Publié le 9 novembre 2025 20h33. Une invitation historique à la Maison Blanche marque un tournant majeur dans la politique étrangère américaine en Syrie, alors que le président Ahmed al-Sharaa, ancien chef djihadiste, est reçu par Donald Trump, malgré un passé controversé et les sanctions économiques qui pèsent sur Damas.
- Le président syrien Ahmed al-Sharaa effectuera une visite d’État à Washington ce lundi, une première depuis l’indépendance de la Syrie en 1946.
- L’administration Trump s’oriente vers la levée des sanctions contre la Syrie, notamment la loi César de 2019, afin de favoriser la reprise économique du pays.
- Un rapprochement significatif se dessine entre la Syrie et l’Arabie saoudite, avec un soutien de Riyad à la réintégration de Damas sur la scène internationale.
Cette invitation à la Maison Blanche représente un revirement spectaculaire pour Ahmed al-Sharaa, dont le parcours est marqué par un passé au sein de groupes islamistes radicaux. Ancien chef de l’alliance islamiste « Hayat Tahrir al-Sham », issue d’une branche d’Al-Qaïda en Syrie, il a rompu avec l’organisation terroriste en 2016. Sa détention au camp Bucca, pendant l’occupation américaine de l’Irak, aux côtés d’autres islamistes dangereux, est également un élément clé de son histoire.
Malgré ces antécédents, l’administration Trump a décidé de donner une chance au nouveau dirigeant syrien, estimant qu’il est temps de changer d’approche. Le ministre syrien des Affaires étrangères, Asaad al-Shaibani, a qualifié cette visite de « visite historique ». Washington milite activement pour la levée des sanctions économiques qui entravent la reconstruction de la Syrie, un pays ravagé par treize années de guerre. Le président Trump a déjà abrogé une partie de ces sanctions par décret et exerce des pressions sur le Congrès pour abroger la loi César, adoptée en 2019 contre le régime déchu d’Assad.
Jeudi dernier, le président Trump s’est exprimé positivement sur le travail d’Ahmed al-Sharaa :
« Je pense qu’il fait du très bon travail. C’est une région difficile et c’est un gars dur, mais je m’entends très bien avec lui. Et beaucoup de progrès ont été réalisés en Syrie. »
Donald Trump, président des États-Unis
En mai dernier, lors d’une réunion à Riyad, en Arabie saoudite, Trump avait déjà serré la main de Sharaa, le décrivant comme un « jeune, séduisant et dur » et un « vrai leader ». Tom Barrack, l’envoyé spécial américain pour la Syrie et conseiller proche du président, salue également le pragmatisme et le comportement « responsable » de Sharaa.
Selon Najib Ghadbian, conseiller au ministère syrien des Affaires étrangères, cette nouvelle orientation marque un « départ » dans la politique étrangère de son pays, le rapprochant de l’Occident et en particulier de Washington. L’Arabie saoudite, principal allié arabe des États-Unis, se réjouit de cette évolution, qui permet de sortir la Syrie de l’orbite iranienne et de la réintégrer dans le monde arabe. Le prince héritier saoudien, Muhammad Bin Salman, aurait activement fait campagne en faveur de Sharaa auprès de l’administration américaine.
Les discussions à Washington devraient également porter sur la lutte contre l’organisation terroriste État islamique (EI). Sharaa devrait annoncer l’adhésion de la Syrie à la coalition internationale anti-EI, Washington saluant la coopération déjà existante entre les services de sécurité syriens, américains et turcs dans ce domaine. Le ministère syrien de l’Intérieur a d’ailleurs fait état de 61 opérations préventives contre des cellules de l’EI à travers le pays et de 71 arrestations, le samedi dernier.
Par ailleurs, des sources gouvernementales occidentales et syriennes, citées par Reuters, indiquent que la Syrie et Israël seraient sur le point de signer un accord de sécurité. Dans ce cadre, les États-Unis envisageraient d’établir une présence militaire sur une base aérienne à Damas. L’envoyé spécial de Trump, Tom Barrack, a souligné l’importance des rencontres récentes entre des responsables syriens et israéliens, après des décennies d’hostilité.
La Syrie cherche également à s’inspirer du modèle saoudien en matière de relations avec les États-Unis et la Russie. Bien que Moscou ait soutenu le régime d’Assad pendant la guerre, Damas reconnaît l’importance de maintenir des relations fonctionnelles avec la Russie, tout en ne l’oubliant pas pour autant. « La Russie est un pays important qu’on ne peut ignorer », estime Najib Ghadbian, « Mais personne n’oubliera le rôle joué par la Russie. »
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