluent une forte fièvre, des douleurs musculaires intenses, une grande faiblesse et parfois des maux de tête. Elle peut durer jusqu’à deux semaines et entraîner des complications, en particulier chez les personnes âgées ou celles souffrant de pathologies cardiaques ou pulmonaires.
Les allergies, quant à elles, ne sont pas causées par un virus, mais par une réaction excessive du système immunitaire à des éléments présents dans l’environnement, tels que le pollen, les acariens, les squames d’animaux ou les moisissures. Les signes typiques sont un écoulement nasal clair et abondant, des éternuements fréquents, une irritation des yeux, des larmoiements et parfois une toux sèche. Les allergies ne provoquent pas de fièvre ni de douleurs musculaires. Les symptômes peuvent fluctuer, durer quelques heures ou quelques jours, et persister tant que l’exposition à l’allergène se maintient.
Chez les patients asthmatiques, les réactions allergiques affectant les voies respiratoires inférieures peuvent déclencher une crise d’asthme, caractérisée par un essoufflement, une oppression thoracique, une respiration sifflante et une toux persistante.
Si les allergies sont souvent associées au printemps, lorsque l’air est chargé de pollen, l’hiver peut également être une période problématique. Pendant les mois froids, les gens passent plus de temps à l’intérieur, souvent dans des espaces mal ventilés, créant ainsi un environnement propice au développement des allergènes. Les acariens, par exemple, prolifèrent dans la literie, les tapis et les meubles rembourrés. La moisissure, quant à elle, se développe dans les zones humides, notamment dans les salles de bains et les logements mal isolés.
Le chauffage et la climatisation assèchent l’air, ce qui peut irriter les muqueuses nasales et pharyngées. De plus, fumer à l’intérieur ajoute une couche supplémentaire de polluants et peut aggraver considérablement les symptômes des personnes allergiques ou asthmatiques, augmentant même le risque de développer de l’asthme chez les enfants.
L’air froid lui-même peut provoquer une constriction des voies respiratoires chez les patients asthmatiques, expliquant pourquoi de nombreux patients souffrent de crises pendant les mois d’hiver.
Pour les personnes allergiques ou asthmatiques, contracter un rhume ou la grippe peut compliquer davantage la situation. Bien que la plupart des patients asthmatiques aient un système immunitaire fonctionnel et ne soient pas plus susceptibles d’attraper un virus, les infections peuvent provoquer des symptômes plus graves chez eux. Leurs voies respiratoires étant déjà hypersensibles, la réponse immunitaire face à un virus peut être excessive, entraînant une exacerbation aiguë de l’asthme.
Un traitement préventif est donc essentiel. Se contenter de soulager les symptômes ne suffit pas. L’utilisation régulière de médicaments préventifs contribue à minimiser le risque de complications graves.
Les rhumes nécessitent uniquement des soins de soutien : repos, hydratation abondante, sprays nasaux salins pour la congestion et médicaments en vente libre pour soulager les maux de gorge ou la toux. Les antibiotiques sont inefficaces, car les rhumes sont d’origine virale.
Le traitement de la grippe est similaire, bien que des antiviraux puissent être prescrits dans certains cas à risque, comme les personnes immunodéprimées ou celles souffrant de maladies pulmonaires chroniques. La vaccination antigrippale saisonnière reste le moyen le plus efficace de réduire les complications et la mortalité liées à la grippe, en particulier chez les personnes atteintes de pathologies pulmonaires chroniques.
Les allergies sont généralement traitées avec des antihistaminiques et des sprays nasaux corticostéroïdes. Des mesures préventives, telles qu’une bonne ventilation de la maison, le lavage fréquent de la literie et des serviettes pour réduire les acariens, et la limitation de l’exposition aux moisissures, sont également importantes.
L’asthme nécessite une approche plus globale. La plupart des patients sont traités avec des inhalateurs combinant des corticostéroïdes inhalés et des bronchodilatateurs. En cas de crise sévère, des corticostéroïdes systémiques, par voie orale ou intraveineuse, peuvent être nécessaires. Cependant, l’utilisation à long terme de corticostéroïdes systémiques comporte des risques, tels que le diabète, l’hypertension artérielle, l’ostéoporose et la cataracte.
Ces dernières années, une nouvelle classe de médicaments biologiques a révolutionné le traitement de l’asthme sévère et allergique. Ces thérapies ciblent des voies spécifiques du système immunitaire responsables de l’inflammation et de la constriction des voies respiratoires. En bloquant certaines protéines, elles réduisent l’inflammation, diminuent la fréquence des crises d’asthme et améliorent la fonction pulmonaire et la qualité de vie. Ces médicaments sont administrés par injection sous-cutanée toutes les quelques semaines et peuvent permettre, dans certains cas, aux patients de réduire, voire d’arrêter, l’utilisation à long terme de corticostéroïdes. Contrairement aux traitements biologiques utilisés pour d’autres affections, ces médicaments contre l’asthme ne suppriment pas le système immunitaire.
Pour les personnes allergiques ou asthmatiques :
- Visite médicale : Effectuez un test de la fonction pulmonaire et consultez votre médecin pour vous assurer que l’asthme est bien contrôlé.
- Préparation de l’inhalateur : Vérifiez que votre inhalateur fonctionne correctement et que vous savez l’utiliser.
- Vaccinations : Faites-vous vacciner contre la grippe et suivez les recommandations vaccinales de votre médecin.
- Nettoyage de la maison : Éliminez la poussière, les moisissures et les allergènes ; nettoyez régulièrement les climatiseurs et les tapis.
- Contrôle de l’humidité : Utilisez un humidificateur ou placez un récipient d’eau près du radiateur.
- Aération quotidienne : Ouvrez une fenêtre pendant au moins une heure chaque jour pour renouveler l’air intérieur.
- Interdiction de fumer : Évitez de fumer à l’intérieur, dans la voiture ou à proximité des enfants.
- Hygiène : Lavez-vous les mains fréquemment pour prévenir les infections.
- Hydratation : Buvez beaucoup de liquides pour maintenir les voies respiratoires hydratées.
- Consultez un médecin : Consultez un médecin en cas de changement dans votre respiration, de toux persistante ou de respiration sifflante.
Tous les rhumes ou toutes les toux en hiver ne sont pas nécessairement des rhumes ou des grippes. Les allergies et l’asthme persistent pendant les mois les plus froids et peuvent même s’aggraver. Identifier avec précision la source des symptômes est essentiel pour un traitement efficace et éviter les complications. Plus la sensibilisation à ces distinctions sera grande, plus les patients pourront bénéficier d’un diagnostic approprié, de soins personnalisés et d’un soulagement significatif de leur inconfort quotidien.
Bien que les crises d’asthme soient plus fréquentes en hiver et au printemps, le respect de quelques règles simples peut considérablement réduire le risque, améliorer le contrôle des symptômes et permettre de maintenir un mode de vie actif, même pendant la saison la plus froide.
L’auteur est médecin principal à l’Institut pulmonaire et responsable de la clinique des maladies des voies respiratoires du centre médical Sheba.
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