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Les risques du plan de Trump à Gaza

by Clara Dubois

Publié le 2025-10-17 05:03:00. Moins de 24 heures après l’annonce d’un cessez-le-feu à Gaza, l’administration Trump affirme que la deuxième phase de son plan est en cours, une affirmation contestée par la réalité sur le terrain où les tensions persistent et les obstacles à la paix se multiplient.

  • Israël s’est replié derrière une « ligne jaune » tout en limitant l’accès à Gaza et menaçant de réduire l’aide humanitaire.
  • Le Hamas tarde à restituer les corps des otages israéliens, tandis qu’Israël retarde également le retour des dépouilles palestiniennes.
  • L’accord, fragile, dépend fortement de la volonté des parties et est susceptible d’être déraillé par des acteurs cherchant à le saboter.

La mise en œuvre du cessez-le-feu à Gaza se heurte à des difficultés croissantes, malgré les déclarations optimistes de l’administration américaine. Si Israël s’est effectivement retiré derrière ce qu’il appelle une « ligne jaune », une zone de sécurité qu’il contrôle toujours, l’accès à la bande de Gaza reste restreint et la menace d’une réduction de l’aide humanitaire plane. Des informations font état de l’assassinat de Palestiniens par les forces israéliennes afin d’empêcher la population de franchir ce périmètre de sécurité, alimentant ainsi les tensions.

Parallèlement, le Hamas n’a pas encore restitué tous les corps des otages israéliens, en grande partie parce que nombre d’entre eux restent ensevelis sous les décombres de Gaza. Israël, de son côté, est accusé de retarder le retour des dépouilles palestiniennes en sa possession, créant une situation de blocage mutuel.

Selon Ghaith Al-Omari, chercheur principal au Washington Institute et ancien conseiller de l’Autorité palestinienne, cette situation est motivée par une « raison politique ».

« Les parties testent les limites de l’accord. Bien que cela soit typique des cessez-le-feu, c’est aussi très risqué : nous avons déjà vu comment, au sein du Hamas et des dirigeants israéliens, il y a des acteurs qui chercheront n’importe quelle excuse pour le faire dérailler. »

Ghaith Al-Omari, chercheur principal au Washington Institute

La fragilité de cet accord repose sur la volonté des acteurs impliqués. Chaque violation de ses termes constitue une menace pour sa réussite. L’architecture actuelle du cessez-le-feu est directement influencée par le style politique de Donald Trump, axé sur l’obtention de résultats immédiats. Selon des experts, Trump espère utiliser la dynamique générée par le cessez-le-feu pour progresser sur différents fronts, même si certains aspects de la première phase, comme la restitution des corps des otages, prendront du temps. Il craint de perdre son élan si les délais s’allongent.

Les problèmes actuels illustrent que des accords sans mécanismes de contrôle efficaces peuvent échouer, même les plus ambitieux. Bien que le cessez-le-feu ait atténué certaines souffrances des Gazaouis, sa pérennité reste incertaine. Les experts soulignent l’importance de la rapidité et de l’efficacité pour assurer sa mise en œuvre.

La première phase, sous surveillance

La menace la plus immédiate pèse sur le caractère provisoire de cette première phase. Israël et le Hamas ont signé un cessez-le-feu dont la pérennité dépend de mesures susceptibles d’être violées à tout moment. Les forces israéliennes ont interrompu leurs opérations offensives, mais maintiennent des positions stratégiques et contrôlent l’accès à Gaza. Le Hamas, quant à lui, profite du retrait israélien pour reprendre le contrôle militaire de l’enclave et a assassiné des membres de clans et de tribus opposés à sa volonté, moins de 24 heures après la signature de l’accord.

L’historien militaire israélien et expert du Hamas, Guy Aviad, souligne que l’un des problèmes les plus urgents concerne les corps des otages israéliens toujours enterrés sous les décombres de Gaza, ainsi que le mécontentement du Hamas concernant la liste des prisonniers palestiniens libérés.

