Publié le 25 octobre 2025 à 21h45. Des chercheurs de l’Institut Salk ont réalisé une avancée majeure dans la compréhension du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), identifiant de nouvelles facettes de la protéine intégrase qui pourraient ouvrir la voie à des traitements plus efficaces et à la lutte contre la résistance médicamenteuse.
- Une étude révèle que l’intégrase, une protéine clé du VIH, joue un rôle insoupçonné dans la propagation du virus en interagissant avec l’ARN viral.
- Les scientifiques ont cartographié en détail la structure de l’intégrase dans ses différentes configurations, grâce à la cryomicroscopie électronique.
- Ces découvertes pourraient permettre de concevoir de nouveaux médicaments ciblant l’intégrase de manière plus précise et de contourner les mécanismes de résistance.
Alors que près de 40 millions de personnes vivent avec le VIH-1, la souche la plus répandue du virus, la recherche de traitements plus performants reste une priorité mondiale. Si les thérapies actuelles permettent de gérer les symptômes et de prolonger l’espérance de vie, elles ne guérissent pas l’infection, laissant les patients confrontés à des effets secondaires, une stigmatisation sociale et au risque de développement d’une résistance aux médicaments.
L’intégrase, une protéine essentielle au cycle de réplication du VIH, a longtemps été une cible privilégiée pour les traitements antiviraux, comme le dolutégravir. Elle agit en insérant le matériel génétique viral dans le génome de la cellule hôte. Cependant, le VIH évolue rapidement et développe fréquemment des mécanismes de résistance aux médicaments existants. En 2023, l’équipe du professeur Lyumkis avait déjà mis en évidence comment l’intégrase adapte sa structure pour échapper au dolutégravir.
La nouvelle étude, publiée dans Communications Nature le 25 octobre 2025, révèle que l’intégrase ne se limite pas à l’intégration de l’ADN. Elle interagit également avec l’ARN viral, participant ainsi à l’assemblage et à la propagation du virus. Cette double fonction implique des changements structurels significatifs dans la protéine.
Pour comprendre ces transformations, les chercheurs ont utilisé la cryomicroscopie électronique, une technique qui permet de visualiser la structure tridimensionnelle des protéines à l’échelle atomique. Ils ont ainsi pu identifier deux formes distinctes de l’intégrase : une forme complexe, composée de seize parties, impliquée dans l’intégration de l’ADN, et une forme plus simple, à quatre parties, qui interagit avec l’ARN.
« Nous venons tout juste de découvrir que ces protéines intégrases que nous étudions depuis des années exécutent des fonctionnalités inattendues, comme interagir avec l’ARN », explique Dmitry Lyumkis, PhD, professeur agrégé et titulaire de la chaire de développement Hearst Foundations à Salk.
Dmitry Lyumkis, professeur agrégé à l’Institut Salk
« Déterminer comment l’intégrase interagit avec l’ARN nous aidera à mieux comprendre ce nouveau rôle et à éclairer la conception de nouveaux traitements anti-VIH plus efficaces. »
Selon Tao Jing, chercheur postdoctoral au laboratoire de Lyumkis, « On sait très peu de choses sur ce que fait l’intégrase dans les étapes ultérieures de la réplication du VIH. » Notre utilisation de la cryomicroscopie électronique pour découvrir l’architecture de l’intégrase pendant cette période mystérieuse constitue une étape importante pour la recherche sur le VIH.
En ciblant l’intégrase dans son interaction avec l’ARN, les futurs médicaments pourraient bloquer la propagation du virus à un stade différent de celui des traitements actuels, réduisant ainsi le risque de résistance. Cette approche ouvre de nouvelles perspectives pour le développement de thérapies anti-VIH plus durables et plus efficaces.
Cette recherche a été financée par les National Institutes of Health (U01 AI136680, R01 AI146017, U54 AI170855, R01 AI184419, R37 AI039394, U54 AI170791, Programme intra-muros du NIDDD, NCI CCSG P30 CA014195, R01 GM151305, GM148049-03, P41 GM103311, S10OD032467), la Fondation Margaret T. Morris, la Fondation Hearst, le Salk Pioneer Fellowship et la Fondation Eric et Wendy Schmidt.
DOI : 10.1038/s41467-025-64479-8
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