Le sommet de Belém, au Brésil, s’ouvre dans un contexte inhabituel : alors que les appels à l’urgence climatique s’intensifient, Bill Gates, figure influente du financement de la transition énergétique, nuance le discours alarmiste et plaide pour une priorisation de la lutte contre la pauvreté.
Cette prise de position intervient quelques jours avant le début de la COP30 (Conférence des Parties, la 30e réunion des 198 pays signataires de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), et contraste fortement avec les déclarations alarmistes d’Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU. Dans une interview accordée au Guardian, M. Guterres a mis en garde contre le risque de dépasser l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C, soulignant les « conséquences dévastatrices » d’un tel dépassement, notamment pour l’Amazonie. « Il est absolument indispensable de changer de direction pour limiter au maximum ce dépassement et éviter d’autres points de non-retour », a-t-il déclaré.
L’intervention de Bill Gates, qui a investi près de 8 milliards de dollars (USD) de ses fonds personnels, ainsi que 1,5 milliard de dollars (USD) de la Fondation Bill & Melinda Gates dans des projets liés au climat et à la transition énergétique, marque une première fissure dans le discours dominant. Il ne s’agit pas, cependant, d’un revirement complet. M. Gates continue de considérer le changement climatique comme un problème sérieux, mais relativise son caractère exceptionnel.
« Le climat a toujours changé », a-t-il souligné, insistant sur le fait que le sous-développement constitue le véritable enjeu. Seules les nations prospères, selon lui, disposent des moyens de se protéger efficacement contre les catastrophes naturelles, comme l’a illustré l’ouragan Melissa qui a frappé récemment la Jamaïque, Cuba et Haïti, causant 49 décès et d’importants dégâts. L’impact aurait été moindre sur les côtes américaines, mieux préparées grâce à des systèmes d’alerte et des infrastructures robustes.
Prioriser l’amélioration des conditions de vie plutôt que la réduction des émissions de dioxyde de carbone est, selon M. Gates, une approche plus pragmatique. Il compare cette stratégie à l’acquisition d’un parapluie en cas de pluie, plutôt qu’à l’investissement dans des technologies complexes pour empêcher les précipitations. Une vision longtemps marginalisée, rappelle l’auteur de l’article, qui dénonçait déjà en 2004 les excès de l’idéologie écologiste.
Cependant, cette « conversion » de Bill Gates doit être nuancée. L’auteur souligne que M. Gates ne dévoile pas l’ensemble de ses motivations et que son message arrive avec plusieurs décennies de retard. De plus, son plaidoyer pour le développement ne remet pas en question son soutien à la transition énergétique, qu’il considère toujours comme nécessaire, malgré les obstacles que représente la diabolisation des combustibles fossiles pour les pays en développement et la crise économique qu’elle engendre en Europe.
Les investissements massifs de M. Gates dans les énergies renouvelables expliquent son insistance sur la transition énergétique, mais il reconnaît désormais qu’il est erroné de se concentrer uniquement sur les émissions de CO2. Il préconise désormais de privilégier le développement technologique.
Cette évolution pourrait également être motivée par des considérations stratégiques. Richard Lindzen, un physicien de l’atmosphère critique envers le catastrophisme climatique, suggère que Microsoft, dont M. Gates détient 25 % du capital, aurait besoin d’énormes quantités d’énergie pour développer l’intelligence artificielle (IA). Selon les estimations, les centres de données liés à l’IA pourraient consommer jusqu’à 20 % de l’électricité mondiale d’ici 2030.
Quoi qu’il en soit, cette prise de position, quelle qu’elle soit, est à saluer. Elle rappelle que les politiques mondiales sont souvent influencées par les intérêts des élites et qu’il est essentiel de rester critique face aux discours dominants.
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