Publié le 24 septembre 2025. L’ancien vice-président américain Dick Cheney, décédé récemment, a joué un rôle discret mais crucial dans la lutte contre l’antisémitisme à l’échelle internationale, notamment en influençant une conférence clé en Espagne en 2005.
- En 2004, l’OSCE a organisé une conférence historique à Berlin sur la lutte contre l’antisémitisme, sous la présidence de Natan Sharansky et Elie Wiesel.
- Un an plus tard, un projet de déclaration finale pour une conférence de suivi à Cordoue, en Espagne, s’est avéré insatisfaisant pour les organisations juives, manquant de substance et d’engagement.
- Dick Cheney est intervenu personnellement pour obtenir une version plus forte du document, assurant ainsi un suivi concret des engagements pris à Berlin.
Je n’ai jamais rencontré Dick Cheney, mais je connais au moins une manière dont il a aidé le peuple juif à un moment critique. Au début des années 2000, plusieurs organisations juives et des membres du Congrès américain s’étaient mobilisés pour faire de la lutte contre l’antisémitisme une priorité de la politique étrangère américaine et européenne. Ces efforts ont commencé à porter leurs fruits lorsque l’Allemagne a accueilli, sous les auspices de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), une conférence historique sur la lutte contre l’antisémitisme. Cet événement de 2004, qui s’est tenu à Berlin, a été coprésidé par Natan Sharansky et Elie Wiesel, en présence de dizaines de ministres des Affaires étrangères, dont le secrétaire d’État américain Colin Powell, ainsi que de centaines de représentants de la société civile.
La conférence s’est déroulée dans un lieu chargé d’histoire : l’ancien siège de la Reichsbank d’Hitler, aujourd’hui abritant le ministère allemand des Affaires étrangères. La Déclaration de Berlin, document final de la conférence, a permis de dégager un consensus entre les 55 États membres de l’OSCE sur des mesures concrètes pour surveiller et combattre l’antisémitisme, et pour encourager les pays à se tenir mutuellement responsables.
L’année suivante, l’Espagne, consciente de son propre passé douloureux en matière de relations avec la communauté juive, devait accueillir une conférence de suivi à Cordoue. La Slovénie, assurant alors la présidence tournante de l’OSCE, avait préparé un projet de déclaration finale destiné aux gouvernements. Quelques jours avant l’événement, j’ai participé, avec d’autres représentants d’organisations juives et de défense des droits de l’homme, à une réunion au Département d’État américain, afin de faire part de nos observations avant la réponse officielle de la délégation américaine.
Le projet de document qui nous a été présenté était, pour le moins, décevant. Il s’agissait d’un ensemble de banalités, avec peu de références à la Déclaration de Berlin et aux engagements pris par les États. J’ai fait remarquer à l’employé du Département d’État que le verso de la feuille serait plus utile que le recto. Si la conférence de Cordoue devait aboutir à un tel résultat, j’avais l’intention de faire en sorte que mon organisation et ses plus de 100 dirigeants communautaires, venus d’Europe et des États-Unis, se tiennent à l’écart. Ils ne partageraient pas la scène avec d’autres personnalités, ni ne légitimeraient un tel spectacle par un discours d’ouverture.
Sur le trajet en taxi vers l’aéroport national, j’ai appelé un collègue qui se trouvait également à Washington ce jour-là et qui était invité à un barbecue chez le secrétaire à la Défense, Don Rumsfeld. Le vice-président Cheney devait également être présent, et j’espérais pouvoir lui faire part de mes préoccupations concernant la conférence de Cordoue. À mon retour à New York, mon collègue m’a donné des nouvelles. Cheney, apparemment intimidé par la plupart des participants au barbecue, était assis seul, ce qui a facilité les échanges. On m’a remis un numéro de fax à usage unique, que j’ai dû détruire après l’avoir utilisé, et on m’a demandé de transmettre une page résumant l’historique de la situation et nos attentes.
Le lendemain matin, j’ai reçu un appel enthousiaste d’un autre membre du Département d’État, qui m’a informé que la mission américaine auprès de l’OSCE à Vienne avait reçu un nouveau projet de document slovène, beaucoup plus percutant. Grâce à cette intervention, la conférence de Berlin ne serait pas un cas isolé. Il y aurait une véritable mise en œuvre et une continuité dans des domaines clés tels que l’éducation, la formation des forces de l’ordre, l’application de la loi, les procédures judiciaires, les déclarations publiques, la coordination entre les gouvernements, le dialogue avec la société civile, ainsi que des mécanismes de suivi et d’évaluation objectifs. La conférence de Cordoue a été un succès, et elle a surtout donné un élan au personnel permanent de l’OSCE pour travailler avec les gouvernements, les experts et les communautés, une dynamique qui se poursuit encore aujourd’hui.
Je n’ai jamais reçu de remerciements ou de reconnaissance pour le rôle discret du vice-président Cheney dans la protection des Juifs – et, par extension, des autres minorités. Il est certain qu’il a joué un rôle crucial dans d’autres situations, simplement parce qu’il le pouvait et qu’il le jugeait important. Nous avons perdu un champion discret.