Publié le 8 novembre 2024 18:09:00. L’opposition russe, dispersée en exil, peine à présenter un front uni face au régime de Vladimir Poutine. Malgré un objectif commun, des divisions profondes et des querelles personnelles entravent sa capacité à agir comme une force politique cohérente.
- Une vingtaine de groupes d’opposition se sont regroupés au sein du « Comité russe contre la guerre », mais des tensions persistent.
- L’opposition exilée se prépare à l’éventualité d’un changement de régime en Russie, cherchant à être prête à saisir les opportunités.
- Des désaccords internes, notamment sur la stratégie à adopter et les alliances à forger, fragilisent le mouvement.
Quiconque s’oppose ouvertement au pouvoir en Russie court des risques considérables. Marija Aliokhina, membre du groupe punk féministe « Pussy Riot », en a fait l’expérience directe. Bien avant le lancement de l’invasion de l’Ukraine, elle dénonçait déjà la répression croissante en Russie.
Manifestation contre la soif de pouvoir de Poutine : en 2012, Aliokhina (à gauche) et ses camarades de groupe ont exécuté une « prière punk » dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou.
Keystone / EPA / MIKHAIL METZEL
Pour sa contestation, Aliokhina a été condamnée à deux ans de camp de prisonniers, suivis d’un an et demi de bracelet électronique et d’une période de résidence surveillée. Elle a raconté son évasion spectaculaire dans l’émission « Markus Lanz » de la ZDF, se déguisant en livreuse de nourriture pour passer en Lettonie via la Biélorussie en mai 2022. Récemment, elle a été condamnée par contumace à 13 ans de prison pour avoir, selon les autorités russes, discrédité les forces armées du pays.
« Nous sommes partis pour dire la vérité, qui est punie de manière si draconienne en Russie. »
Marija Aliokhina
Malgré ces menaces, Aliokhina ne renonce pas à la résistance. « Il y a beaucoup de Russes courageux en Europe. Nous sommes partis pour dire la vérité, qui est si sévèrement punie en Russie », a-t-elle déclaré.
Se préparer pour l’après Poutine
Une vingtaine de groupes d’opposition se sont regroupés au sein du « Comité russe contre la guerre », auquel Aliokhina a également adhéré. Parmi les figures marquantes de cette organisation figurent l’ancien oligarque Mikhaïl Khodorkovski et le champion du monde d’échecs Garry Kasparov. Une conférence s’est tenue cette semaine à Bruxelles, à laquelle a assisté Gesine Dornblumen, correspondante de Deutschlandfunk en Russie.
Selon la journaliste, la réunion de Bruxelles s’est concentrée sur l’après-Poutine. « L’opposition veut être prête si une fenêtre de changement s’ouvre en Russie. »
Avertissement à l’Occident
Certains membres de l’opposition estiment que l’Europe a un rôle à jouer. Ils appellent les démocraties libérales à faire preuve de fermeté. Garry Kasparov a exprimé cette opinion sans ambiguïté dans une interview accordée à la RTS en début d’année. « Le régime doit subir une défaite pour changer la mentalité de la population – et avec elle celle de ceux qui sont au pouvoir. »
Lors de son intervention sur ZDF, la militante Aliokhina met en garde contre toute illusion. Poutine a besoin de guerre et d’ennemis, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de la Russie. « Sinon, les Russes se demanderaient pourquoi ils vivent si mal. » Elle estime même qu’une attaque contre Berlin n’est pas à exclure.
Il reste incertain qu’une « fenêtre » d’opportunité s’ouvrira pour l’opposition. En attendant, elle s’efforce de créer des réseaux et de se positionner comme un contrepoids à la propagande du Kremlin. Le message est clair : il existe une autre Russie.
Une opposition fragmentée
La scène de l’émigration russe est marquée par la présence de plusieurs organisations, parfois en désaccord. La « Fondation pour la lutte contre la corruption » d’Alexeï Navalny, décédé en prison, ne participe pas aux activités du « Comité anti-guerre ».
Il existe également des désaccords au sein du « Comité anti-guerre », par exemple en ce qui concerne les livraisons d’armes à l’Ukraine. Image : Kasparov (à gauche) et Khodorkovski à la Conférence de Munich sur la sécurité 2023.
Getty Images/Johannes Simon
Navalny avait accusé Khodorkovski de s’être enrichi grâce au système corrompu des années 1990. Cette division constitue le principal point faible de l’opposition russe, estime Dornblüte. « Et elle ne dispose pas d’une figure de proue autour de laquelle les opposants au régime pourraient se rallier. »
Il est difficile d’évaluer l’ampleur de la résistance en Russie même. Lors de la réunion de Bruxelles, les participants ont estimé qu’environ 15 à 30 % des Russes partageaient des valeurs démocratiques.
Un pourcentage apparemment encore trop élevé pour Poutine. « En tant qu’ancien officier du renseignement, il veut contrôler à 100 % – y compris les Russes à l’étranger », conclut Dornblüte.
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