Le culte de la productivité semble exiger de plus en plus de ses adeptes : plusieurs dirigeants d’entreprises et hommes politiques à travers le monde sont connus pour leurs réveils matinaux extrêmes, suscitant à la fois admiration et critiques quant à l’impact sur leurs équipes.
Le cas le plus récent est celui de Sanae Takaichi, la nouvelle présidente du Parti libéral-démocrate japonais. Elle a fait sensation en se rendant au travail dès 3h04 du matin le 7 septembre, pour une réunion budgétaire de trois heures. Selon ses collaborateurs, cette heure inhabituelle était due à la nécessité de finaliser les documents de réponse à la commission du budget de la Chambre des représentants. L’opposition n’a pas manqué de critiquer cette pratique, soulignant les contraintes imposées aux fonctionnaires qui doivent se tenir prêts à travailler dès 13h30 ou 14h.
Ce n’est pas la première fois qu’un leader politique adopte un rythme de travail aussi intense. Donald Trump, lorsqu’il était président américain, était célèbre pour ses tweets matutins, perturbant le sommeil de son entourage. Plus loin dans l’histoire, Mao Zedong en Chine convoquait ses équipes à des réunions dès 1h du matin, les maintenant en état d’alerte permanent. Kim Jong-un, en Corée du Nord, est également connu pour ses “inspections matinales” qui mettent en scène ses collaborateurs en pleine action.
Paradoxalement, cette tendance semble moins fréquente dans les démocraties. L’ancien président américain George W. Bush, par exemple, arrivait au travail à 6h30, une heure qu’il trouvait déjà inconfortable et qui lui valait des remontrances. Sanae Takaichi a d’ailleurs présenté ses excuses pour les désagréments causés à son équipe – secrétaires, gardes du corps et chauffeurs – en raison de son heure d’arrivée matinale.
Le lien entre ces réveils précoces et la performance est loin d’être établi. Si certains, comme Tim Cook (PDG d’Apple) qui se lève à 3h45 pour préparer ses e-mails, ou Jensen Huang (PDG de NVIDIA) qui lit pendant une heure avant même de commencer sa journée, semblent y trouver un avantage, d’autres dirigeants prospères dorment suffisamment. Bill Gates dormirait 7 heures par nuit, Jeff Bezos entre 7 et 8 heures, et Warren Buffett plus de 8 heures.
La National Sleep Foundation des États-Unis rappelle que seuls 5 % de la population peuvent fonctionner avec moins de 4 heures de sommeil, tandis que 5 % ont besoin de 10 à 12 heures. Margaret Thatcher, ancienne Première ministre britannique, ne dormait que 3 à 4 heures par nuit, se levant à 5h du matin pour écouter les émissions de radio destinées aux agriculteurs. Angela Merkel, chancelière allemande pendant 16 ans, ne dépassait pas 5 heures de sommeil quotidien. Elle attribuait sa résistance à un “tempérament de chameau”.
L’ancien porte-parole de la Maison Blanche a décrit Donald Trump, qui ne dormait que 3 à 4 heures, comme « un leader travailleur qui ne dort jamais ». Sanae Takaichi semble adopter une approche similaire, ayant déclaré lors de son investiture qu’elle abandonnerait le concept d’équilibre entre vie professionnelle et vie privée, préférant se consacrer entièrement au travail.
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