Publié le 30 octobre 2025. En Chine, un nombre croissant de jeunes adultes et de personnes d’âge moyen adoptent un mode de vie minimaliste et désengagé, surnommé « ren-shu » (homme-rat), face à la pression économique et à la compétition sociale exacerbée.
- Le phénomène des « hommes-rats » se caractérise par une faible consommation, un désintérêt pour l’ascension sociale et une résignation face aux difficultés économiques.
- Des témoignages révèlent des stratégies d’adaptation allant du retrait passif à la recherche d’alternatives à faible coût, en passant par la lutte contre l’exploitation sur le marché du travail.
- Les pressions institutionnelles et les difficultés rencontrées par les familles, notamment celles avec plusieurs enfants, contribuent à l’émergence de ce phénomène.
Le terme « ren-shu » (homme-rat), devenu viral sur internet chinois en 2025, décrit une population qui se sent piégée par le coût de la vie élevé et la concurrence féroce. Ces individus, souvent jeunes, ne sont pas décrits comme paresseux, mais plutôt comme désillusionnés par les voies traditionnelles de réussite professionnelle. Ils choisissent une existence discrète, avec une consommation minimale et un faible engagement social.
Plus de 10 millions de vues ont été enregistrées sur les réseaux sociaux pour des contenus liés à ce phénomène, témoignant d’un sentiment partagé par une partie de la population. Des vidéos populaires montrent des individus décrivant leur quotidien minimaliste : se réveiller tard, manger des plats préparés, passer de longues heures à regarder la télévision ou à naviguer sur internet. Cette attitude est perçue comme une continuation de la culture du « lie flat » (s’allonger à plat), une forme de résistance passive face à la pression sociale et au travail intense.
M. Lin, 40 ans, originaire d’un petit comté du Heilongjiang, illustre le versant le plus isolé de ce groupe. Dans un entretien accordé à Epoch Times le 30 octobre, il a expliqué qu’il passait ses journées devant son ordinateur, à jouer à des jeux vidéo et à gagner de l’argent en ligne.
« Je peux m’allonger l’esprit tranquille. »
M. Lin
Il a raconté avoir mené une vie solitaire, ponctuée de relations amoureuses infructueuses et d’une incapacité à s’intégrer dans le système social. « J’ai vécu les difficultés de la vie, les difficultés de l’amour, les difficultés du mariage et les difficultés d’être poussé par mes parents. Je ne veux pas souffrir et être accablé toute ma vie. Je n’ai aucun pouvoir pour résister à la réalité et je ne peux que l’accepter passivement. »
M. Wen, un jeune homme de 27 ans originaire de Guangzhou, représente une autre facette de ce phénomène. Après avoir travaillé dans l’industrie agroalimentaire pendant la pandémie de COVID-19, il a pris conscience de l’impossibilité d’accéder à la propriété immobilière dans sa ville.
« Mon patron a acheté une maison à Guangzhou en moins d’un mois à cette époque. À partir de ce moment-là, j’ai compris que peu importe à quel point je travaillais dur ou combien je travaillais pour les autres, je ne pourrais jamais acheter une maison à Guangzhou. »
M. Wen
Cette prise de conscience l’a conduit à abandonner la recherche d’un emploi stable et à adopter un mode de vie minimaliste, avec un budget mensuel d’environ 1 000 yuans (environ 140 euros). Il envisage de se lancer dans le commerce en ligne, mais sans grandes attentes.
M. Xu, un jeune homme né après 2000 et originaire de Xuzhou, dans la province du Jiangsu, est confronté à une situation encore plus précaire. Marié et père de famille, il travaille dans l’industrie de la diffusion en direct, mais a vu son salaire réduit par son employeur. Il peine à trouver un emploi stable et bien rémunéré, ce qui met sa famille dans une situation financière difficile.
« Le salaire est de deux mille ou trois mille par mois. Ce n’est pas suffisant pour manger et boire. Comment pouvons-nous vivre ? Nous ne pouvons pas nous le permettre. »
M. Xu
L’anxiété est omniprésente, et le couple hésite à avoir d’autres enfants, craignant de ne pas pouvoir subvenir à leurs besoins.
L’histoire de Mme Wang, une mère de deux enfants dans un comté de Datong, dans la province du Shanxi, illustre les difficultés rencontrées par les familles. Elle est confrontée à la fois à la charge de l’hypothèque (4 000 yuans par mois, soit environ 560 euros) et aux frais de scolarité de ses enfants, avec un revenu familial limité au salaire de 2 000 yuans (environ 280 euros) de son mari. Elle a dû renoncer à travailler pour s’occuper de ses enfants, ce qui a entraîné une baisse significative du revenu familial.
Ces témoignages, bien que différents, convergent pour révéler une réalité préoccupante : une population de plus en plus nombreuse se sent impuissante face aux pressions économiques et sociales, et choisit de se retirer du système. Qu’il s’agisse d’un « homme-rat » vivant seul ou d’une mère accablée par les dettes, ces individus incarnent l’anxiété et le désespoir d’une partie de la population chinoise.
Rédacteur en chef : Gao Jing
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