Une offensive aérienne israélienne d’envergure contre l’Iran, débutée dans la nuit du 12 au 13 juin 2025, a marqué une escalade majeure des tensions régionales. Cette attaque, ciblant les défenses aériennes, les sites de missiles balistiques et les installations nucléaires iraniennes, intervient dans un contexte international en pleine mutation et soulève des questions fondamentales sur la place des acteurs traditionnellement considérés comme périphériques dans l’ordre mondial.
Selon un rapport de l’Agence de presse des militants des droits de l’homme (HRANA), les affrontements ont causé au moins 5 665 victimes, dont 1 190 décès et 4 475 blessés, parmi les militaires et les civils. Au-delà du bilan humain, cette guerre de douze jours a profondément perturbé la vie quotidienne de millions d’Iraniens.
Des experts en relations internationales (RI) plaident pour une approche plus inclusive de l’analyse géopolitique, remettant en question l’eurocentrisme dominant. Amitav Acharya, dans son ouvrage Global IR (2014), a ouvert la voie à cette réflexion, tandis que Pinar Bilgin et Karen Smith (2024) appellent à « penser la politique de manière globale ». Cette perspective implique, selon ces chercheurs, de recentrer l’analyse sur les acteurs souvent marginalisés et de prendre en compte les interactions complexes entre les niveaux national et international.
Dans ce cadre, il est crucial de comprendre le rôle de l’Iran, trop souvent perçu comme « l’autre » dans les dynamiques de pouvoir au Moyen-Orient. Cette stigmatisation s’est manifestée dans la réaction du G7, qui a fermement soutenu Israël, réaffirmant son « droit de se défendre » et son engagement envers sa sécurité (G7, 2 juillet 2025). Reconnaître l’Iran comme un acteur central, et non comme un simple objet d’analyse, est une première étape essentielle.
Les racines du conflit actuel sont multiples et remontent à plusieurs décennies. Les relations entre l’Iran et Israël, tendues depuis la création de la République islamique, se sont particulièrement exacerbées avant l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, notamment en Syrie, où une « guerre de l’ombre » se déroule depuis plusieurs années (Gardner, BBC News, 13 avril 2021). Par ailleurs, la réponse d’Israël à l’attaque du Hamas a été plus virulente que lors des précédentes escalades à Gaza, avec un blocus renforcé et des accusations de génocide.
En janvier 2024, l’Afrique du Sud a saisi la Cour internationale de Justice (CIJ) concernant l’application de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dans la bande de Gaza. Le 16 septembre 2025, une commission d’enquête de l’ONU a conclu qu’Israël avait commis un génocide contre les Palestiniens à Gaza (ONU, 16 septembre 2025 ; HCDH, 16 septembre 2025). Ces événements, antérieurs à l’attaque israélienne contre l’Iran, soulignent la complexité du contexte régional.
Une analyse approfondie doit également tenir compte des dynamiques internes à l’Iran et à Israël. En Israël, des débats ont émergé sur l’illibéralisme croissant et l’autoritarisme du Premier ministre Netanyahu, suscitant des manifestations populaires (Cohen, Illibéralisme.org, 4 janvier 2021). En Iran, l’escalade avec Israël fait suite au mouvement « Femme, Vie, Liberté », déclenché par la mort de Jina Mahsa Amini en septembre 2022, après son arrestation pour non-respect du code vestimentaire. Ce soulèvement a révélé la capacité des Iraniens à contester la violence fondée sur le genre, la religion et l’origine ethnique, et à revendiquer une politique plus progressiste (Holliday, LSE Blogs, 10 février 2023).
Il est également essentiel de reconnaître la diversité des opinions au sein de la société iranienne. Des individus et des mouvements sociaux associés au mouvement « Femme, Vie, Liberté » ont publiquement rejeté l’attaque israélienne, la qualifiant de violation de la souveraineté iranienne et d’obstacle au développement de la démocratie (Holliday, LSE Blogs, 3 septembre 2025). Le discours du président iranien Masoud Pezeshkian, dénonçant le « régime sioniste » et l’« État occupant sioniste », illustre la volonté de construire une image négative d’Israël. Cependant, il convient de noter que plus de 700 personnes auraient été arrêtées en Iran pendant la même période, dans le cadre d’une répression menée par les autorités (CHRI, 26 janvier 2025).
En conclusion, une approche globale de la guerre des Douze Jours, inspirée des travaux d’Acharya et de Bilgin, met en lumière la complexité des relations internationales et la nécessité de dépasser les schémas traditionnels. L’Iran et les Iraniens ne doivent pas être considérés comme de simples objets d’étude, mais comme des acteurs à part entière, dotés d’un pouvoir d’action et d’une capacité à influencer le cours des événements.