Publié le 24 octobre 2025 18h13. Des chercheurs de l’Université de Lund ont identifié un mécanisme permettant aux cellules leucémiques d’échapper au système immunitaire, ouvrant la voie à de nouvelles stratégies thérapeutiques pour la leucémie myéloïde aiguë (LMA), une forme agressive de cancer du sang.
- Une équipe de l’Université de Lund a découvert une protéine de surface spécifique aux cellules de la LMA, nommée SLAMF6.
- En bloquant cette protéine avec un anticorps, les chercheurs ont réussi à restaurer la capacité des cellules immunitaires à détruire les cellules cancéreuses, tant en laboratoire que chez des modèles animaux.
- Cette découverte pourrait expliquer pourquoi les immunothérapies actuelles ont un succès limité dans le traitement de la LMA et ouvre la voie à des traitements plus ciblés et efficaces.
La leucémie myéloïde aiguë (LMA) représente un défi majeur en oncologie. Avec un taux de survie à cinq ans d’un peu plus de 30 %, les traitements actuels, souvent combinant chimiothérapie intensive et greffe de cellules souches, sont lourds et ne garantissent pas la guérison. Face à cette situation, les chercheurs s’efforcent de développer des approches plus précises et moins toxiques.
L’immunothérapie, qui consiste à stimuler le système immunitaire pour qu’il attaque les cellules cancéreuses, a révolutionné le traitement de nombreux cancers. Cependant, son efficacité reste limitée dans le cas des leucémies. L’équipe de l’Université de Lund s’est donc concentrée sur l’identification de cibles spécifiques présentes uniquement sur les cellules leucémiques, afin de permettre une attaque sélective sans endommager les cellules saines.
« Si nous pouvions identifier des protéines de surface uniques aux cellules leucémiques, nous pourrions potentiellement attaquer la tumeur sans nuire au système sanguin sain », explique Thoas Fioretos, professeur de génétique clinique à l’Université de Lund et médecin à l’hôpital universitaire de Skåne.
Les chercheurs ont analysé les protéines présentes à la surface des cellules leucémiques prélevées sur des échantillons de moelle osseuse de trois patients atteints de LMA particulièrement difficile à traiter. En comparant ces résultats avec ceux obtenus à partir de cellules souches sanguines saines, ils ont découvert une protéine jusqu’alors inconnue, SLAMF6, exprimée uniquement par les cellules leucémiques. Cette découverte a été confirmée dans une étude plus vaste portant sur 50 patients atteints de LMA.
Des études approfondies ont révélé que SLAMF6 joue un rôle crucial dans la capacité des cellules cancéreuses à échapper à la détection par les lymphocytes T, les cellules immunitaires chargées de les détruire. En bloquant cette protéine à l’aide d’un anticorps spécifique développé en collaboration avec la SciLifeLab Drug Discovery and Development Platform, les chercheurs ont constaté que les lymphocytes T étaient à nouveau capables de reconnaître et d’éliminer les cellules cancéreuses, tant in vitro que chez des souris.
« C’était comme remettre en marche l’interrupteur du système immunitaire », explique Carl Sandén, chercheur à l’Université de Lund. « Lorsque SLAMF6 exerce sa fonction, elle aide la cellule cancéreuse à échapper au système immunitaire. En bloquant cette protéine avec notre anticorps, nous avons permis aux lymphocytes T d’attaquer et de détruire les cellules cancéreuses. »
Cette découverte pourrait expliquer pourquoi les immunothérapies actuelles ont un succès limité dans le traitement de la LMA. « Notre découverte peut en partie expliquer pourquoi les immunothérapies ont jusqu’à présent eu un effet limité dans la LMA. C’est une étape importante, mais des recherches supplémentaires et des essais cliniques seront nécessaires avant que cela ne puisse être utilisé comme traitement pour un groupe de patients qui a grand besoin de nouvelles thérapies », précise Niklas Landberg, chercheur à l’Université de Lund et interne en hématologie à l’hôpital universitaire de Skåne.
Immunothérapie : un domaine de recherche en pleine expansion
L’immunothérapie représente une avancée majeure dans le traitement de divers cancers. Depuis l’approbation des premières immunothérapies basées sur des anticorps, notamment les inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, la communauté scientifique s’efforce de comprendre pourquoi de nombreux patients ne répondent pas à ces traitements et comment surmonter les mécanismes de défense des tumeurs.
L’identification de nouvelles cibles, comme le mécanisme découvert par les chercheurs de Lund, ouvre la voie à une immunothérapie plus précise et plus efficace.
Cette étude représente une avancée vers une approche plus personnalisée du traitement du cancer, où chaque tumeur est traitée en fonction de ses caractéristiques et de ses mécanismes de défense uniques. Les travaux de développement et de test de l’anticorps se poursuivent, en vue de futurs essais cliniques.
Article scientifique : Aberrant expression of SLAMF6 constitutes a targetable immune escape mechanism in acute myeloid leukemia, Nature Cancer.
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