Après près de deux décennies de lutte contre le « verdissement », une maladie dévastatrice pour les agrumes, les producteurs floridiens pourraient bientôt bénéficier d’une nouvelle arme : un oranger génétiquement modifié capable de tolérer l’infection tout en maintenant des rendements stables.
Développée par l’Université de Floride (UF/IFAS), cette nouvelle variété, baptisée NuCitrus, intègre un gène issu de l’Arabidopsis, une plante de la famille du chou, qui renforce le système immunitaire de l’arbre. Contrairement aux variétés résistantes, qui peuvent voir l’agent pathogène muter pour contourner cette résistance, NuCitrus permet à l’arbre de continuer à produire des fruits de qualité même lorsqu’il est infecté par le HLB (Huanglongbing).
« La tolérance permet aux agrumes et au pathogène de coexister, offrant des performances stables dans le temps », explique Zhonglin Mou, l’auteur principal de l’étude, publiée en octobre dans le Journal de biotechnologie végétale. « Même si le développement de variétés résistantes reste un objectif à long terme, les variétés tolérantes jouent un rôle fondamental dans la gestion durable du HLB. »
L’équipe de recherche a déjà obtenu l’autorisation du Département de l’Agriculture des États-Unis (USDA) pour des essais expérimentaux et attend maintenant l’approbation de l’Agence de Protection de l’Environnement (EPA) et de la Food and Drug Administration (FDA) pour une commercialisation à grande échelle, prévue dans moins de deux ans. Des plants supplémentaires sont en cours de propagation et seront prêts à être plantés dans les vergers une fois les autorisations obtenues.
Les chercheurs ont pour l’instant développé des lignées NuCitrus de la variété Hamlin, et les lignées Valencia sont actuellement en cours d’évaluation. Leur objectif est de proposer NuCitrus dans plusieurs variétés commerciales courantes.
Le gène incorporé dans NuCitrus produit une protéine naturelle également présente dans des légumes comme le brocoli et le chou-fleur. Selon Mou, « Notre étude montre que cette protéine est présente en quantités minimes dans les fruits NuCitrus ; elle n’est pas toxique pour l’homme et, une fois ingérée, elle est rapidement digérée dans l’estomac, comme c’est le cas pour les autres légumes qui en contiennent. »
L’UF/IFAS collabore déjà avec des pépinières pour préparer la production de masse de NuCitrus, qui seront d’abord testés sur le terrain avant d’être mis à disposition des producteurs. Par ailleurs, l’université mène des études de consommation, grâce à une subvention de l’Institut national de l’alimentation et de l’agriculture de l’USDA, afin d’identifier d’éventuels freins à l’adoption de ces agrumes génétiquement modifiés et de concevoir une stratégie de communication adaptée.
Le HLB a réduit la production d’agrumes en Floride de plus de 70 % depuis le milieu des années 2000. NuCitrus représente donc une avancée prometteuse, même s’il ne s’agit pas d’une solution définitive, pour relancer la filière.
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