Home MondeL’Occident doit mettre un terme aux provocations russes et chinoises dans la zone grise

L’Occident doit mettre un terme aux provocations russes et chinoises dans la zone grise

by Clara Dubois

Publié le 29 octobre 2025 22:02:00. Face à une Chine et une Russie de plus en plus agressives, l’Occident doit définir clairement ses « lignes rouges » et renforcer sa capacité de dissuasion, selon une analyse de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI). L’absence de réponse ferme aux actions de ces puissances encourage une escalade des provocations, menaçant la stabilité mondiale.

  • La Chine et la Russie exploitent la zone grise – actions hostiles de faible intensité – pour atteindre leurs objectifs stratégiques sans déclencher de conflit ouvert.
  • L’Occident peine à définir un seuil clair à partir duquel une réponse est nécessaire, ce qui encourage ces pays à tester les limites de la retenue occidentale.
  • Un rapport de l’ASPI appelle l’Australie à développer des outils de dissuasion non conventionnels pour contrer ces menaces émergentes.

Les gouvernements occidentaux sont confrontés à un défi croissant : comment répondre aux actions agressives de la Chine et de la Russie qui se situent délibérément en dessous du seuil d’un conflit militaire conventionnel ? Ces tactiques, qualifiées de « zone grise », visent à intimider, contraindre ou recueillir des renseignements sans pour autant provoquer une réponse armée directe. Selon une analyse récente de l’Australian Strategic Policy Institute (ASPI), cette ambiguïté stratégique érode la dissuasion occidentale et encourage les États autoritaires à poursuivre leurs provocations.

Le rapport La dissuasion non conventionnelle dans la stratégie australienne souligne que ces tactiques de la zone grise sont fermement ancrées dans la doctrine militaire chinoise et russe. Pourtant, les gouvernements occidentaux n’ont toujours pas défini de manière précise le point à partir duquel une réponse est requise. En conséquence, la Russie et la Chine exploitent quotidiennement l’instinct de retenue de l’Occident.

Des exemples concrets illustrent cette situation. Des incursions répétées de drones russes dans l’espace aérien de l’OTAN ont conduit la Pologne à invoquer l’article 4 du traité, permettant aux États membres de soumettre une question pour discussion. Si cet article n’a été invoqué que huit fois dans l’histoire de l’organisation, la réponse a été limitée. Depuis, des drones russes ont également violé l’espace aérien de la Belgique, de l’Allemagne, du Danemark, de la Norvège et de la Roumanie. Plus récemment, trois avions de combat russes ont pénétré l’espace aérien estonien pendant 12 minutes avant d’être interceptés par des avions italiens. Quelle a été la réaction officielle de l’OTAN ?

La Chine adopte également des tactiques similaires, ciblant notamment les câbles sous-marins qui assurent la connectivité mondiale. Endommager ou couper ces câbles pourrait paralyser les communications entre des continents entiers, rendant l’Occident particulièrement vulnérable en cas de conflit. Des navires russes sont actuellement positionnés près de Taïwan, tandis que des navires chinois patrouillent en mer Baltique. En décembre 2024, un navire chinois a sectionné des câbles sous-marins dans la Baltique en traînant son ancre sur le fond marin. Le gouvernement britannique a d’ailleurs admis disposer de « capacités limitées » pour surveiller le trafic sous-marin.

Face à ces provocations, les gouvernements occidentaux doivent élaborer une stratégie claire et énergique. L’ASPI recommande notamment la mise en place d’un plan civilo-militaire urgent pour une surveillance maritime 24 heures sur 24 des réseaux de câbles sous-marins vulnérables, incluant l’utilisation de drones navals et le déploiement de navires de réparation prépositionnés.

Le rapport de l’ASPI met également en lumière l’utilisation croissante par la Chine de milices maritimes – des navires de pêche opérant sous le contrôle direct du gouvernement – pour mener ce que Pékin appelle la « guerre populaire en mer ». Depuis l’arrivée au pouvoir de Xi Jinping, le gouvernement chinois a massivement subventionné les flottes locales, qui sont déployées en mer de Chine méridionale aux côtés de la marine chinoise et des garde-côtes, dans le but de promouvoir l’expansionnisme chinois. Cette puissance maritime représente une menace sérieuse pour l’Australie et de nombreux États d’Asie de l’Est et du Sud-Est, dont les routes commerciales maritimes pourraient être facilement perturbées.

Andrew Shearer, directeur général du renseignement national australien, a averti que nous sommes déjà engagés dans une guerre de zone grise avec nos adversaires. La tâche qui incombe désormais aux gouvernements occidentaux est de fixer les règles d’engagement et de construire une dissuasion immédiate, intégrée et non conventionnelle.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.