Le gouvernement Carney a annoncé une réduction drastique du nombre d’immigrants temporaires admis au Canada dans les prochaines années, une décision qui suscite des réactions contrastées allant du soulagement à l’inquiétude, en passant par la frustration. Cette nouvelle politique, présentée comme une réponse à la pression croissante sur les infrastructures et les services, pourrait avoir des conséquences importantes pour plusieurs secteurs de l’économie canadienne.
Les chiffres clés du budget révèlent une ambition de limiter significativement l’arrivée de travailleurs étrangers temporaires (TET) à 60 000 en 2026, contre 82 000 précédemment. La réduction est encore plus marquée pour les étudiants internationaux, dont le nombre cible passe de 305 900 à 150 000, soit une diminution de près de 50 % par rapport aux prévisions initiales.
Le ministre des Finances Carney a justifié ces mesures en soulignant que la proportion de résidents temporaires est passée de 3 % de la population canadienne en 2018 à environ 7,5 % aujourd’hui. Selon lui, cette augmentation rapide a dépassé la capacité du pays à fournir suffisamment de logements, de soins de santé et d’autres services essentiels.
Certains conservateurs soutiennent cette approche, arguant que le programme des TET exerce une pression à la baisse sur les salaires et limite les opportunités d’emploi pour les jeunes Canadiens. Pierre Poilievre a même appelé à l’abolition complète du programme, accusant le gouvernement précédent de privilégier la main-d’œuvre temporaire à bas coût au détriment des travailleurs canadiens. Ce discours trouve un écho auprès de ceux qui se sentent confrontés à la précarité économique et à l’incertitude de l’emploi.
Cependant, de nombreux défenseurs des droits et syndicats mettent en garde contre les conséquences négatives de ces coupes. Ils soulignent que les travailleurs temporaires occupent des postes essentiels, souvent peu attrayants, dans des secteurs cruciaux tels que la santé, l’agriculture et les soins de longue durée. Lynn Bueckert, du Syndicat des employés d’hôpitaux de Colombie-Britannique, a affirmé que ces travailleurs « maintiennent le système au lieu de l’épuiser ». Sans eux, certains services risqueraient de s’effondrer.
Au-delà des chiffres, les critiques pointent du doigt les failles structurelles du programme des TET, qui peuvent conduire à des situations d’abus. Amnesty International et d’autres organisations dénoncent le fait que les travailleurs sont souvent liés à un employeur spécifique, limitant leur liberté de mouvement et les privant d’un accès clair à la résidence permanente, en raison de leur classification comme « peu qualifiés ». Cette vulnérabilité les expose à des risques de vol de salaire, à des conditions de vie dangereuses et à des violences verbales, voire sexuelles. Un rapporteur spécial de l’ONU a même qualifié le programme de « terrain fertile pour les formes contemporaines d’esclavage ».
La réduction du nombre d’étudiants internationaux pose également des défis importants pour les universités et les collèges canadiens, qui dépendent de plus en plus des frais de scolarité internationaux pour financer leurs activités. Les étudiants internationaux paient en moyenne 41 700 $ (environ 30 000 €) par an, contre 7 700 $ (environ 5 600 €) pour les étudiants canadiens. Le plafonnement du nombre d’étudiants a déjà entraîné des pertes financières considérables pour les établissements, qui ont dû supprimer des programmes, réduire leur personnel et même annuler des cours à la dernière minute.
Si la réduction du nombre d’étudiants internationaux pourrait soulager la pression sur le logement et les services publics à court terme, elle risque de déstabiliser l’enseignement supérieur sans un plan de compensation adéquat. Les étudiants, les professeurs et les communautés locales pourraient en subir les conséquences, avec des classes plus nombreuses, des contraintes administratives accrues et un épuisement des enseignants.
Le gouvernement Carney cherche à ralentir l’arrivée de travailleurs temporaires face aux difficultés d’absorption de la croissance démographique, mais de nombreux secteurs ont un besoin réel de main-d’œuvre. L’approche actuelle, qui se limite à réduire les chiffres, apparaît donc incomplète. Une réforme du programme des TET, visant à mettre fin aux abus et à faciliter l’accès à la résidence permanente, ainsi qu’un nouveau modèle de financement pour les universités, sont essentiels pour trouver un équilibre durable.
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