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L’USD/JPY proche de 152 alors que l’incertitude politique et l’écart de rendement renforcent la pression sur le yen

Le yen japonais subit une nouvelle vague de pressions à la vente, s'approchant dangereusement du seuil de 154 pour 1 dollar américain, alors que les investisseurs évaluent l'incertitude politique intérieure, la hausse des taux d'intérêt à l'étranger et…

L’USD/JPY proche de 152 alors que l’incertitude politique et l’écart de rendement renforcent la pression sur le yen

Le yen japonais subit une nouvelle vague de pressions à la vente, s’approchant dangereusement du seuil de 154 pour 1 dollar américain, alors que les investisseurs évaluent l’incertitude politique intérieure, la hausse des taux d’intérêt à l’étranger et le report probable d’une baisse des taux aux États-Unis.

L’affaiblissement de la monnaie japonaise est alimenté par deux forces opposées : une confiance fragile au Japon, exacerbée par le vide de leadership actuel, et la résilience inattendue de l’économie américaine, qui maintient une forte demande de dollars.

À Tokyo, l’incertitude politique s’est accrue avec l’annonce probable de la nomination de Sanae Takaichi au poste de Première ministre, succédant à Fumio Kishida. Cette perspective est interprétée par les marchés comme un signal de continuité politique, avec une orientation nationaliste favorisant une politique budgétaire expansionniste et une politique monétaire accommodante. Les traders anticipent peu de chances d’un resserrement monétaire ou d’une intervention des autorités à court terme, malgré les avertissements verbaux du ministère des Finances japonais.

La dernière intervention confirmée sur le marché des changes avait eu lieu lorsque le taux de change USD/JPY avait brièvement dépassé 152,00. Les autorités semblent désormais attendre que les mouvements de change soient perçus comme purement spéculatifs avant de réagir.

La situation est aggravée par la hausse des rendements obligataires américains. Le rendement du Trésor américain à 10 ans oscille autour de 4,67 %, tandis que le rendement à 2 ans reste élevé à 4,92 %, renforçant l’attrait du dollar. La prudence de la Réserve fédérale américaine (Fed) a repoussé les anticipations d’une première baisse des taux jusqu’en juin 2026, ce qui a relancé les opérations de carry trade, où les investisseurs empruntent en yens à faible taux pour investir dans des actifs plus rentables aux États-Unis et sur les marchés émergents.

Les responsables de la Fed, comme le gouverneur Waller, ont souligné que les progrès réalisés en matière d’inflation étaient « encourageants, mais insuffisants », confirmant ainsi la poursuite d’une politique monétaire restrictive au moins jusqu’au premier semestre de l’année prochaine.

Au Japon, la Banque du Japon (BoJ) maintient son objectif de rendement de 1,00 % pour les obligations d’État à 10 ans, mais les rendements réels restent profondément négatifs, incitant les investisseurs institutionnels à se détourner du yen. Les fonds de pension et les compagnies d’assurance japonaises augmentent leurs investissements dans la dette américaine, profitant des rendements plus élevés et de la faiblesse du yen pour se couvrir contre les risques de change. Ces flux de capitaux se sont accélérés depuis la mi-septembre, avec des achats nets hebdomadaires d’obligations étrangères atteignant 1 240 milliards de yens (environ 8,7 milliards d’euros) – le niveau le plus élevé depuis mai.

L’inflation au Japon a ralenti à 2,6 % en septembre, en baisse par rapport aux 3,2 % enregistrés en juillet, ce qui affaiblit les arguments en faveur d’un resserrement monétaire de la BoJ. Les données récentes sur la croissance des salaires ont également déçu, n’affichant qu’une hausse de 1,1 % sur un an, bien en deçà du seuil de 3 % que le gouverneur Kazuo Ueda avait jugé nécessaire pour un changement de politique durable.

Les analystes s’attendent désormais à ce que la BoJ maintienne sa politique actuelle lors de sa réunion du 31 octobre, reportant toute tentative de normalisation jusqu’au début de l’année 2026. Cette divergence avec les autres banques centrales rend le yen particulièrement vulnérable.

Sur le plan technique, l’USD/JPY reste au-dessus de sa moyenne mobile sur 50 jours à 151,80, avec un indice de force relative (RSI) proche de 66, ce qui suggère une surachat modéré mais pas de signal de retournement clair. La moyenne mobile sur 200 jours à 147,10 constitue un niveau de support majeur. Un franchissement décisif de 154,00 pourrait déclencher des achats automatisés, ciblant potentiellement 155,50 – un seuil psychologique important pour de nombreux traders. À l’inverse, des niveaux de support se situent autour de 152,70 et 151,30, où le ministère des Finances est intervenu par le passé.

La pression sur le yen se reflète également dans d’autres paires de devises. L’euro se négocie près de son plus haut niveau depuis 15 ans, autour de 163,45, soutenu par la résilience des rendements de la zone euro. Le dollar australien, considéré comme un baromètre de l’appétit pour le risque, se maintient autour de 98,40, stimulé par de solides données sur l’emploi et des prix élevés des matières premières. La force générale de ces actifs souligne l’ampleur de la faiblesse du yen, qui ne se limite pas aux flux de dollars.

La situation énergétique aggrave encore le problème. La facture énergétique du Japon, notamment pour le gaz naturel liquéfié (GNL) et le pétrole brut, a fortement augmenté, contribuant à un déficit commercial de 1 600 milliards de yens (environ 9,2 milliards d’euros) en septembre. La faiblesse du yen renchérit ces coûts, réduisant le pouvoir d’achat et compliquant les efforts du gouvernement pour stabiliser l’inflation sans affecter la confiance des consommateurs. Les subventions énergétiques constituent une solution temporaire, mais risquent d’accroître le déficit public et de soulever des questions sur la viabilité de la dette à long terme.

Les données de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) montrent que les positions spéculatives nettes courtes sur le yen atteignent -104 000 contrats, en hausse de 16 % par rapport à la semaine précédente – le biais baissier le plus important depuis la fin de 2022. Ce déséquilibre laisse la place à des opérations de couverture en cas d’annonce d’une intervention, mais jusqu’à présent, les autorités se sont limitées à des avertissements verbaux.

Dans l’ensemble, le chemin de moindre résistance reste haussier pour l’USD/JPY. Avec l’incertitude politique à Tokyo, le report de la normalisation de la BoJ et un environnement de taux d’intérêt américain favorable, le yen reste pris au piège d’une tendance structurelle à la baisse. Un franchissement de 154,00 pourrait entraîner une accélération spéculative, tandis qu’une action coordonnée du ministère des Finances et de la BoJ, ou une baisse significative des rendements américains, serait nécessaire pour apporter un soulagement notable. Pour l’instant, l’USD/JPY semble prêt à défier la zone des 155,00, un niveau jamais atteint depuis 1990, symbolisant la divergence monétaire à la fin de l’année 2025.

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.