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À qui appartient le véritable crédit d’une communauté politique ? (et II)

Publié le 24 septembre 2025. Un débat sur la nature de la création monétaire et le rôle des banques a éclaté au Canada, opposant les défenseurs du Crédit Social à des figures du monde bancaire, mettant en lumière…

À qui appartient le véritable crédit d’une communauté politique ? (et II)

Publié le 24 septembre 2025. Un débat sur la nature de la création monétaire et le rôle des banques a éclaté au Canada, opposant les défenseurs du Crédit Social à des figures du monde bancaire, mettant en lumière des divergences fondamentales sur la définition même du crédit.

  • Le débat porte sur la capacité des banques à créer de la monnaie sous forme de prêts, et sur la distinction entre crédit réel (biens et services) et crédit financier (monnaie).
  • Clifford Hugh Douglas, figure de proue du Crédit Social, a vivement critiqué les arguments d’un banquier, M. McKenna, contestant sa définition du « crédit réel ».
  • La discussion s’inscrit dans le contexte de projets de loi visant à contrôler le système bancaire en Alberta, promus par le gouvernement du Crédit Social.

Une vive polémique agite le paysage économique canadien, centrée sur la création monétaire et le pouvoir des banques. Tout a commencé avec des déclarations de M. McKenna, dont le rôle précis n’est pas précisé, qui ont suscité une réponse immédiate de la part du journal Crédit Social, l’organe officiel du Secrétariat du Crédit Social.

L’éditorial du journal, publié le 24 septembre, pointait du doigt le caractère évasif des explications de M. McKenna concernant l’activité bancaire. Si toutes les banques sont théoriquement tenues de rembourser les dépôts à la demande, la réalité est que le système repose sur l’hypothèse que cette demande ne sera jamais massive. Cependant, l’éditorial souligne que cela n’empêche pas les banques de créer de la nouvelle monnaie par le biais de prêts, qui se transforment ensuite en dépôts disponibles pour les clients. Ces dépôts dépassent largement les réserves de liquidités des banques, mais le système fonctionne grâce à un faible volume de demandes de retrait étalées dans le temps.

L’éditorial s’est particulièrement attardé sur la définition du « crédit réel », concept central du Crédit Social, que M. McKenna avait apparemment déformé. Selon Crédit Social, M. McKenna définissait le crédit réel comme la capacité de payer avec de l’argent, une conception rejetée par les théoriciens du Crédit Social. Ils estiment que le crédit réel est la capacité de fournir des biens et des services, et que le crédit financier (la monnaie) doit refléter cette capacité productive. Les habitants de l’Alberta, selon cette perspective, devraient pouvoir obtenir du crédit bancaire en fonction de leur capacité à produire et à consommer.

La réponse la plus énergique est venue de Clifford Hugh Douglas (1879-1952), ingénieur écossais et figure fondatrice du Crédit Social, dans une lettre adressée à M. McKenna et diffusée par la Presse Canadienne. Douglas a reproché à McKenna d’avoir une interprétation trop restrictive du mécanisme par lequel un prêt bancaire crée un dépôt, une idée largement acceptée par les économistes, y compris des figures telles que MRG Hawtrey, Chester A. Phillips et Irving Fisher. Il a également souligné que cette interprétation avait été confirmée par le Comité Cunliffe sur la monnaie en 1918.

Douglas s’est ensuite attaqué au cœur de l’argument de McKenna :

« Mais je suis particulièrement préoccupé par sa déclaration : ‘Ce qu’un banquier prête est… sont (c’est à dire Il ne fait rien de tel. Il prête quelque chose dont la seule valeur ou le crédit dépend, premièrement, de ce qu’il achètera et, deuxièmement, de la volonté de quelqu’un d’acheter ce qu’il achètera. »

Clifford Hugh Douglas

Douglas a dénoncé cette affirmation, estimant qu’elle impliquait que la production et la consommation appartenaient au banquier. Il a critiqué l’idée que l’argent ait une valeur intrinsèque, une notion qu’il juge dépassée. Il a également fait référence à l’opinion du président de la plus grande banque commerciale du monde, qui, selon lui, réfutait cette idée.

Pour illustrer son propos, Douglas a donné un exemple concret démontrant que la valeur réelle réside dans les biens et services économiques, et non dans la monnaie elle-même. Il a ensuite attaqué McKenna sur le terrain de l’inflation, affirmant que la reprise économique modeste du pays était due à une inflation déguisée qui profitait aux banquiers en augmentant leur possession de titres, la dette publique, les impôts et en réduisant le pouvoir d’achat de la monnaie.

Douglas a conclu sa lettre en lançant un défi à McKenna :

« Je suis sûr que vous conviendrez que vous n’êtes pas en mesure de connaître la nature exacte des propositions envisagées en Alberta, si cette province réussissait heureusement dans sa lutte pour se libérer des intérêts usuraires. Sans l’admettre, supposons que tous les processus que je viens de mentionner devaient se poursuivre en Alberta mais, disons, au profit d’une banque dont tous les Albertains étaient actionnaires. Est-il soutenu qu’un tel état de choses serait ou non (a) l’inflation, (b) le Crédit Social ? »

Clifford Hugh Douglas

À ce jour, M. McKenna n’a pas répondu à la lettre de Douglas ni formulé de contre-argument.

Félix M.ª Martín Antoniano

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À propos de l’auteur: Amélie Bernard

Amélie Bernard traite l’économie, les entreprises, les marchés et les transformations du travail. Son approche relie les chiffres, les décisions publiques et leurs effets dans la vie quotidienne.