Publié le 28 octobre 2023. Une opération policière d’une ampleur sans précédent menée par le gouverneur de Rio de Janeiro, Cláudio Castro, a fait au moins 128 morts, plongeant l’État dans le chaos et ravivant les critiques sur la politique répressive contre les favelas.
- Une opération policière ordonnée par le gouverneur Cláudio Castro a entraîné la mort d’au moins 128 personnes dans la région métropolitaine de Rio de Janeiro.
- L’opération a provoqué des blocages routiers massifs et des annulations de cours dans les écoles et universités, semant la panique parmi la population.
- L’ONU a dénoncé ce qu’elle qualifie de « crime barbare », tandis que des mouvements sociaux appellent à des manifestations.
L’incursion policière, lancée dans la nuit de lundi à mardi, a visé plusieurs quartiers de la zone Nord de Rio, Lapa et São Gonçalo. Les forces de l’ordre ont affirmé cibler des membres du Comando Vermelho (Commandement Rouge), une importante faction criminelle, et ont saisi un important arsenal, incluant 90 fusils et des drones de haute technologie. Cependant, l’ampleur de la violence et le nombre élevé de victimes ont suscité une vive indignation et des accusations de bavure policière.
Le bilan provisoire de 128 morts dépasse largement celui du massacre de Carandiru, survenu à São Paulo dans les années 1990, qui avait fait 111 morts. Les autorités n’ont pas encore confirmé si des personnes sont portées disparues, mais des inquiétudes persistent quant à la possibilité de corps dissimulés ou de données manipulées.
L’opération a plongé la région métropolitaine de Rio dans le chaos. Des centaines de routes ont été bloquées par des barrages érigés par des trafiquants en représailles, paralysant les transports et perturbant la vie quotidienne. Des écoles et des universités ont été contraintes d’annuler leurs cours, et des centaines de milliers de personnes se sont retrouvées prises au piège dans leurs foyers.
L’ONU a exprimé sa profonde préoccupation face à cette vague de violence, qualifiant l’opération de « crime barbare ». Cette tragédie s’inscrit dans une série de massacres similaires survenus dans les favelas de Rio, notamment à Morro do Alemão, Vila Cruzeiro et Jacarezinho.
Les critiques se concentrent sur le gouverneur Cláudio Castro, accusé d’avoir ordonné l’opération dans le but de gagner en visibilité médiatique et de renforcer son image de fermeté en matière de sécurité, au détriment de la vie humaine. Certains observateurs y voient une stratégie politique visant à justifier une approche répressive et à alimenter un discours sécuritaire à l’approche des élections.
L’utilisation du terme « narcoterrorisme » pour justifier l’opération est également dénoncée comme un prétexte pour intensifier la militarisation des communautés et justifier des actions disproportionnées. Certains analystes établissent un parallèle avec les stratégies de l’extrême droite, notamment celle de l’ancien président américain Donald Trump, qui ont consisté à déstabiliser politiquement et militairement des pays voisins comme le Venezuela et la Colombie.
Au-delà de la violence immédiate, l’opération soulève des questions fondamentales sur la politique de « guerre contre la drogue » au Brésil. Les défenseurs des droits de l’homme dénoncent une approche qui criminalise la pauvreté et cible de manière disproportionnée les jeunes noirs et issus des milieux défavorisés. Ils plaident pour une réforme de la politique des drogues axée sur la santé publique, la réduction des risques et la justice réparatrice.
Plusieurs mouvements sociaux, notamment ceux liés au mouvement noir et aux périphéries, ont annoncé leur intention d’organiser des manifestations le 31 octobre dans plusieurs capitales du Brésil pour dénoncer le massacre et exiger la destitution du gouverneur Castro. Le slogan dominant est « Castro Out ! »
Les organisations de la société civile appellent à une enquête indépendante et transparente sur les événements, ainsi qu’à des mesures pour prévenir de nouvelles atrocités. Elles soulignent la nécessité de démilitariser la police, de renforcer les contrôles sur l’utilisation de la force et de lutter contre l’impunité des forces de l’ordre.
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