Publié le 26 octobre 2023. À Florence, dans un atelier parfumé niché au cœur de la Renaissance, une femme se lance à la recherche d’un parfum unique, un hommage olfactif à sa mère disparue, transformant le deuil en une expérience sensorielle et émotionnelle profonde.
Dans le quartier historique de San Niccolò, à Florence, se cache le Profumoir Firenze, une parfumerie artisanale où les fragrances sont créées sur mesure. C’est dans cet écrin de senteurs que Jacqui, un matin d’août menaçant de pluie, a entrepris un voyage personnel, un pèlerinage olfactif empreint de souvenirs et de nostalgie.
Cette visite annuelle, devenue une tradition depuis seize ans, prend une signification particulière. Le jour coïncide avec l’anniversaire de sa mère, une étape qu’elle n’a pas pu partager avec elle. Jacqui se demande, comme chaque année, ce que sa mère aurait pensé de ce lieu enchanteur.
Le Profumoir, bien plus qu’une simple parfumerie, est une immersion dans un autre temps. L’atelier, avec son mélange de charme du XVIIIe siècle et d’élégance contemporaine, abrite des étagères scintillantes de flacons en verre, renfermant des essences précieuses aux parfums capiteux : ambre, rose, des notes terreuses et insaisissables. Un jardin luxuriant s’étend derrière le bâtiment, une oasis de sérénité où roses et agrumes prospèrent, à l’abri de l’agitation urbaine. Le temps semble ralentir, invitant à la contemplation et à l’écoute des murmures du cœur.
C’est au fond de ce jardin paisible que Jacqui rencontre Matteo Cheloni, le maître parfumeur. Avec ses cheveux noirs ébouriffés, son sourire chaleureux et sa connaissance encyclopédique du monde des fragrances, Matteo considère le parfum comme bien plus qu’une simple odeur.
« Un parfum peut être une histoire, des souvenirs mis en bouteille, à emporter et à porter. »
Matteo Cheloni, maître parfumeur
Il associe les plantes, les fleurs, les herbes et les épices aux astres, tissant une véritable tapisserie cosmique.
L’atelier révèle également un secret : il abrite une boutique-hôtel intimiste, avec deux chambres somptueuses donnant sur le jardin. Jacqui promet de séjourner un jour dans l’une de ces pièces raffinées.
De retour devant l’atelier, Jacqui décide de créer un parfum qui lui soit propre. Elle a toujours eu du mal à trouver une fragrance à laquelle elle puisse rester fidèle. Elle est attirée par les notes florales et fruitées, rehaussées d’une touche de musc, mais rejette la lourdeur du bois de santal et l’opulence du jasmin. Sa mémoire olfactive est particulièrement développée, certains arômes – l’herbe fraîchement coupée, le patchouli, le soleil d’été sur le tarmac chaud – la transportant instantanément dans le passé.
Elle se souvient avec émotion de ses parfums préférés de jeunesse : Calyx, avec sa pêche fraîche, Agent Provocateur et son parfum de rose signature, et le musc blanc de Body Shop. Mais aujourd’hui, elle aspire à quelque chose de nouveau, d’unique et de personnel.
Les pensées de sa mère affluent. Florence était la dernière ville étrangère qu’elle avait visitée et elle en était tombée amoureuse. Jacqui se demande si cette coïncidence est fortuite ou un signe de l’univers. L’atmosphère particulière de l’atelier, calme, intimiste et aromatique, suscite en elle une nouvelle forme de spiritualité.
Elle décide alors de créer ce parfum comme un cadeau pour elle-même, mais surtout en hommage à sa mère : une femme avant-gardiste, une artiste sensible et forte, indépendante, sage, chaleureuse et pleine d’esprit. Infirmière puis conseillère, elle a finalement réalisé son rêve en devenant art-thérapeute, touchant la vie de nombreuses personnes. Elle a été une amie, une conseillère, un défi dans sa jeunesse, et la seule personne à qui Jacqui a demandé conseil après être devenue mère.
La perte de sa mère a laissé un vide qu’elle doutait que quoi que ce soit, et encore moins un parfum, puisse combler.
Le processus de création du parfum prend une dimension sacrée. Devant elle, sur une immense table, s’alignent vingt flacons, chacun contenant une essence différente. Débordée, Jacqui se fie à son instinct, choisissant à l’aveugle, guidée par son nez et son intuition. Elle inhale chaque fragrance, les yeux fermés, réduisant progressivement le nombre de choix à dix, puis à cinq.
Elle découvrira plus tard qu’elle a sélectionné le citron, vif et pétillant, évoquant la joie de vivre de sa mère ; des fleurs riches, rappelant les bouquets qu’elle aimait disposer dans des vases colorés ; la feuille de figuier, pour sa chaleur réconfortante ; le mimosa, pour sa délicate légèreté ; et du sucre, car elle trouvait toujours la douceur de la vie, même dans les moments difficiles.
Bien qu’elle reconnaisse le citron, elle a du mal à identifier les autres parfums. Mais en les mélangeant et en les dosant, elle perçoit une familiarité troublante. Des souvenirs d’enfance refont surface : des voyages à Waterford, la ville natale de sa mère, des excursions en bus à Tramore, des glaces mangées sous la pluie, des capuches d’anorak serrées autour de ses joues. Des souvenirs d’adultes également, des visites à sa mère sur l’île de Wight, des tournesols offerts, des fouilles dans les friperies, des rires partagés dans les cafés.