« Ces problèmes devraient être résolus bientôt, car le groupe terroriste veut avoir le plus de temps possible pour renouveler son aile militaire et prendre le contrôle total de la bande de Gaza. »

Guy Aviad, historien militaire israélien et expert du Hamas

Les parallèles avec les Accords d’Oslo sont frappants. L’absence de mécanismes contraignants pour garantir le respect des délais avait conduit à l’échec de ces accords entre 1993 et 2000. Benjamin Netanyahu était déjà Premier ministre d’Israël à cette époque.

Cependant, Al-Omari note qu’il existe des signes positifs concernant le contrôle du cessez-le-feu, avec la présence de 200 soldats américains et le rôle des services de renseignement égyptiens. Plus ce mécanisme sera pleinement opérationnel, plus la probabilité d’une rupture du cessez-le-feu sera faible.

La première phase a débuté, mais les conditions de son passage à la suivante restent floues. Aucune date n’a été fixée pour le retrait complet des forces israéliennes ni pour la création d’un gouvernement intérimaire à Gaza. Jonathan Rynhold, associé de recherche principal au Centre Begin-Sadat d’études stratégiques de l’Université Bar-Ilan, affirme qu’Israël ne se retirera pas tant que le Hamas ne sera pas désarmé, au moins au point de ne pas pouvoir perturber ou contrôler un gouvernement palestinien de technocrates.

Les exigences pour une deuxième phase

La deuxième phase du plan proposé par Washington est la plus délicate, car c’est le moment où les promesses doivent se traduire en structures de sécurité concrètes. Le principal obstacle réside dans le « dilemme du prisonnier », une absence totale de confiance entre les parties qui peut conduire aux pires résultats. Le Hamas a déjà accusé Israël de tricherie à plusieurs reprises et de violer l’accord humanitaire, notamment en ne se retirant pas du couloir de Philadelphie.

Sa viabilité dépend également de l’engagement du Hamas à renoncer à la lutte armée. L’organisation devra choisir entre préserver sa survie en tant que groupe terroriste ou garantir l’avenir de Gaza et d’un hypothétique État palestinien. Rynhold souligne que la Force Internationale de Stabilisation (FIS) ne pourra désarmer le Hamas que si celui-ci l’accepte, ce qui reviendrait à détruire sa raison d’être, basée sur le terrorisme.

La simple possibilité d’un regroupement militaire du Hamas est un risque à prendre en compte. Malgré les affirmations de Tel Aviv et Washington d’avoir vaincu le « terrorisme au Moyen-Orient », l’Iran maintient des routes d’approvisionnement en armes vers Gaza et la Cisjordanie. Les forces de sécurité israéliennes ont récemment déclaré avoir déjoué une tentative majeure de contrebande d’armes iraniennes en direction du territoire palestinien.

Rynhold avertit que si Trump estime que le Hamas n’a pas accepté son plan, il pourrait autoriser les forces israéliennes à reprendre les opérations militaires à Gaza. Même si le Hamas renonce formellement au terrorisme, d’autres groupes pourraient continuer à porter les armes, ce qui entraverait toute tentative de stabilisation de l’enclave.

La deuxième phase du plan prévoit une double structure gouvernementale qui risque d’accroître les tensions : un comité de transition technocratique chargé de la gestion locale et un Peace Board (BoP) dirigé par Trump et l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, doté de larges pouvoirs exécutifs. Cette mise en œuvre impliquerait une réduction du contrôle politique et militaire du Hamas, qui accepte le premier mais pas le second.

Aviad assure que le Hamas est suffisamment fort pour combattre à nouveau Israël et contre les factions palestiniennes opposées. Il ne voit personne prendre le contrôle de l’enclave dans un avenir proche.

La viabilité de la deuxième phase dépend de trois facteurs : l’engagement d’Israël à se retirer de Gaza, la volonté du Hamas de renoncer à ses armes et la cohérence des États-Unis et de leurs alliés dans l’élaboration d’un cadre d’action crédible pour l’avenir de la Palestine. Si l’un de ces trois points n’est pas respecté, au moins dans un premier temps, l’accord risque d’échouer et de conduire à une reprise du conflit.

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