Publié le 30 octobre 2024 17:01:00. Une étude récente met en lumière une augmentation inquiétante de la délinquance juvénile en Allemagne, corrélée à des facteurs tels que la violence familiale, la détresse psychologique et un affaiblissement du respect des règles.
- La délinquance, notamment les violences, a augmenté chez les jeunes filles, plus rapidement que chez les garçons.
- Les chercheurs pointent une augmentation de la violence au sein des familles et une diminution de la perception des conséquences des actes répréhensibles.
- L’écart entre les chiffres officiels et les données issues d’une étude approfondie suggère que l’ampleur réelle de la délinquance juvénile pourrait être sous-estimée.
Des chercheurs de l’Université de Cologne, dirigés par le professeur Clemens Kroneberg, ont mené une étude approfondie sur les causes de la montée de la délinquance chez les jeunes. Leurs conclusions, basées sur une analyse des statistiques officielles complétée par une enquête auprès de 3 800 élèves de 7e, 8e et 9e classes dans trois villes de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, révèlent des tendances préoccupantes.
L’étude a révélé une augmentation significative de la détresse psychologique chez les élèves, en particulier chez les filles, avec une baisse notable de leur capacité à se contrôler. Près d’une fille sur deux se dit confrontée à de l’anxiété et à de la dépression. Cette fragilité psychologique semble être un facteur clé de l’augmentation de la délinquance féminine, qui progresse plus vite que celle des garçons, même si les filles restent globalement moins impliquées dans des activités criminelles.
Les chercheurs suspectent également que la violence domestique joue un rôle important. Les enfants et adolescents interrogés ont déclaré être plus souvent victimes de violence de la part de leurs parents en 2023 qu’en 2015. Des études antérieures ont démontré que les enfants exposés à la violence ont un risque accru de devenir eux-mêmes violents.
Parallèlement, l’étude révèle un paradoxe : si le nombre de délinquants « intensifs » (ceux commettant plusieurs infractions) diminue dans le cadre de la criminalité générale, il augmente dans le domaine des violences, en particulier chez les filles et les jeunes d’origine non allemande.
L’enquête a mis en évidence un décalage entre les chiffres officiels et la réalité du terrain. Selon les chercheurs, le nombre de jeunes délinquants « intensifs » pourrait être bien plus élevé que ce que laissent supposer les statistiques officielles, même en matière de délits comme les vols. Pour être classé comme délinquant « intensif », un individu doit être impliqué dans au moins cinq infractions constatées et signalées par an. Or, l’étude montre que le nombre réel d’infractions commises est plus important.
Les chercheurs ont également établi un lien entre l’utilisation des réseaux sociaux, le manque de maîtrise de soi et la délinquance. De plus, ils ont constaté une évolution des normes morales chez les jeunes. Si la violence reste largement perçue comme inacceptable, la perception de la gravité d’autres fautes, comme le manque de devoirs ou le vol d’un stylo, a diminué.
L’étude révèle une baisse du respect des règles et des sanctions. En 2015, 68 % des élèves pensaient que les enseignants intervenaient en cas de bagarre à l’école. En 2023, ce chiffre est tombé à 39 %. De même, le sentiment de respect mutuel entre élèves et enseignants a diminué, passant de 35 % à 20 % sur la même période. Les jeunes semblent également avoir moins peur d’être découverts et punis pour leurs actes.
Une particularité intéressante relevée par les chercheurs est que les élèves de 7e année sont plus enclins à la violence que ceux de 9e année, alors que les statistiques officielles montrent l’inverse. Cela pourrait s’expliquer par le fait que les violences commises par les plus jeunes sont moins souvent signalées, soit parce qu’elles sont moins graves, soit en raison de leur minorité.
Malgré cette tendance générale à la hausse, l’étude note un léger recul de la délinquance juvénile au cours de l’année écoulée, ce qui pourrait laisser entrevoir une évolution positive. (dpa/mg)
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