Publié le 31 octobre 2025 à 05h00. Ghost of Yotei, la suite très attendue de Ghost of Tsushima, ne se contente pas d’égaler son prédécesseur en termes de ventes, mais le surpasse sur de nombreux points grâce à une mécanique narrative innovante et une exploration plus immersive.
- Le jeu propose une mécanique unique permettant de basculer entre le présent et le passé, enrichissant l’histoire de vengeance.
- L’exploration est plus fluide grâce à une carte minimaliste et une structure narrative captivante.
- L’utilisation de flashbacks et d’éléments tangibles, comme la peinture, renforce le lien émotionnel avec le protagoniste et sa perte.
Ghost of Yotei a réussi un exploit rare : surpasser les attentes et se positionner comme une suite digne de ce nom. Au-delà de ses améliorations en termes de combat et d’exploration, le jeu se distingue par une approche narrative particulièrement réussie, centrée sur la perte et le deuil. L’une des mécaniques les plus marquantes est sans aucun doute la possibilité pour le joueur de voyager entre le présent et le passé, offrant une perspective unique sur le parcours du protagoniste, Atsu.
Si cette fonctionnalité est introduite progressivement, elle s’avère essentielle à l’expérience de jeu. Elle permet à Ghost of Yotei de se démarquer des récits de vengeance classiques, souvent prévisibles, en offrant une profondeur émotionnelle inédite. Le contraste visuel entre les deux époques est saisissant : les couleurs froides et sombres du présent s’opposent à la chaleur et à la vitalité de l’enfance d’Atsu, évoquant la nostalgie et la perte.
Cette dualité temporelle se manifeste de manière poignante lors de scènes apparemment anodines. Par exemple, en revenant dans sa maison d’enfance, Atsu découvre un ginkgo dont la moitié des fleurs ont disparu. Le passé, quant à lui, est florissant. Cette opposition visuelle souligne la dévastation causée par les événements tragiques qui ont frappé la famille d’Atsu.
Mais l’innovation ne s’arrête pas là. Le jeu propose des moments intimes et touchants, comme une scène où Atsu joue du shamisen avec sa mère. Cette dernière explique que l’instrument est un cadeau de sa grand-mère et que, lorsqu’elles jouent ensemble, elle a l’impression d’entendre encore sa voix dans le vent, même après sa mort :
« La musique n’est pas liée à ce monde. Elle peut parler à ceux qui ne sont plus avec nous. J’écouterai toujours, ici, ou dans le vent. »
Mère d’Atsu
Ce type de séquence pourrait sembler classique dans une histoire de vengeance, rappelant des moments similaires dans des jeux comme The Last of Us, partie II, où Ellie revisite des souvenirs avec Joel. Cependant, Ghost of Yotei va plus loin en permettant au joueur de passer librement de l’enfance à l’âge adulte, ajoutant ainsi une dimension narrative inédite et renforçant le sentiment de perte.
Le jeu ne se contente pas de présenter ces souvenirs dans sa quête principale. Des moments du passé surgissent également lors de l’amélioration des armes, offrant des aperçus intimes de la vie d’Atsu avec son père. Mais c’est l’utilisation de la peinture qui m’a le plus marqué. Suite à la demande de son père, Atsu peint le ginkgo qui se trouve devant elle. Au-delà de l’aspect ludique, cette scène révèle la force intérieure du personnage : ses compétences au katana ne sont pas les seules à définir Atsu, mais aussi sa résilience face à l’adversité.
L’arbre, symbole de longévité, est profondément lié à la détermination d’Atsu à se venger. Ensuite, son père lui demande de peindre sa propre perception de lui. Dans d’autres jeux, ces personnages resteraient des souvenirs lointains. Mais Ghost of Yotei choisit de préserver leur mémoire de manière tangible, en mélangeant un passé joyeux à une réalité douloureuse. Le vent rappelle la présence de sa mère, tandis que l’art matérialise l’affection pour son père. Même si sa maison est en ruines, le jeu permet de capturer ces personnes qui ont marqué le protagoniste, en accrochant leurs portraits dans un espace dévasté, comme une tentative de les revitaliser.
D’autres souvenirs servent également de préfigurations narratives. Atsu recherche les objets perdus par son frère Jubei lorsqu’il était enfant, comme un paquet de pièces qu’il collectionnait pour devenir samouraï ou un mouchoir emporté par un oiseau. Ces quêtes secondaires révèlent implicitement que Jubei est toujours en vie, offrant un espoir inattendu au milieu de la destruction. Ces deux flashbacks, en particulier, caractérisent Jubei comme un personnage avide d’exploration et de découverte.
Même si j’étais initialement réticent à l’idée de jouer à une autre histoire de vengeance, Ghost of Yotei m’a prouvé que ce genre de récit peut encore être profondément expressif. Le lien émotionnel avec le deuil d’Atsu est particulièrement poignant. L’utilisation de la peinture pour préserver la mémoire d’un être cher souligne l’importance de l’art dans la connexion humaine. Et l’utilisation des flashbacks pour anticiper l’avenir m’a donné envie de poursuivre ce voyage, de retourner dans une maison qui, malgré la destruction, laisse encore place à la vie et au bonheur.
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