Publié le 18 octobre 2025 13h38:00. Le Schauspielhaus de Vienne a inauguré sa nouvelle saison avec « La négociation des rêves », une œuvre déconcertante de Mehdi Moradpour qui explore les frontières floues entre la réalité, le jeu vidéo et les procédures d’asile, le tout à travers le prisme de la thérapie.
- La pièce met en scène une interprète judiciaire confrontée à une demandeuse d’asile, mais dont la perception est altérée par une étrange familiarité avec le personnage de Terra Branford, issu du jeu vidéo « Final Fantasy ».
- L’esthétique visuelle de la production, marquée par un décor minimaliste et des éclairages disco, contraste avec la gravité des thèmes abordés.
- Si la pièce soulève des questions pertinentes sur l’exil et la possibilité d’un nouveau départ, elle peine à les approfondir, privilégiant l’exploration des états intérieurs des personnages.
« La négociation des rêves » plonge le spectateur dans un univers où les frontières entre le réel et l’imaginaire s’estompent. Caliban, un interprète judiciaire, est chargé de traduire le procès de Terra B., une jeune femme afghane menacée d’expulsion. Pourtant, au lieu de se concentrer sur les enjeux juridiques, Caliban est frappé par une ressemblance troublante entre Terra et Terra Branford, l’héroïne d’un de ses jeux vidéo préférés. Cette confusion initiale donne le ton d’une pièce qui explore les mécanismes de la perception, les traumatismes de l’exil et les difficultés de la communication.
La mise en scène, signée Marie Bues, s’appuie sur un casting entièrement féminin. Tala Al-Deen incarne l’interprète désorienté, Iris Becher donne vie à la Terra B. déterminée et impassible, Sophia Löffler campe la juge Mira, à la fois froide et vulnérable, et Ursula Reiter endosse le rôle d’une narratrice omnisciente, qui officie également comme thérapeute. L’ensemble évolue sur une scène dépouillée, dominée par un décor blanc et des jeux de lumière inspirés de l’esthétique disco et spatiale, conçus par Shahrzad Rahmani. La musique live de Lila-Zoé Krauß, aux sonorités psychédéliques, accompagne l’action, mais son impact reste limité.
L’intrigue ne se présente pas comme un drame judiciaire réaliste. Des flashbacks évoquent les horreurs de la guerre, tandis que des séquences inspirées des jeux vidéo de tir viennent ponctuer le récit. Cette analogie entre le jeu vidéo et les talibans permet de créer un univers fictionnel, mais affaiblit la portée critique de la pièce et lui confère une certaine froideur. Le thème de l’asile, de la décision judiciaire qui pèse sur la vie d’autrui, s’efface progressivement au profit des séances de thérapie personnelle des protagonistes, des digressions sur le passé de Caliban et de Mira, liés par un complexe paternel, et d’une exploration du surréalisme.
La pièce laisse en suspens les nombreuses questions soulevées dans le programme : « Comment un nouveau départ est-il possible en temps de crise ? À qui faire confiance en exil ? Comment traduire les rêves ? ». Elles sont abordées, esquissées, mais jamais véritablement négociées. La manière dont les éléments fantastiques, les différents niveaux de réalité (séances de thérapie, procédure d’asile, extraits de jeux vidéo) interagissent entre eux reste floue. La mise en scène de Marie Bues ne parvient pas à tisser un ensemble cohérent à partir des différents fils narratifs. Le conseil prodigué par la thérapeute à Mira – « Permettez à ces sentiments de vous toucher » – semble déconnecté des préoccupations du public.
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