Home MondeLe « Dilexi Te » du pape Léon nous aide à vraiment comprendre la pauvreté

Le « Dilexi Te » du pape Léon nous aide à vraiment comprendre la pauvreté

by Clara Dubois

Publié le 22 octobre 2025 à 07h18. Le pape Léon XIV a publié sa première exhortation apostolique, « Je t’ai aimé », un document dont l’écriture avait été initiée par son prédécesseur, François, soulignant ainsi une continuité dans l’approche de l’Église envers les plus démunis.

  • L’exhortation apostolique « Je t’ai aimé » met en lumière la pauvreté non seulement comme un problème à résoudre, mais aussi comme un lieu de révélation divine.
  • Le document, profondément enraciné dans l’expérience missionnaire du pape Léon XIV au Pérou, insiste sur la nécessité d’une écoute attentive du « cri des pauvres ».
  • L’exhortation ne se limite pas à une analyse sociale, mais propose une réflexion théologique sur la pauvreté, s’appuyant sur la tradition chrétienne et les témoignages de saints.

Cette exhortation apostolique, signée le jour de la fête de saint François d’Assise, marque une étape importante du début du pontificat de Léon XIV. Elle témoigne d’une volonté de poursuivre la ligne tracée par le pape François, en particulier en ce qui concerne la mission de l’Église auprès des populations les plus vulnérables. L’originalité de ce document réside dans le fait qu’il est le fruit d’une collaboration entre deux pontificats, une continuité affirmée par le nouveau pape.

Le document s’ouvre et se termine par les mêmes mots, « Je t’ai aimé », une symétrie délibérée qui rappelle que l’amour est au cœur de l’Évangile, un amour qui s’incarne dans la pauvreté humaine et qui s’élève vers Dieu à travers l’amour du prochain. Entre ces deux affirmations, l’exhortation propose une méditation sur la manière dont les chrétiens peuvent croire en un Dieu qui s’est fait pauvre pour nous.

« Je t’ai aimé » n’est pas un manifeste social, bien qu’il aborde des questions de société. Il s’agit avant tout d’une réflexion théologique, centrée sur le Christ et inspirée par la tradition chrétienne. Le pape Léon XIV s’appuie abondamment sur les écrits des saints pour approfondir sa pensée. Il invite les catholiques à considérer la pauvreté non seulement comme un problème à résoudre, mais aussi comme un lieu où Dieu se révèle.

Cette perspective n’est pas surprenante pour ceux qui connaissent le parcours de Léon XIV. Avant d’être élu pape, Mgr Robert Prévost a passé de nombreuses années à vivre parmi les pauvres au Pérou, accompagnant des communautés où la richesse se mesurait en foi, en dignité et en résilience. Cette expérience d’une Église à la fois fragile et vivante a profondément marqué sa compréhension de la pauvreté.

Le pape insiste sur la nécessité de « se laisser évangéliser par les pauvres », car ils révèlent le visage du « Fils de l’homme » qui n’avait pas d’endroit où reposer sa tête. L’évangélisation n’est pas, selon lui, un simple transfert de ressources des riches vers les pauvres, mais un échange mutuel dans lequel les plus démunis deviennent des enseignants des vérités essentielles de l’Évangile : la dépendance, la gratitude et l’espérance.

Cependant, Léon XIV ne romantise pas la pauvreté dans « Je t’ai aimé ». Il en décrit la brutalité – la faim, les déplacements, la violence et l’humiliation – avec des mots directs. Aimer les pauvres, souligne-t-il, implique de travailler à ce qu’aucun ne reste dans le besoin, que ce soit par injustice, par indifférence ou par choix délibéré. La pauvreté peut révéler le Christ, mais elle ne doit jamais être acceptée comme une condition humaine permanente.

L’un des thèmes centraux de l’exhortation réside dans la tension entre la pauvreté comme problème et la pauvreté comme révélation. L’Église doit combattre les causes de la pauvreté tout en étant attentive à ce que Dieu enseigne à travers ceux qui la subissent.

