Home Technologie et science[문화산책] « K-Culture Future » présenté par Kadehun

[문화산책] « K-Culture Future » présenté par Kadehun

by Thomas Caron

La série animée « K-Pop Demon Hunters » (Kedehun), diffusée sur Netflix, connaît un succès mondial fulgurant, dépassant même les chiffres de « Squid Game ». Ce phénomène culturel, qui mélange habilement traditions coréennes et esthétique moderne, pourrait marquer un tournant pour la culture K.

Dès sa sortie, « Kedehun » a grimpé à la première place du classement des films Netflix dans 93 pays. La bande originale rencontre également un succès retentissant, figurant dans le Billboard 200 et Spotify, et dominant les charts iTunes aux États-Unis.

Mais le succès de « Kedehun » ne se limite pas à ses performances au box-office. Selon la professeure Kim Sun-young de l’université Hongik, spécialiste en gestion culturelle et artistique, la série illustre la capacité de la culture coréenne à s’intégrer pleinement dans la tendance mondiale de l’hybridité culturelle, et à y prospérer.

Le concept d’hybridité culturelle, défini par le critique culturel Homi Bhabha comme un processus de transformation créatif et dynamique qui émerge de la rencontre de différentes cultures, est au cœur de « Kedehun ». Bhabha expliquait que cette hybridité déconstruit les oppositions traditionnelles – original/copie, centre/périphérie – et ouvre la voie à de nouvelles significations et identités transcendant les frontières.

Dans « Kedehun », cette hybridité se manifeste à plusieurs niveaux. L’intrigue s’inspire du concept de « Honmun », issu du chamanisme traditionnel coréen, où une porte de l’âme protège le monde des démons. Un groupe de jeunes filles, les Huntrix, veille sur cette porte à travers le chant et la danse.

Visuellement, la série juxtapose des éléments traditionnels – cuisine, vêtements, jouets, cliniques de médecine orientale – à des monuments emblématiques de Séoul tels que la tour Namsan, le village Hanok de Bukchon et le parc Naksan, tout en intégrant l’univers high-tech de la K-pop. Les armes traditionnelles, comme l’épée et le poignard du chaman, côtoient la mode des idoles de la K-pop.

Les personnages eux-mêmes sont complexes et hybrides. L’héroïne, Rumi, est née d’une mère chasseuse de démons et d’un père démon. Jinwoo, le chef des méchants Lion Boys, était initialement humain avant de devenir un démon par un pacte.

La production de « Kedehun » témoigne également de cette collaboration internationale. La société américaine Sony Pictures Animation a produit la série, avec la co-réalisation de la Coréenne-Canadienne Maggie Kang et de Chris Appelhans (« Wish Dragon »). Les scénaristes Danya Jimenez et Hannah McMechan sont également étrangères, bien qu’un membre de Twice ait interprété plusieurs chansons, la direction musicale ayant été assurée par des compositeurs étrangers. La présence de l’acteur Lee Byung-hun parmi les voix coréennes est notable.

Certains regrettent que des productions d’animation coréennes à succès soient dirigées par des sociétés américaines. Cependant, la professeure Kim Sun-young estime que la durabilité de la culture K ne dépend pas nécessairement d’une production exclusivement coréenne. Au contraire, elle suggère que la diversité des acteurs impliqués renforce sa pérennité, à l’image de la composition internationale de nombreux groupes de K-pop.

« L’hybridité culturelle se produit lorsque différentes traditions se rencontrent, négocient et se réorganisent », explique la professeure Kim Sun-young, citant Bhabha. « Dans cet espace d’échange, l’identité évolue, les hiérarchies s’estompent et de nouvelles significations émergent. » Elle conclut que « Kedehun » pourrait bien être le signe que la culture K s’engage sur la voie de cette hybridité culturelle plus large.

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