Un souvenir particulier refait surface : après sa mort, le médaillon en argent de sa mère, gravé de volutes et doublé de feutre vert, avait été offert à sa fille aînée. Ce médaillon, conçu pour contenir de petites photos, était resté vide. Sa fille avait découvert que chaque fois qu’elle se sentait stressée, elle pouvait sentir le parfum de sa grand-mère émanant du cœur en argent, un parfum qui disparaissait lorsqu’elle retrouvait son calme. Un mystère inexplicable.
De retour au Profumoir, Jacqui se concentre sur la création d’un parfum qu’elle aimera, ignorant à quel point il la reliera profondément à sa mère. Dans la lumière dorée de l’atelier, mélangeant les essences, elle se retrouve transportée à Waterford, revivant la vie de sa mère : son travail dans une verrerie à l’âge de dix-sept ans, son déménagement à Londres, sa grossesse inattendue.
Le processus est à la fois joyeux et douloureux, révélant la tristesse qu’elle avait enfouie depuis seize ans. Créer ce parfum devient un hommage thérapeutique, une façon de lui rendre hommage sans mots.
Une fois le mélange préparé par l’assistant de l’atelier, Jacqui s’assoit à une table ronde basse, de la sauge brûlant en son centre, au son d’une musique classique apaisante. Elle doit nommer son parfum. Le choix est évident : « Máthair », le mot irlandais pour « mère ». La bouteille, coiffée d’un bouchon en marbre gris, lui est remise avec la consigne de ne pas l’ouvrir avant trois semaines.
Quelques jours seulement après, chez elle, Jacqui retire le bouchon et porte la bouteille à son nez. Le temps s’arrête. Le parfum qui s’élève est un écho étrange du parfum de sa mère, celui de son médaillon, une fragrance qu’elle n’avait pas sentie depuis des années, mais qu’elle reconnaît instantanément. Les larmes coulent, son cœur est tiraillé entre la tristesse et l’émerveillement. Comment une sélection aléatoire a-t-elle pu capturer si parfaitement l’essence de sa mère ? Était-ce un souvenir subconscient ou l’alchimie de l’amour ? Elle a l’impression qu’elle est là, son essence tissée dans l’air.
De retour au Profumoir, le personnel partage des histoires touchantes. Des parents créent des parfums d’héritage, transmis comme des trésors ; des couples embouteillent leur amour dans le freesia et le bois de cèdre ; des familles mélangent leurs odeurs préférées dans un spray d’ambiance. Le Profumoir, face aux traditions alchimiques de Florence, ressemble à une apothicaire moderne, distillant les émotions en quelque chose de tangible, ravivant des souvenirs perdus. Le jardin est un écho visuel des créations de Matteo, une palette vivante et respirante.
En quittant le Profumoir avec Máthair, Jacqui est émue mais plus légère qu’elle ne l’a été depuis des années. Le chagrin n’a pas disparu, mais s’est adouci, transformé en quelque chose qu’elle peut toucher, tenir et respirer. Florence, avec sa beauté intemporelle, était le décor parfait. Elle était destinée à être là ce jour-là, destinée à découvrir le Profumoir et à créer cet hommage. Il ne s’agissait pas seulement d’un parfum, mais de maintenir une connexion, de garder l’amour et les souvenirs vivants.
Pour ceux qui souhaitent mettre en bouteille un souvenir ou honorer un lien, le Profumoir Firenze est l’endroit idéal. Les parfums sur mesure commencent à 200 €, mais ce que l’on gagne est inestimable : un morceau tangible de son histoire. Le jardin, l’atelier, les connaissances de Matteo et les conseils du personnel créent un espace où les émotions prennent forme, où la perte devient un héritage.
En regardant les photos de ce jour-là – Matteo dans son atelier, complétant des préparations bouillonnantes dans d’imposants distillateurs en verre ; le jardin serein ; l’intérieur somptueux et démodé – Jacqui réalise que la beauté peut naître de la douleur et que l’amour peut être mis en bouteille. À la maison, Máthair est avec elle. Chaque fois qu’elle ouvre le flacon, elle est transportée dans les jolies rues de Florence, dans la tranquillité du jardin, dans les bras chaleureux de sa mère. C’est elle et Jacqui, un fil conducteur à travers le temps, qui fait que ce triste jour de 2009 ne semble pas si loin.
Si vous êtes à Florence, cherchez le Profumoir à San Niccolò. Laissez-vous guider par les senteurs et révélez les histoires que votre cœur a envie de raconter. Vous pourriez y trouver un morceau de vous-même, ou de quelqu’un que vous aimez, attendant d’être découvert.
Jacqui était l’invitée de la Gemma. La Gemma est un hôtel de luxe proposant des excursions organisées, notamment des visites guidées, des cours de cuisine et des chasses aux truffes, pour explorer Florence et la Toscane.
Pour organiser une visite au Profumoir, voir : https://www.profumoirlfirenze.com/
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