Au cœur de l’exhortation se trouve l’affirmation selon laquelle la pauvreté, comprise dans toute sa profondeur, dévoile la présence de Dieu dans des lieux inattendus. Dans le « cri des pauvres », écrit Léon XIV, nous entendons l’écho de la première parole de Dieu à l’humanité : « J’ai observé la misère de mon peuple ». Rencontrer les pauvres, c’est donc se replonger dans l’histoire du salut, jusqu’au moment où la compassion de Dieu s’est transformée en action.

« En écoutant le cri des pauvres, écrit-il, il nous est demandé d’entrer dans le cœur de Dieu, toujours soucieux des besoins de ses enfants, en particulier de ceux qui en ont le plus besoin. Si nous restons insensibles à ce cri, les pauvres pourraient bien crier contre nous au Seigneur, et nous nous sentirions coupables (cf. Deutéronome 15, 9) et nous détournerions du cœur même de Dieu.”

Léon XIV, exhortation apostolique « Je t’ai aimé »

Le document articule une théologie de la pauvreté, et non une idéologie. Il ne glorifie pas le besoin matériel et ne réduit pas non plus la foi à l’activisme. « Sur les visages blessés des pauvres, nous voyons la souffrance des innocents et, par conséquent, la souffrance du Christ lui-même », affirme-t-il. Dans cette révélation, le chrétien découvre à la fois la profondeur de la miséricorde divine et l’exigence d’être disciple.

Pour Léon XIV, il ne s’agit pas d’une théologie abstraite, mais d’une réalité incarnée. « Les pauvres, écrit-il, ne sont pas une catégorie sociologique, mais la “chair” même du Christ. Il ne suffit pas de professer la doctrine de l’Incarnation de Dieu en termes généraux. Pour entrer vraiment dans ce grand mystère, nous devons comprendre clairement que le Seigneur a pris une chair qui a faim et soif, et qui connaît l’infirmité et l’emprisonnement”.

L’amour des pauvres est, pour Léon XIV, un élément essentiel de la sainteté. C’est pourquoi, au milieu du document, il invoque saint Grégoire le Grand, saint François d’Assise, saint Vincent de Paul, saint pape Jean-Paul II et sainte Mère Teresa, qui voyaient dans les pauvres le miroir le plus clair du Christ. L’amour pour les pauvres n’est pas, selon lui, l’invention d’un pontificat ou d’une seule théologie, mais le signe éternel d’authenticité pour quiconque prétend suivre le Christ.

Léon XIV élargit également le sens de la pauvreté, la décrivant comme un phénomène « à multiples facettes ». « Le Seigneur dit : ‘Je t’ai aimé’ », écrit-il tout au long du document, à celui qui a faim et au réfugié, à la femme privée de sa dignité et à l’enfant privé de son innocence, au toxicomane à celui qui pleure, à celui qui n’a pas de soins médicaux, à celui qui ne peut pas parler librement, à celui qui est fatigué d’avoir peur. La pauvreté, dans ce sens, n’est pas seulement économique, mais aussi morale, émotionnelle, spirituelle et relationnelle – un réseau de souffrance qui réclame la rédemption.

Ayant été témoin de la pauvreté dans les pays en développement et dans les centres urbains des États-Unis, Léon XIV sait que l’aide matérielle à elle seule ne peut pas guérir ce qui blesse l’esprit humain. « Les pauvres ne sont pas des projets, prévient-il, mais des personnes à travers lesquelles le Christ continue de dire : ‘Je vous ai aimés.’ »

Si l’on veut comprendre l’avenir du pontificat de Léon XIV, « Je t’ai aimé » est la clé pour saisir sa vision pastorale : une foi pragmatique, missionnaire et convaincue, vécue au plus près de la souffrance humaine.

L’exhortation se termine comme elle a commencé : « Je t’ai aimé ». Cette répétition est plus qu’une simple figure de style ; elle est théologique. Nous aimons parce que nous avons été aimés les premiers. Dans ces trois mots, Léon XIV esquisse l’horizon de son pontificat : une Église qui n’idéalise pas la pauvreté, mais qui y trouve le visage du Christ, et un amour qui devient action, non pas un sentiment, mais un service.

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Inés San Martín est une journaliste argentine et chef du bureau de Rome pour Crux. Elle contribue fréquemment à l’édition imprimée d’Angelus et, grâce à un accord exclusif de partage de contenu avec Crux, fournit des informations et des analyses à Angelus News.

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