Publié le 29 octobre 2025 00:55:00. Une étude observationnelle révèle que les troubles de l’odorat, fréquents chez les patients atteints de sclérose en plaques (SEP), pourraient être liés à des modifications du microbiome nasal plutôt qu’à une inflammation cérébrale directe. Ces découvertes ouvrent de nouvelles pistes pour le diagnostic précoce et le traitement de cette déficience sensorielle.
- Les patients atteints de SEP présentent des résultats significativement inférieurs aux tests d’identification des odeurs par rapport aux personnes en bonne santé, même en l’absence de perte subjective de l’odorat.
- La composition du microbiome nasal diffère entre les patients atteints de SEP présentant des troubles de l’odorat et les témoins sains, avec une abondance réduite de Prevotella buccalis et une augmentation de certaines espèces de Moraxella.
- Le volume des cornets nasaux, une structure impliquée dans l’olfaction, est corrélé à la composition microbienne nasale, mais cette association est moins marquée chez les patients atteints de SEP.
Des chercheurs de l’Université médicale de Guizhou ont mené une étude auprès de 42 patients atteints de SEP et de 37 témoins sains. L’objectif était d’examiner le lien entre la fonction olfactive, la structure de la muqueuse nasale et la composition microbienne dans la SEP. Les participants ont été soumis à des tests d’identification des odeurs (Université de Pennsylvanie Smell Identification Test – UPSIT) et à une imagerie par résonance magnétique (IRM) à haute résolution pour quantifier le volume des cornets supérieurs. L’analyse du microbiome nasal a été réalisée par séquençage de l’ARN ribosomique 16S.
Les résultats ont montré que, bien qu’aucun des participants n’ait signalé une perte subjective de l’odorat, les patients atteints de SEP ont obtenu des scores significativement plus faibles aux tests UPSIT (moyenne de 27,87 contre 29,93 ; P = 0,027) par rapport aux témoins. Le test a permis de distinguer la SEP des témoins avec une sensibilité de 63 % et une spécificité de 60 % (ASC = 0,66 ; P = 0,031). Il est important de noter que les performances à l’UPSIT n’étaient pas corrélées à la gravité de la SEP (scores EDSS), au nombre de rechutes ou à la durée de la maladie (tous P > 0,05).
L’analyse du microbiome nasal a révélé des différences significatives entre les groupes en fonction de leur capacité olfactive. La diversité alpha (Chao1) était plus élevée chez les patients atteints de SEP présentant des scores UPSIT plus faibles (P = 0,004), et la diversité bêta différait entre les témoins et les patients atteints de SEP avec des scores UPSIT inférieurs à 28 (P = 0,033). Plus précisément, l’abondance de Prevotella buccalis était réduite chez les patients atteints de SEP présentant une altération de l’odorat (P = 0,030), tandis que les espèces de Moraxella étaient plus abondantes chez les témoins ayant une fonction olfactive préservée (P = 0,028). Ces tendances microbiennes sont similaires à celles observées dans les tissus intestinaux et cérébraux des patients atteints de SEP, suggérant l’existence d’un « axe nez-cerveau » reliant les écosystèmes muqueux et la neuroinflammation.2,3
La modélisation des voies fonctionnelles a révélé que les participants atteints de SEP ayant des scores olfactifs plus élevés présentaient un enrichissement du métabolisme de l’acide arachidonique et de l’ancrage du glycosylphosphatidylinositol (GPI), deux processus pertinents pour la neuroinflammation et la signalisation olfactive.1 En revanche, les témoins ayant des scores UPSIT inférieurs montraient un enrichissement des voies de sécrétion biliaire et de biosynthèse des aminoglycosides.
L’analyse IRM a montré qu’un volume plus important des cornets supérieurs était corrélé à des scores UPSIT plus élevés chez les participants en bonne santé (P = 0,041), mais cette association a disparu chez les patients atteints de SEP (P = 0,625). Au sein du groupe SEP, le volume des cornets supérieurs était corrélé négativement avec plusieurs genres opportunistes, notamment Cupriavidus, Methylobacterium-Methylorubrum, Ideonella et Acinetobacter (tous P < 0,05). Le score EDSS et l'âge étaient tous deux corrélés positivement avec l'abondance de Dolosigranulum (P = 0,006 et P = 0,016, respectivement). “Ces résultats suggèrent une association étroite entre le volume des cornets nasaux et la composition microbienne”, soulignent les auteurs.
Les chercheurs précisent que leurs résultats sont préliminaires et limités par la petite taille de l’échantillon. Ils soulignent néanmoins l’importance potentielle de ces découvertes pour la recherche et le suivi de la SEP. « Ces résultats mettent en évidence l’importance potentielle du microenvironnement de la muqueuse nasale dans la fonction olfactive, en particulier dans le contexte de la SEP », concluent-ils. « Des études plus vastes et à long terme, incluant des tests fonctionnels et des analyses prédictives, sont nécessaires pour clarifier les liens de causalité et évaluer le potentiel diagnostique et thérapeutique des modifications du microbiote nasal dans la SEP. »
Références
1. Gao Z, Danzhen Z, Li Y, Zhu J, Chu L, Yang Z. Exploration des interactions nasales structurales-microbiennes dans les déficiences olfactives associées à la sclérose en plaques. Annals of Clinical and Translational Neurology. Publié en ligne le 16 septembre 2025.
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