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Le conseil parental le plus inutile

by Nicolas Lefèvre

L’idée qu’il faut un « village » pour élever un enfant est devenue un mantra pour les jeunes parents, mais la réalité est souvent bien différente. De plus en plus de mères se retrouvent isolées, contraintes de payer pour des services qui étaient autrefois assurés par un réseau familial et amical solide.

Le proverbe, popularisé par le livre éponyme d’Hillary Clinton en 1996, pourrait être un mélange de traditions africaines et de clichés sentimentaux, selon une enquête de NPR. Quoi qu’il en soit, il est omniprésent, souvent accompagné de l’incitation à « ne pas avoir peur de demander de l’aide ». Des manuels de référence comme Prendre soin de votre bébé et de votre jeune enfant, publié par l’American Academy of Pediatrics, encouragent explicitement à « créer un ‘village’ autour de soi ».

Pourtant, pour beaucoup, ce village est introuvable. Les temps ont changé depuis l’enfance des Millennials : les quartiers comptent désormais davantage de mères actives et la disponibilité des aidants naturels a diminué. Près de 70 % des enfants de moins de 6 ans ont aujourd’hui les deux parents qui travaillent, contre 50 % en 1985. Les amis, eux aussi souvent pris par leurs propres obligations professionnelles, ne sont pas toujours en mesure de fournir une aide régulière.

« Nous n’avons tout simplement pas autant de monde autour de nous », explique Elliot Haspel, chercheur spécialisé dans la garde d’enfants, qui a écrit pour The Atlantic. « Il y a moins de personnes physiquement disponibles pour solliciter. »

Les mères les plus instruites, qui représentent une proportion croissante de la population américaine, ont tendance à vivre loin de leur famille. Une étude Pew Research Center de 2022 révèle qu’environ un tiers des Américains titulaires d’un diplôme d’études supérieures ne vivent pas à moins d’une heure de route d’un membre de leur famille élargie, contre seulement 14 % de ceux qui ont un diplôme d’études secondaires ou moins. De nombreuses mères ont envisagé de se rapprocher de leur famille, mais cela s’est avéré impossible en raison de contraintes professionnelles, du coût de la vie ou de la nécessité d’accéder à des ressources spécifiques disponibles uniquement dans les grandes agglomérations.

Adriana Reyes, professeure à Cornell spécialisée dans les liens familiaux, souligne que la proximité géographique ne garantit pas une aide immédiate. « Vous les verrez plus régulièrement, mais je ne pense pas que vous pourrez bénéficier du même type de secours d’urgence », explique-t-elle. De plus, les parents sont de plus en plus âgés et peuvent être moins aptes à s’occuper de leurs petits-enfants.

Face à ce manque de soutien, de nombreuses mères se tournent vers des solutions payantes. Certaines font appel à des nounous, des femmes de ménage ou des promeneurs de chiens. D’autres se rabattent sur des services de livraison comme McDonald’s, Instacart ou Doordash, qu’elles considèrent comme leur « village ». Cependant, cette solution n’est pas accessible à tous, car de nombreux parents ne peuvent pas se permettre de dépenser une part importante de leur salaire en garde d’enfants.

Liz Suders, une mère de jumeaux vivant en Pennsylvanie, témoigne de cette difficulté. Après avoir accouché, elle a été confrontée à une urgence médicale et a dû attendre des heures le retour de son mari après un voyage d’affaires pour surveiller ses bébés, craignant même de faire un accident vasculaire cérébral en attendant.

Madelline Castillo, en Californie, décrit une « culture de façade » où les voisins se contentent de sourires superficiels. Elle se demande qui, dans son entourage, serait réellement « disposé, disponible et capable » de l’aider.

Des applications comme Peanut tentent de faciliter la mise en relation entre mères, mais le processus peut s’avérer frustrant, similaire aux rencontres en ligne : trop d’options, peu de raisons de choisir une personne en particulier et des conversations superficielles.

Kristyn Admire, une mère de Virginie, explique que même avec un groupe d’amies, il est difficile de créer un véritable village en raison des emplois du temps chargés de chacun. Cait, une autre mère de Virginie, a réussi à se créer un réseau en se liant d’amitié avec les parents des amis de ses enfants, mais cela n’a été possible qu’après avoir réduit son temps de travail.

L’appel à un « village » peut sembler communautaire, mais il déplace en réalité la responsabilité sur les individus, les incitant à trouver des solutions à un problème structurel. Il détourne l’attention des mesures qui pourraient réellement aider les familles : un congé parental plus long, des politiques de travail à distance plus flexibles, une aide financière à la garde d’enfants et une culture d’entreprise qui accepte les absences liées à la maladie des enfants.

« Il faut trouver son village, rejoindre une application, se rapprocher de sa mère, être plus amicale, plus active, plus accessible, plus impliquée », résume l’analyse. Ceux qui ont les moyens de se constituer un réseau – grâce à la chance, à la richesse ou à des compétences sociales – s’en sortent. Mais pour beaucoup, l’idée d’un village reste un rêve inaccessible.

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