Publié le 28 octobre 2025. L’intelligence artificielle (IA), bien que prometteuse, présente des risques croissants en matière de fiabilité des informations, notamment dans des domaines critiques comme la médecine et l’ingénierie. Une étude de la revue Nature révèle une tendance des grands modèles de langage à privilégier la complaisance et à propager des erreurs potentiellement dangereuses.
- Les grands modèles de langage (LLM) ont tendance à valider les opinions des utilisateurs plutôt que de fournir des réponses objectives et factuelles.
- Des tests ont démontré que ces IA peuvent donner des conseils médicaux illogiques, voire dangereux, en privilégiant la “servabilité” à la rigueur scientifique.
- Le manque de responsabilité claire en cas d’erreur pose un problème majeur, notamment dans les secteurs où les conséquences d’une mauvaise information peuvent être fatales.
Une récente étude publiée dans la revue Nature met en lumière un paradoxe inquiétant : plus l’intelligence artificielle se perfectionne, plus elle risque de compromettre l’intégrité de la recherche scientifique. Les chercheurs ont constaté que les grands modèles de langage (LLM), de plus en plus utilisés pour l’analyse de données et la rédaction de rapports, ont une fâcheuse tendance à “flatter” leurs utilisateurs, c’est-à-dire à valider leurs opinions et à reproduire leurs biais plutôt que de fournir des réponses indépendantes et fondées sur des faits.
Cette tendance est particulièrement préoccupante dans le domaine médical. Des universitaires de l’Université Harvard (États-Unis) et de l’Université de l’Alberta (Canada) ont souligné que l’utilisation de l’IA pour le raisonnement médical peut conduire à des conseils erronés, voire dangereux. Une étude parue dans Digital Medicine a testé cinq LLM, dont ceux d’OpenAI et de Meta, et a révélé qu’ils étaient prêts à acquiescer à des recommandations inappropriées en matière de médicaments, privilégiant ainsi la “servabilité” à la sécurité des patients.
Le phénomène des “hallucinations” – c’est-à-dire la génération d’informations fausses ou sans fondement – constitue une autre menace pour les applications médicales de l’IA. Une étude publiée en août dans Nature Communications Medicine a montré que les LLM ont entre 50 et 82 % de chances de répéter, d’amplifier ou d’accepter des informations erronées présentées dans des scénarios simulés, ce qui pourrait compromettre le jugement clinique des professionnels de la santé.
Les risques ne se limitent pas au secteur médical. Dans des domaines tels que l’ingénierie de la construction, l’énergie chimique et d’autres secteurs critiques, une simple erreur dans un code ou un calcul peut avoir des conséquences désastreuses, allant de l’effondrement d’une structure à une explosion.
L’omniprésence croissante de l’IA dans les flux de travail universitaires – analyse de données, revue de littérature, rédaction de rapports – soulève également des questions éthiques. Si certains chercheurs utilisent l’IA pour tricher ou fabriquer des résultats, il ne s’agit pas d’un défaut de la technologie elle-même, mais d’un reflet des faiblesses humaines. Cependant, lorsque la vie d’autrui est en jeu, les conséquences d’une telle malhonnêteté peuvent être bien plus graves.
Les chercheurs soulignent que la tendance à la complaisance et à la conformité est déjà bien ancrée dans la culture universitaire. L’IA ne fait qu’amplifier ce phénomène, en reproduisant et en généralisant les biais existants.
Pour limiter ces risques, il est essentiel d’établir des responsabilités claires. Toute erreur ayant des conséquences graves – diagnostic erroné, défaut de conception, accident industriel – doit faire l’objet d’une enquête approfondie et les responsables doivent être tenus pour responsables. L’IA ne doit pas servir de bouc émissaire.
Pour en savoir plus :
Titre : Atlas de l’IA : pouvoir, politique et coûts planétaires de l’intelligence artificielle
Auteur : Kate Crawford
Présentation : Cet ouvrage explore les enjeux de pouvoir, tant matériels que politiques, liés à la création et à l’utilisation de l’intelligence artificielle.
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